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Lampedusa: le camp et la vidéo de la honte

mercredi, 18 décembre, 2013 - 17:13

Après la diffusion d’images choquantes sur les mauvais traitements infligés aux migrants dans le centre de rétention de Lampedusa, le commissaire européen aux affaires intérieures menace de couper les aides à l'Italie.

Le message expédié ce mercredi au gouvernement d’unité nationale par la commissaire européenne aux affaires intérieures Cecilia Malmström est clair. 

Nous avons déjà ouvert une enquête sur les conditions de vie des migrants dans les centres de rétention en Italie. Nous n’hésiterons pas à lancer une procédure d’infraction aux règlements européens. Les fonds débloqués par l’Union européenne pour aider les autorités italiennes dans la gestion des flux migratoires continueront à être versés seulement dans la mesure où le pays s’engagera à fournir des conditions d’accueil et d’hébergement humaines et dignes aux migrants".

La diffusion des images scandaleuses tournées en caméra cachée dans le centre de Lampedusa montrant des scènes d’hommes, femmes et enfants nus et aspergés de désinfectant ont choqué la commissaire. Dans un tweet, la commissaire qualifie ces images "d'épouvantables et inacceptables".

La scène remonte au 3 décembre dernier.

Nous étions là tous nus en file indienne. On attendait d’être aspergés de produits désinfectants contre la gale que nous avons attrapée dans le centre. C’était comme les juifs dans les films sur les camps de concentrations nazis"

a raconté Ahmed à la presse italienne.

Ce jeune garçon d’une vingtaine d’années a filmé la scène avec son téléphone portable et l’a confié à un journaliste de la deuxième chaîne du service public, la Rai, il y a juste quelques jours. Ahmed était avec les autres ce jour-là. Il attendait son tour.

Les gens du centre nous regardaient et se moquaient de nous pour nous humilier. Ils prenaient nos vêtements et les jetaient d’un air dégoutés. Il faisait froid. Ils criaient qu’on devait se dépêcher de se déshabiller. Ils ne voulaient pas nous toucher, ils hurlaient et riaient"

raconte encore Ahmed.

Depuis que ces images ont fait le tour de l’Italie, c'est-à-dire lundi soir, Ahmed a peur.

Quatre personnes de la coopérative qui gère le centre m’ont menacé. Ils m’ont dit qu’ils allaient 'me casser le cul' et que si j’essayais de m’échapper du centre, ils me tueraient"

a confié Ahmed au quotidien romain La Repubblica. Il ajoute que depuis trois jours, ile ne lui donnent plus rien à manger, ni à boire ni à fumer.

Ahmed doit être convoqué par le juge en charge du dossier pour témoigner sur ce qu’il a vu depuis son arrivée dans le centre de rétention de Lampedusa début septembre.

Des conditions inhumaines

Le gouvernement a ouvert une enquête et plusieurs têtes viennent déjà de tomber. En fin d’après-midi, en effet, la coopérative "Lampedusa Accoglienza" (Lampedusa Accueil, ndlr), qui gère le centre de rétention, a licencié l’ensemble de son personnel.

L’an dernier, la coopérative a reçu une enveloppe gouvernementale de 3.2 millions d’euros pour la gestion courante du centre. Elle touche entre 30 et 50 euros par migrant à titre d’indemnité journalière. Malgré l’ampleur de cette somme, les migrants vivent dans des conditions épouvantables. Ils dorment et mangent par terre.

Les cas d’épidémies de poux et de gale sont monnaie courante. Les sanitaires sont dans des conditions hygiéniques inacceptables et les chiens errants urinent sur les sacs des migrants.

Il y a des espaces séparés pour les femmes et les enfants. Mais avec la surpopulation, les  hommes doivent dormir dans ces pièces car il n’y a plus de place libres"

confie Raffaela Milano de l’association humanitaire Save the Children.

Alors "où est passé l'argent de l’Etat et de l’Union européenne?" ont demandé cet après-midi des parlementaires en demandant l’ouverture d’un débat avant la fermeture des deux chambres durant les vacances de Noël.

C’est ce que va devoir expliquer l’administrateur délégué de la coopérative, Cono Galipò, le plus rapidement possible.

La Commissaire européenne Cecilia Malmström a annoncé l’envoi d’une délégation d’inspecteurs à Lampedusa pour évaluer les conditions des migrants et éventuellement suspendre l’aide au gouvernement italien.




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