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Poutine libère Khodorkovski pour sauver ses J.O.

vendredi, 20 décembre, 2013 - 14:26

Vladimir Poutine vient d'accorder sa grâce à l'ex-magnat russe Mikhaïl Khodorkovski. Une clémence qui n'est pas étrangère aux appels au boycott des J.O. de Sotchi.

Vladimir Poutine a gracié l’ex-magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski, son ennemi juré qui croupit en prison depuis plus de dix ans. Le président russe a également annoncé la prochaine libération des deux Pussy Riot encore emprisonnées, cette fois, non pas, par grâce présidentielle, mais dans le cadre d’une loi d’amnistie adoptée par le Parlement.

Cette soudaine mansuétude vise à améliorer son image et celle de la Russie qui accueillera pour la première fois les Jeux Olympique d'Hiver, du 7 au 23 février prochain. Il espère ainsi que les pays occidentaux ayant appelé au boycott des JO et les chefs d'Etat et de gouvernements qui refusent d'être présents lors de la cérémonie d'inauguration, reviendront sur leur décision.

L'histoire semble se répéter. En août 1980, l'URSS organisait les XXIIème J.O. d'été. Une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis, avaient refusé d'y participer en raison de l'invasion de l'Afghanistan par l'Union Soviétique.

Sotchi, ville de sinistre mémoire

Pour les J.O d'hiver de 2014, c'est d'abord de Géorgie qu'est venu le premier souffle de contestation. Fin août 2008, le président Saakashvili avait appelé les Etats-Unis et l’Union européenne à boycotter les Jeux, invoquant un "choix moral". En août dernier, c'est Karel Schwarzenberg, le chef de la diplomatie tchèque, qui s'est déclaré favorable à un boycott de ces jeux organisés dans le sud de la Russie, à l'endroit même du conflit russo-géorgien de 2008. "Je trouve qu'organiser une fête de la paix et du sport dans le voisinage immédiat d'un lieu où l'on a massacré et mené une guerre d'agression est une idée étrange", a- t-il déclaré dans une interview au quotidien Die Presse.

Puis les réactions se sont multipliées un peu partout en Europe et aux Etats-Unis. D'autres causes ont été invoquées pour justifier le boycott, notamment le sort réservé aux homosexuels en Russie. En juin 2013, Vladimir Poutine a promulgué une loi punissant tout acte de "propagande" homosexuelle devant les mineurs. Cette loi a encore plus renforcé le sentiment homophobe, déjà largement répandue en Russie, où l’homosexualité était considérée comme un crime jusqu’en 1993 et comme une maladie mentale jusqu’en 1999.

Ailleurs en Europe, d'autres réactions se sont fait entendre. Le président allemand, Joachim Gauck, ancien pasteur et militant des droits de l’Homme en ex-RDA, a annoncé qu'il ne se rendrait pas aux J.O en février prochain. Cette annonce a tout de suite été perçue comme un boycott des Jeux, bien que le porte-parole ait précisé qu’il n’y avait pas de volonté d’envoyer de message politique.

Viviane Reding, la vice-présidente de la Commission européenne, chargée de la justice et des droits fondamentaux, a également indiqué le 9 décembre, sur son compte twitter, qu'elle ne se rendrait "certainement pas" aux J.O  tant que les minorités continueraient de voir leurs droits bafoués.

Obama refuse de cautionner l'homophobie russe

Coté gouvernement français, ni Laurent Fabius, ni François Hollande n'assisteront à la cérémonie d'ouverture. Le président de la République sera donc représenté par la ministre des Sports, Valérie Fourneyron. Toujours en France, le député vert européen  Daniel Cohn-Bendit a également appelé au boycott.

Pour lui, même si les athlètes se doivent de participer, les chefs d'Etats n'ont pas à se déplacer aux cérémonies d'ouverture.

Les chefs d'Etat qui iront là-bas cautionneront cette démonstration de force, comme on a cautionné la démonstration de force des Chinois à Pékin en 2008, comme on a cautionné Hitler en 1936"

a-t-il confié à l'Express.

Aux Etats-Unis, Barack Obama avait déclaré en août dernier qu'il ne pensait pas "approprié de boycotter les jeux olympiques", mais il ne se rendra pas personnellement à Sotchi. Le président américain a également provoqué Poutine en décidant d'inclure dans la délégation officielle des Etats-Unis des sportives homosexuelles, parmi lesquelles l'ex-championne de tennis Billie Jean King, qui a récemment déclaré qu’elle verrait bien à Sotchi un geste à la Tommie Smith, qui avait levé son poing à Mexico en 1968 lors de la cérémonie de remise des médailles.

A l'instar de Barack Obama, tous ne voient pas le boycott comme la solution au problème. David Cameron, le premier ministre britannique a estimé sur twitter en août dernier qu'on pouvait "mieux combattre les préjugés en participant plutôt qu'en boycottant les jeux Olympiques d'hiver".

Il répondait à Stephen Fry, acteur homosexuel britannique, qui considère, dans une lettre envoyée le 7 août dernier au premier ministre britannique et au président du Comité international olympique, qu'"une interdiction absolue des Jeux olympiques d'hiver 2014 à Sotchi" est "tout simplement nécessaire". Il accuse Vladimir Poutine de

faire des homos des boucs émissaires, tout comme Hitler l'a fait avec les juifs".

La plupart des Russes hostiles au régime totalitaire de Vladimir Poutine espèrent, quant à eux, que les athlètes viendront en nombre afficher leur hostilité aux lois homophobes et regrettent que le Comité international olympique ne demande pas leur abrogation.

Cette vague de boycott en Europe a, pour le moment, au moins contraint Vladimir Poutine à libérer Khodorkovski et les Pussy Riot. Il espère ainsi toujours faire de Sotchi une vitrine de la Russie forte et grande, tout en faisant taire les critiques.

La Russie a prévu de dépenser 36 milliards d'euros pour ces Jeux Olympique. En comparaison, ceux de Vancouver en 2010  n'avaient couté "que" 1,4 milliard. Des dépenses délirantes à la hauteur de la mégalomanie omnipotente du président russe.




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