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Faisons un rêve sur l’Europe

samedi, 21 décembre, 2013 - 18:07

En cette veille de Noël et à une semaine du nouvel an, il n'est pas interdit de rêver. Et pourquoi pas de rêver sur l'Europe, cette Europe qui déçoit tellement parce que sa construction, à travers l'Union européenne, est indéchiffrable pour les citoyens. Les choses pouraient être tellement simples et exaltantes... Faisons un rêve.

 

Chronique sur RFI - Le rêve européen 

 

Dans huit jours, nous serons en 2014, année qui verra 500 millions d’Européens élire pour cinq ans leurs députés au Parlement européen. Une élection qui s’annonce morose puisque tous les instituts de sondages s’accordent à pronostiquer une faible participation ainsi qu’une forte poussée des partis populistes qui se rejoignent tous sur un point : ils sont anti-européens.

En réalité, l’Europe ne fait plus rêver que les populations qui ne sont pas dans l’Union et qui aspirent à la démocratie et à un Etat de droit. On le voit actuellement avec l’Ukraine. Mais pour les citoyens de l’UE, c’est comme si la mayonnaise avait tourné. Au lieu d’une belle communauté riche de ses synergies, on nous demande de battre une sauce désagrégée faite d’égoïsmes nationaux, de mesquineries réglementaires, d’hypocrisies financières et de couardises diplomatiques.

C’est l’Europe intergouvernementale et bureaucratique que les gens ne comprennent plus et que, de plus en plus, ils rejettent. L’alternative serait une Europe fédérale organisant un vrai niveau supranational. 

Pas de démocratie sans peuple

Mais celle-ci suppose une démocratie européenne vivante. Malheureusement, on peut imaginer tous les mécanismes institutionnels possibles, comme l’élection d’un président de l’Europe au suffrage universel où celle d’un Parlement qui désignerait un gouvernement de l’Union, cela ne marcherait pas pour autant : il n’y a pas de démocratie sans peuple.

Or, il n’y a pas de peuple européen, il n’y a que des nations qui, dans un monde globalisé, croient de moins en moins en leur communauté d’intérêt – a fortiori de destin – et dont les citoyens se regardent en chiens de faïence et s’ignorent.

Pour faire émerger ce peuple européen, il faudrait que les Français, les Allemands, les Hongrois ou les Lituaniens se connaissent et se comprennent, au delà de la langue. Ce n’est pas du tout le cas. Pour les Français, par exemple, l’Europe ne devrait être qu’une sorte de France en plus grand. Mais ce projet est contrecarré par quelques étrangers bizarres qui défendent n’importe quoi, ont des rêves stupides et ne sont pas capables de voir où est leur intérêt !

Des médias pour un espace public européen

En fait, pour créer un peuple européen, une conscience collective européenne, il faut d’abord que les gens se connaissent, se parlent et s ‘apprécient, il faut un espace public européen où les idées s’échangent pour que les intérêts communs prennent le pas sur les intérêts et les réflexes culturels nationaux.

A cet égard, l’existence de médias européens qui rendent compte de l’actualité du continent et donnent systématiquement une dimension européenne à l’info est essentielle. En France, c’est exactement l’ambition de notre site Myeurop et de quelques émissions radio, comme « Accents d’Europe » sur RFI, ou  télé, comme « Avenue de l’Europe » sur France 3. Mais le chemin sera long…

Fort d’un soutien populaire qui légitimerait des réformes institutionnelles, il faudrait également conduire de vraies politiques européennes qui concernent les gens. Actuellement, il y a beaucoup de politiques dites communes, officiellement plus d’une quinzaine. En réalité, il n’y en a que trois qui sont véritablement européennes : la politique commerciale avec l’union douanière, la politique monétaire et la politique de la concurrence. Mais elles concernent les entreprises, pas les gens.

Les politiques qui concerneraient les gens, c’est la politique sociale, la culture, l’éducation, l’emploi… A l’heure actuelle, dans ces domaines, c’est le principe de subsidiarité qui prévaut. Un terme barbare qui veut dire que l’on ne laisse agir l’Europe que si elle peut mieux faire que les Etats-membres. Une vraie Europe, ce serait la subsidiarité à l’envers : on ne laisserait agir les Nations que si elles peuvent mieux faire que l’Europe.

Souveraineté élargie

Cela suppose de nombreux transferts de souveraineté. Ou disons plutôt l’émergence d’un concept de « souveraineté élargie » qui sera acceptée par les populations quand elles auront pris conscience que leurs intérêts sont communs et leur culture aussi. Qui pourra nier que Cervantès, Léonard de Vinci, Shakespeare, Mozart ou Balzac font partie de notre culture européenne ?

Ne faut-il pas des universités européennes, ne faut-il pas un statut unique pour toutes les entreprises du continent ? Pourquoi un Français s’intéresserait-il seulement au désenclavement de Toulouse ou à l’agriculture bretonne ? N’est-il pas tout autant concerné par l’industrialisation de la Calabre, la relance de la production charbonnière en Allemagne du nord ou la régulation du trafic routier en Hollande ?

L’Europe ? C’est s’occuper des autres !

L’Europe, c’est s’occuper des autres et accepter qu’ils viennent s’occuper de nous ! C’est comme ça qu’elle sera forte et vivante.

Dans la pure logique de la monnaie unique, la souveraineté élargie concerne également le domaine budgétaire. Au lieu d’un budget européen qui ne reçoit que des miettes – 1% des PIB nationaux, plutôt que d'imposer aux dix sept pays de la zone euro les orientations budgétaires du plus puissant (l'Allemagne), plutôt que de sanctionner les déficits excessifs, ne serait-il pas beaucoup plus cohérent de construire un "budget consolidé" pour la zone ?

C'est à dire un budget agrégeant les 17 budgets nationaux qui seraient élaborés en concertation et dont l’agrégation serait conforme aux intérêts communs de cette zone monétaire unique. Pourquoi le ministre italien des transports ne viendrait-il pas devant l’Assemblée nationale pour dire : « je ne pense pas que la réforme ferroviaire française soit un bon choix pour l’Europe ». Il pourrait le faire parce que tous les pays auraient leurs mots à dire sur tous les grands projets à dimension européenne.

Ce n’est pour l’instant qu’un rêve…




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