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A Lisbonne, c’est la guerre des poubelles contre l’austérité

vendredi, 3 janvier, 2014 - 11:51

Le cadeau de Noël des Portugais est malodorant. Depuis le 23 décembre, à Lisbonne, les poubelles débordent. Les éboueurs protestent contre une privatisation des services d'hygiène, qui serait menée sous couvert de restructuration. Leur grève expose au grand jour la précarité des fonctionnaires qui ne croient pas à la fin de la récession annoncée.

Dans le quartier de Sapadores, le cantonnier est résigné. Son balai ne peut pas grand-chose dans les rues jonchées de déchets qui ont débordé des sacs poubelles éventrés. Dans ce quartier proche du centre de Lisbonne, des sacs s’amoncèlent au pied des immeubles, comme partout dans la ville.

Recours au personnel administratif 

La grève du ramassage des ordures a démarré dans la nuit du 23 au 24 décembre. Elle n'est pas passée inaperçue. La municipalité a concentré les interventions des services minimums dans le centre ville, alors que la capitale portugaise a fait le plein de touristes pour les fêtes de fin d’année.

Elle a aussi placé une cinquantaine de bennes de chantier pour recevoir les poubelles des quartiers, mais elles se sont très vite révélées trop petites. Certaines mairies d’arrondissements ont dû avoir recours au personnel administratif pour aider au nettoyage. Au 2 janvier, le service de ramassage des ordures a repris peu à peu, mais les employés municipaux maintiennent la grève.

La Direction Générale de la Santé a lancé il y a quelques jours une mise en garde. Les services d’hygiène de la mairie ont demandé aux habitants de conserver le plus longtemps possible les déchets chez eux, en particulier lorsque les conteneurs et les bennes débordent. Autre consigne: pas de sacs poubelles par terre, pour éviter qu’ils ne soient éventrés et que la saleté se répande encore plus. La mairie reconnaît à demi-mot que malgré ces mesures, la situation est loin d’être normalisée. Et qu’il y a peu de chance qu’elle le soit avant le 10 janvier.

485 euros bruts

Trois syndicats du secteur de la fonction publique ont uni leurs efforts pour organiser cette grève à la visibilité sans précédent. Ces fonctionnaires craignent une restructuration des services, suite au nouveau découpage administratif des municipalités entré en vigueur l’an dernier. La mairie affirme que seuls les services de nettoyage et de lavage des rues seront transférés aux mairies d’arrondissements. Mais les employés redoutent une privatisation qui ne dirait pas son nom, sous couvert de cette nouvelle répartition des attributions de services.

La grève des éboueurs a placé, une nouvelle fois, la situation des fonctionnaires sur le devant de la scène. Car même si la saleté des rues ne fait pas plaisir aux habitants, beaucoup affirment "comprendre les motivations" des employés municipaux. Cette grève des éboueurs met en lumière la lutte des fonctionnaires, qui sont les premiers concernés par le nouveau budget d’austérité.

Ce budget de l’Etat a été promulgué à la toute fin 2013, et il doit en principe garantir que le Portugal ira jusqu’au bout du programme d’assistance internationale. L’Etat doit faire 3,9 milliards d’euros d’économie en 2014. Et il les fera sur le dos des fonctionnaires dont les salaires vont être ponctionnés entre 2,5 et 12% selon les échelons. Le plancher d’application des réductions salariales dans la fonction publique était jusqu’à présent fixé à 1500 euros de revenus mensuels. Il vient d’être rabaissé à 675 euros mensuels.

Autre mauvaise nouvelle pour les fonctionnaires, le passage de 35 à 40 heures de travail hebdomadaire. Sa conséquence directe est une importante réduction des heures supplémentaires. Or, celles-ci sont une bouée de sauvetage pour des revenus très modestes. Les salaires proches du minimum légal de 485 euros bruts mensuels sont monnaie courante dans des services publics comme le ramassage des ordures.

La fin de la récession décrétée officiellement

Dans ses vœux à la nation, le Président de la République, Anibal Cavaco Silva, a décrété officiellement la fin de la récession. En mai 2014, le programme d’assistance internationale dont dépend le Portugal depuis 2011 prendra fin. Et pour le premier ministre Pedro Passos Coelho, qui l’a réaffirmé dans ses propres vœux, le contrat sera bel et bien rempli, et les objectifs atteints. Le pays devrait donc pouvoir se financer sur les marchés privés en milieu d’année.

Dans ce contexte d’optimisme de circonstance, il n’est pas question d’évoquer au Portugal un nouveau plan d’assistance du Fonds Monétaire International et de l’Union Européenne, qui ont prêté 78 milliards d’euros. Ce qui n’empêche pas d’évoquer un plan de "précaution", que l’UE se dit prête à concéder au pays si ce dernier continue à se montrer assidu dans ses réformes. Rares sont ceux qui croient que le Portugal pourra s’en sortir seul. Aide, précaution, assistance ou soutien….jouer sur les mots n’y change pas grand-chose. Le Premier Ministre lui-même, dans son style elliptique inimitable évoque "de nombreux défis à relever".

Pour les Portugais la traduction est claire: davantage de restrictions, l’allongement de la date de départ à la retraite, des impôts exceptionnels prolongés "exceptionnellement", des durées de travail plus longues, moins d’argent, moins d’aides et pas d’embellie réelle sur le front de l’emploi.

Le mécontentement ne devrait pas faiblir. Le Portugal a été placé au 46ème rang des pays à haut risque social en 2014, sur un échantillon de 150 pays analysés par la revue Economist.




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