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Dis moi de quoi tu meurs, je te dirai d’où tu viens

mercredi, 8 janvier, 2014 - 14:59

Dans le Grand Londres, il ne fait pas bon vivre à l'est. Des statistiques publiées aujourd'hui outre-Manche montrent l'ampleur des inégalités en termes de santé des habitants. Crises cardiaques et AVC sont surreprésentés dans les quartiers (pauvres) de l'est-londonien.

Pour votre santé, mangez, bougez… mais surtout vivez à l'ouest ! C'est la conclusion que l'on peut tirer de la publication aujourd'hui de statistiques sur la santé des habitants du Grand Londres.

Pour la toute première fois, l'Office for National Statistics (ONS) britannique a en effet rendu public les données concernant la mortalité des habitants quartier par quartier. Chacune des dix principales causes de mortalité dans la capitale font ainsi l'objet d'un double classement (hommes et femmes) selon leur prévalence géographique.

Mourir à Tower Hamlets

Et quand la statistique passe à l'échelle locale, les inégalités se révèlent. A Londres, c'est à l'est que l'on meurt le plus. Tower Hamlets, Newham, Barking and Dagenham, Hackney ou encore Redbridge et Greenwich, tous des "boroughs" de l'est et du nord-est de la capitale, sont ceux qui apparaissent le plus souvent dans les top trois des quartiers les plus touchés pour chaque catégories de maladies, entre 2010 et 2012. Ce sont aussi les zones les plus défavorisées.

Il ne fait vraiment pas bon vivre, par exemple, à Tower Hamlets. Ce quartier arrive premier du Grand Londres pour les maladies coronariennes (crises cardiaques) et pour les maladies vasculaires-cérébrales (AVC), à la fois chez les femmes et chez les hommes. C'est aussi là que les hommes meurent le plus d'insuffisance respiratoire chronique (essentiellement le fait du tabagisme), soit 63 cas pour 100 000 habitants en 2012: deux fois plus qu'à Brent (26), un district de l'ouest londonien.

Autres illustrations du clivage géographique souvent très prononcé, les femmes ont quatre fois plus de risque de mourir de la maladie d'Alzheimer ou de démences à Greenwich, sud-est (61 pour 100 000 hab.), qu'à Harrow, dans le nord-ouest (17). Les hommes résidants à Barking and Dagenham, à l'est (38 pour 100 000 hab.) ont eux deux fois plus de risque de succomber à un cancer de la prostate que leurs homologues de Enfield, dans le nord du Grand Londres (14,5).

La qualité de l'air, facteur aggravant?

Ces chiffres et les inégalités face à l'accès aux soins et à la santé qu'ils révèlent auraient pu ne jamais être connus. C'est en effet sous la pression d'une association, Clean Air London, que l'ONS a accepté de les communiquer. L'institut statistique a d'ailleurs facturé l'opération à l'association (1 000 £)… L'association, elle, pointe les enjeux de justice sociale:

Londres intra et extra muros, riches et pauvres: tous sont affectés. Toutefois, les plus vulnérables demeurent les plus pauvres, exposés plus massivement aux gaz d'échappement (en raison de leur lieu de résidence, ndlr) et aux multiples facteurs de risques tels que le tabagisme, l'alcool, l'obésité, au même titre que la pollution de l'air",

explique à Myeurop le fondateur et directeur de Clean Air in London, Simon Birkett.

Pour Clean Air London, qui milite contre la pollution de l'air et ses conséquences sur la santé, cette dernière fait bien partie du problème.

La pollution de l'air n'étant qu'un facteur parmi d'autres de cette mortalité, nous ne pouvons pas dire précisément combien de morts elle génère. Cependant, on peut raisonnablement penser que les personnes qui meurent prématurément de crises cardiaques et d'accidents vasculaires cérébraux (AVC) à Londres perdent, en moyenne, trois années supplémentaires d'espérance de vie à cause d'une exposition prolongée à la pollution invisible de l'air"

rappelle Simon Birkett.

Clean Air London réclame que ces chiffres soient désormais publiés chaque année par l'ONS, au nom de la transparence. L'association espère ainsi pousser les pouvoirs publics à s'attaquer à ces disparités.




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