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Rome, ville poubelle

jeudi, 9 janvier, 2014 - 17:26

L'arrestation de sept personnes impliquées dans un scandale de gestion illicite des déchets relance la question du traitement des ordures à Rome. Après la fermeture de la plus grande décharge d'Europe, la ville éternelle croule sous les poubelles.

Surnommé le "Roi des déchets", l’octogénaire Manlio Cerroni a été interpellé dès potron-minet et placé aux arrêts domiciliaires, en raison de son grand âge, pour gestion illégale de déchets. Un sort identique a été réservé à six autres personnes impliquées dans le scandale de la gestion de la plus grande décharge d’Europe située à Malagrotta, aux portes de Rome.

Le site insalubre aurait du être fermé en 2007 à la demande de l’Union européenne. Grâce à de multiples prorogations, la décharge qui accueille chaque jour quelques 4.500 tonnes de déchets a pourtant fonctionné jusqu’au 1er octobre dernier. Les pressions exercées sur Rome par l’UE ont eu raison de la résistance organisée par le roi des déchets et ses acolytes qui réalisaient jusqu’à un milliard de chiffres d’affaires annuels grâce à Malagrotta.

Risques d'épidémie

En 2011, la Commission européenne avait brandi la menace d’une amende de près de dix millions d’euros pour obliger Rome à intervenir. Dans leur rapport, les responsables de l’environnement de la Commission européenne soulignaient l’absence de traitements adéquats des déchets. Ils rappelaient aussi que Rome avait déjà été épinglée un an auparavant, la décharge étant encore opérationnelle malgré les directives bruxelloises.

Aucun traitement chimique n’est appliqué sur les déchets avant qu’ils soient stockés dans la décharge, d’où un risque de contamination, d’épidémie et par conséquent, une violation des normes en vigueur",

affirmaient les inspecteurs.

Mais si la fermeture de Malagrotta était d’autant plus inévitable que la décharge se trouvait depuis des années au bord de l’asphyxie, la municipalité de Rome se heurte aux refus systématiques des habitants proches des sites choisis pour la construction de nouveaux incinérateurs et décharges.

Pour évacuer les tonnes de déchets produits chaque jour, les camions transportent désormais les ordures beaucoup plus loin, hors de Rome. D'où une multiplication des coûts estimée à quelque 780 millions d’euros par an. Trop pour la mairie dont le budget est déjà dans le rouge cardinal. Sans parler du manque de personnel, la municipalité taillant sans relâche, comme le gouvernement, dans ses frais de personnel.

Chiens errants et restes de festins

Du coup, certains quartiers de Rome sont laissés à l’abandon. En temps normal, les poubelles débordent d’ordures en tout genre. Mais après les fêtes, le scénario a empiré et certaines rues ressemblent à celles de Calcutta. Dans le nord comme dans le sud de Rome, les habitants doivent faire du slalom pour éviter les restes de saumon à la mayonnaise et les carcasses de dinde consommées pendant les fêtes de fin d’années.

Les chiens errants s’énervent sur les morceaux de papier cadeau pour chercher les restes des festins. Même certains quartiers du centre n’ont pas été épargnés. A quelques mètres du Colysée, rue Poliziano, la situation était catastrophique au lendemain de la fête de la Befana, la fête de la sorcière, l’équivalent italien de l’Épiphanie.

Attention, trottoirs glissants !

Reste aussi le problème du nettoyage de la voierie. Les trottoirs, rarement nettoyés, sont glissants. Et puis, il faut aussi le dire, les Italiens qui reprochent aux Français de ne pas avoir de bidet dans leurs salles de bain, et donc de manquer d’hygiène, ont tendance à balancer leurs cochonneries en pleine rue.

Certains automobilistes vident leurs cendriers et nettoient leurs voitures en pleine rue. Sans parler des Romains qui laissent leurs restes sur les bancs publics après avoir consommé un déjeuner sur le pouce pendant la pause-déjeuner.

Pour nettoyer la ville après les fêtes, la municipalité a dû débloquer 5 millions d’euros. Après avoir promis à la veille de son élection de résoudre le problème des ordures, le maire démocrate (centre-gauche) Ignazio Marino a convoqué un conseil extraordinaire pour trouver des solutions le 14 janvier prochain…




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