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Les Anglais renvoient leur ministre de l’éducation à l’école

vendredi, 10 janvier, 2014 - 13:03

Le ministre de l'éducation, éternel mal aimé en France, l'est aussi au Royaume-Uni: les Anglais sont plus de 100 000 à avoir signé une pétition pour le renvoyer à l'école! Rythmes scolaires, programmes, vacances,... Comme Peillon chez nous, le pauvre Michael Gove est vissé à son bonnet d'âne.

Michael Gove au tableau! C'est le message qu'ont adressé les Anglais à leur ministre de l'éducation: ils sont en effet déjà plus de 100 000 à avoir signé une pétition afin de le renvoyer… à l'école primaire. L'idée? Qu'il se mette dans la peau des profs pour mieux comprendre leur métier.

La pétition, intitulée "Pour que Gove enseigne pendant un semestre", a été lancée par une professeure, Amy Neill, en avril dernier. Sur le site Internet, elle écrit:

Nous aimerions que vous enseigniez à une classe d'école primaire pendant au moins un demi-semestre, afin que qu'il vous soit possible d'apprécier et de respecter le travail difficile que nous faisons réellement. Il est inepte que le ministre de l'éducation, qui a le pouvoir de faire des changements importants, n'ait aucune connaissance du système éducatif et du travail des professeurs."

En trois mois, 50 000 personnes l'avaient déjà signée. Parmi eux, plusieurs milliers d'étudiants et d'enseignants. Elle vient de passer les 100 000. Un chiffre pas anodin: au Royaume-Uni, les pétitions qui obtiennent 100 000 signatures sont examinées par la Chambre des Communes.

Un ministre sous le feu des critiques

Peu avant le lancement de cette pétition, Michael Gove, conservateur, a du faire face à de nombreuses critiques. En préconisant des vacances plus courtes et des jours d'école plus longs, et en critiquant le système actuel qu'il qualifie de dépassé, il s'est attiré les foudres de nombreux professeurs.

Actuellement, en Angleterre, une année scolaire comprend 190 jours. Les élèves anglais ont six semaines de vacances en été et les journées de classe s'étalent de 9h à 15h ou 15h30. En comparaison, en France, le ministre de l'éducation, Vincent Peillon, en septembre 2012, indiquait souhaiter voir l'année des écoliers du primaire s'approcher des 180 jours de classe, contre 144 à l'époque. Une journée d’école en France est plus longue qu'en Angleterre, puisqu'elle commence à 8h30 et se termine à 16h30.

Plus récemment, le ministre anglais de l'éducation a encore fait parler de lui en déclenchant une polémique. Le 2 janvier dernier, il déclarait en effet que les historiens et les programmes télé comme Blackadder, une série sur la Première Guerre Mondiale, dénigraient le patriotisme et le courage britannique en dépeignant conflit comme une "pagaille illégitime". La faute, selon lui, aux historiens de gauche et aux "mythes" qu’ils ont construits. Il a affirmé que la guerre était en réalité une "cause noble", un "conflit juste" et qu'il fallait se battre contre le "darwinisme social" des Allemands.

Les historiens furax

Les critiques ont fusés, notamment de la part des historiens. Un éminent professeur de Cambridge, Sir Richard Evans, a qualifié le ministre de l'éducation d'"irresponsable". Un autre, Tristram Hunt, a répondu à Michael Gove dans The Guardian, quelques jours plus tard, accusant le gouvernement conservateur d’utiliser politiquement cette célébration:

On avait craint que la concomitance de cette commémoration avec les élections européennes et la montée en puissance du parti pour l’indépendance (Ukip) puissent saper une réponse digne à ces événements de 14-18. Mais peu avaient imaginé que les Conservateurs puissent être à ce point stupide".

Même une historienne comme Margaret MacMillan, supposée proche du ministre de l’Education conservateur, a pris ses distances et a déclaré qu’il confondait ce qu’il appelle les mythes historiques de la gauche avec des interprétations différentes du passé:

Je n’ai jamais dit que les soldats britanniques allaient combattre pour l’ordre libéral occidental. Ils défendaient juste leur patrie et combattaient ce qu'ils pensaient être le militarisme germanique".

Une vision étriquée de l'Histoire

L'année dernière, Michael Gove a également été vivement critiqué après avoir fait d'importants changements dans les programmes scolaires. On lui avait reproché de trop se concentrer sur l'histoire britannique, au détriment d'une vue d'ensemble historique plus large.

Les réactions sont mitigées. Jenny Landreth écrit ainsi sur Twitter:

Signer une pétition pour que Gove enseigne un semestre? Certainement pas. Je ne voudrais pas que mes enfants soient impliqués, donc je ne peux pas demander à ce que d'autres le soient."

D'autres font également preuve d'humour, comme Sam C, pour expliquer pourquoi il a signé la pétition:

Gove disant à des professeurs comment enseigner, c'est comme un enfant qui dirait à un chirurgien comment enlever un appendice parce qu'il a joué à Dr Maboul".

Le ministre devrait cependant échapper à la rentrée des classes: les députés britanniques ignorent le plus souvent ces pétitions de plus de 100 000 signatures qu'ils sont pourtant censés étudier. De mauvais élèves qui, eux-aussi, gagneraient à retourner sur les bancs de l'école.




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