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Eolien: vents contraires en Europe

mercredi, 15 janvier, 2014 - 15:04

C'est inédit: l'éolien est devenu la première source d'électricité des Espagnols. Ailleurs en Europe, le wind power reste minoritaire et critiqué, mais il gagne du terrain.

Ce mercredi, une fois n'est pas coutume, El País crie cocorico (kikiriki, comme on dit de l'autre côté des Pyrénées): "l'Espagne est le premier pays dans lequel l'éolien devient la première source d'énergie". Si l'effet d'annonce est réussi, ce n'est, en fait, pas vraiment un scoop (dès décembre, sans attendre la déclaration officielle de l'association patronale de l'éolien, l'information était sortie ici et là). Mais la nouvelle est symbolique, même si le nucléaire (20,8%) fait encore presque jeu égal avec l'éolien.

Reste que le pays de Cervantès caracole en tête des pays européens en terme de production éolienne. Avec plus de 54.000 Twh par an en 2013, elle dépasse de 13% son record de l'année précédente, qui déjà la plaçait devant l'Allemagne (46.000), le Royaume-Uni, la France (14.900), l'Italie et enfin le Danemark.

En pratique, ce niveau de production représente l'alimentation de plus de 15 millions de foyers espagnols. Avec notamment l'hydraulique (à hauteur de 14%) et le solaire (3%), les énergies renouvelables correspondent à 42% de la consommation électrique.

"Quand le vent souffle, les Espagnols font des économies", se réjouit l'AEE, qui pointe un bémol: l'impact économique de la précédente réforme énergétique est mal connu, et risque de rendre frileux de nouveaux investisseurs.

Vue de France, où l’énergie éolienne produit 4% seulement de l’électricité consommée, l'Espagne montre ainsi la voie d'un mix énergétique réussi. 

L'éolien représente en moyenne 7% de la production électrique du continent. Un pourcentage en augmentation: en 2012, le parc éolien de l'Union européenne s'est développé de plus de 12%. Il représente aujourd'hui près de 30% de la puissance éolienne produite au niveau mondial, un niveau légèrement inférieur à celui de l'ensemble de l'Asie ou de l'Amérique du Nord.

Du Danemark à l'Italie, les situations sont contrastées en Europe.

Le Danemark, toutes voiles dehors

Le Danemark est souvent présenté comme le paradis de l'énergie éolienne. Sa spécialité: l’exploitation en mer. En 2012, ses éoliennes fournissent près de 30% de la consommation nationale d’énergie. Un accord énergétique décidé par le Parlement danois prévoit d'atteindre les 50% en 2020.

Symbole de ce pari sur l'éolien, à l'automne dernier, le plus grand parc éolien du pays a été inauguré en mer d’Anholt: sur la côte Est du Danemark, 111 machines dotées chacune d’un rotor de 120 mètres de diamètre occupent une surface de 88 km².

Les Danois ne comptent pas en rester là. Arthus, la deuxième ville du pays, abrite un bunker ultramoderne de 23 000 mètres carrés: le nouveau centre de recherche de Vestas. Premier constructeur mondial d'éoliennes, cette entreprise est aussi celle qui dépose le plus de brevets au monde dans le secteur des énergies renouvelables. 

La transition énergétique allemande

En 2012, un millier d'éoliennes supplémentaires ont été installées en Allemagne, sur un total de plus de 23.000 unités. La catastrophe de Fukushima en 2011 a achevé de convaincre le gouvernement: une stratégie de sortie du nucléaire ambitieuse (objectif: 2022) a été mise en place, non sans quelques couacs.

Elle est assortie d'une stratégie de mix électrique qui s'appuie sur une part croissante d'énergies renouvelables. Mais les conditions météorologiques rendent sa proportion aléatoire: en décembre 2013, bénéficiant d'un climat propice, la production éolienne de l’Allemagne était la deuxième plus forte jamais enregistrée outre-Rhin. Mais en ce début 2014, le froid (souvent accompagné d’un anticyclone) l'a faite retomber: le 14 janvier, elle s'établissait à moins de 600 MW, soit 2% de la puissance installée…!

Selon la Banque allemande de développement (KfW Bankengruppe), l’éolien terrestre et les autres filières renouvelables permettent chaque année d'économiser 2 milliards d’euros à l'Allemagne. Une somme qui serait engloutie par l’importation de combustibles fossiles, en l'absence des alternatives existantes.

Depuis quelques mois cependant, cette ambitieuse transition énergétique patine et suscite la critique. Plusieurs faillites récentes d'entreprises du secteur mettent en évidence les failles du "projet du siècle" d'Angela Merkel.

Royaume-Uni: des objectifs… repoussés

Outre-Manche aussi, la loi a fixé des objectifs: 30% d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici à 2020.
 Pour rassurer les investisseurs, le gouvernement travaille à de nouvelles incitations, prévues pour le courant de l'année. Il devrait s'agir d'un système de tarif d’achat: les producteurs recevront un paiement quand le prix du marché sera inférieur à un prix référence convenu à l’avance, et devront rembourser la différence quand le prix du marché sera supérieur.

Mais le gouvernement Cameron a fait marche arrière quant à l'abandon du charbon dans son système de production électrique d’ici à 2030. Et il accueille à bras ouvert le gaz de schiste

En France, des vents contraires

Le nombre de nouvelles éoliennes raccordées a diminué en France en 2013, pour la troisième année consécutive. Plusieurs facteurs d'explication sont mis en avant par France Energie Eolienne (qui regroupe 90% du marché français), à commencer par la remise en cause générale des mécanismes de soutien. En décembre dernier, la Cour européenne de justice a condamné le tarif de rachat par EDF de l’électricité d’origine éolienne, l'assimilant à une aide d'Etat. Ce jugement de la Cour pourrait aboutir à une annulation par le Conseil d'État de ces tarifs bonifiés, d'ici trois mois. Un délai que Paris devra mettre à profit pour légaliser son système.

La décision européenne comble les opposants à l’éolien, tels que l'association Vent de colère. Ces derniers multiplient les recours juridiques, contestant en moyenne un projet sur deux. Leurs arguments portent notamment sur les coûts d’adaptation de notre réseau électrique qu'engendre le développement de l'éolien (et qui se répercutent sur le consommateur). Un poids relativisé par France Energie Eolienne, qui estime que le coût de "la modernisation de notre réseau imputable à l'éolien sera de l’ordre de 0,1 centime d’euro le kWh éolien en 2020, ce qui est tout à fait supportable pour ERDF."

Malgré ces obstacles, le parc éolien français a tout de même doublé de taille en 5 ans. Une grande loi d'orientation sur l'énergie, plusieurs fois repoussée, est attendue à l'Assemblée nationale d'ici la fin 2014.

Italie, mic mac énergétique

La situation italienne évoque celle de l'Hexagone: les conditions réglementaires ne sont pour l'heure pas réunies pour favoriser l'investissement. Le décret fixant des tarifs avantageux n’est valable que pour trois ans (jusqu'en 2015); un horizon insuffisant compte tenu des délais de construction. Par ailleurs, contrairement à la France, les côtes italiennes ne présentent pas des conditions de vent idéales.

 


Mise à jour le 23 janvier 2014.

Source chiffres: 
Baromètre éolien – Eurobserv'er – Février 2013
Eurostat
France Energie Eolienne




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