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En Grèce, l’ex-ministre est le roi de la magouille

mardi, 21 janvier, 2014 - 14:32

Michalis Liapis n'est pas un magouilleur ordinaire. C'est un ex-ministre de premier plan. Une caricature de la décomposition de la classe politique grecque. Récit de ses combines et détournements en tout genre.

Un contrôle de police de routine un retour de week-end. Pendant qu’un des policiers, le plus âgé, inspecte le véhicule, son tout jeune collègue demande ses papiers au conducteur d’un rutilant 4×4.

Il n’a pas son permis, ni sa vignette",

lance-t-il alors à son confrère, qui lui rétorque:

Et sa plaque d’immatriculation est fausse".

En revenant vers le véhicule, le policier reconnaît le conducteur. Surprise, ce n'est pas un trafiquant de voitures volées, mais Michalis Liapis, un ancien ministre. Trop tard pour se dédire. Les deux gendarmes verbalisent. Et le scandale éclate.

Michalis Liapis n'est pas n'importe qui. C'est le neveu d'une figure politique tutélaire d’après-guerre, Constantin Caramanlis. Premier ministre dès 1954, réfugié de 1967 à 1974 en France durant la dictature des colonels, il en est revenu auréolé du rôle de sauveur et "régna" sur le pays une dizaine d’années supplémentaires. Michel, fils d’Antigone, sœur de Constantin, fit des études classiques de droit sans être un étudiant particulièrement brillant.

"Je ne suis qu’un pauvre retraité"

Etudiant à la Sorbonne, il accompagnait son oncle réfugié à Paris dans les soirées mondaines. Beau gosse à l’époque, un soir, il aperçut la timide jeune fille de la maison seule dans un coin. Il fondit sur elle et vit ainsi sa fortune faite. Amalia Bogdanou était la fille d’une riche famille gréco-française.

Rentré en Grèce, il devient avocat, et lorsque son oncle est élu président de la République, il est promu conseiller personnel. Avec la nomination au poste de premier ministre en 2004 de son cousin conservateur Kostas Caramanlis, il enchaîne les ministères: le tourisme, puis les transports.

Mais les soupçons de participation à de vastes entreprises de corruption dans les transports, chantiers navals, chemins de fer, liées à la société allemande Siemens, l'obligent à changer de nouveau de portefeuille. Il devient un ministre de la culture fantomatique, ne mettant quasiment jamais les pieds dans son ministère. Rattrapé par la justice, il démissionne.

"Je ne suis qu’un pauvre retraité", expliqua-t-il lors de son arrestation au volant de son 4×4.

Avec la crise, j’ai des difficultés comme tous les autres. La voiture, je l’avais au garage. Je ne l’ai donc pas immatriculée cette année. Et là, je voulais juste lui faire faire un tour pour qu’elle ne rouille pas, avant de partir en voyage". 

Condamné à 4 ans de prison avec sursis en décembre 2013, il a payé immédiatement son amende en espérant que les médias l'oublient. Mais les photos de son arrestation avaient déjà fait le buzz sur Internet. Et les journalistes ont commencé à enquêter.

Ainsi, depuis une semaine, les frasques du pauvre ministre sont devenues le feuilleton quotidien des médias grecs. Une première série de photos le montre en galante compagnie (il a divorcé depuis longtemps de son héritière) au Sheraton à Kuala Lumpur, dans l’exotique Malaisie. A son retour, il a déclaré y être allé pour "se reposer psychologiquement" après on arrestation. Or, il s’est avéré qu’il allait déjà à l’aéroport quand il a été interpellé au volant de sa voiture.

Une maison payée avec des aides européennes

Et de fil en aiguille, les journalistes découvrent qu'il est propriétaire d'une vingtaine d'appartements et maisons. La plus somptueuse est son village natal montagnard d’Eurytanie. Une superbe résidence secondaire de plus de 10 pièces. 

Et là, stupeur, le pot au roses est découvert: la belle demeure était déclarée comme une auberge touristique et avait bénéficié d’une subvention européenne, destinée à soutenir et promouvoir l’agrotourisme. Cerise sur le gâteau, Michalis Liapis a déclaré seulement 70 m2 de surface habitable pour réduire ses impôts locaux. Quant à l'électricité, elle était gratuite pour l'ex-ministre qui s'était branché directement sur le pylône municipal.

Revenu de Malaisie, et sans doute exténué par toutes ces méchancetés, l’honorable retraité est reparti se ressourcer en Roumanie, pays de sa dulcinée, de 30 ans sa cadette. Mais toujours dans un hôtel 5 étoiles, le Marriott de Bucarest, avec suites de luxe, casino, spa, centre de fitness, et 6 restaurants gourmets.

Une défense ubuesque

Michalis Liapis et ses petites combines sont à l'image de la décomposition de la vie politique grecque, qui accompagne la crise financière et sociale. Nombre d’anciens ministres venus du PASOK (le parti socialiste grec) ou de la Nouvelle Démocratie (la droite conservatrice), sont impliqués dans des scandales de corruption durant l’exercice de leur fonction.

Et la liste des fraudeurs fiscaux à l’étranger s’allonge au fil des révélations de la presse. Mais le plus ubuesque est la dérisoire défense de ces tristes individus qui ont mis la Grèce en coupe réglée, tant leur impunité leur paraît, aujourd'hui comme hier, évidente. La tragédie grecque se transforme alors en farce.




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