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L’Ukraine s’embrase à nouveau

mercredi, 22 janvier, 2014 - 16:51

La contestation pro-européenne a repris de plus belle à Kiev, après l'adoption de lois répressives contre l'opposition. Et la violence est montée d'un cran: cinq manifestants sont morts mercredi 22 janvier au terme d'une nouvelle nuit d'affrontements.

Le pouvoir ukrainien a donc choisi la force. Un assaut a été lancé par la police ukrainienne contre les manifestants mercredi matin, provoquant dans la journée qui a suivi 5 morts et plus de 300 blessés de blessés.

Depuis dimanche et avant les assauts de mercredi, près de 200 personnes avaient été blessées et 80 policiers hospitalisés. Selon plusieurs sources médicales, au moins une personne a eu la main amputée et plusieurs ont perdu la vue. Les violences de mercredi dans le centre de Kiev, sans précédent dans l'histoire récente du pays, ont transformé le quartier des administrations et des ministères en véritable zone de guérilla urbaine.

Le mouvement de protestation relancé

En novembre dernier, le président ukrainien Ianoukovitch avait déjà fait face à un premier vaste mouvement de protestation lorsqu'il avait décidé d'annuler la signature d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne pour lui préférer un partenariat avec la Russie. L'opposition pro-européenne était alors descendue dans la rue lors de manifestations de grande ampleur.

La mobilisation a été relancée la semaine dernière, le 16 janvier, à la suite de l'adoption par le pouvoir ukrainien de lois répressives contre les contestataires. Ces lois portent un coup à l'expression de l'opposition, en interdisant toute manifestation sur la voie publique et en encadrant Internet et les médias. Elles prévoient en outre des peines de cinq à dix ans de prison pour les contrevenants.

Dimanche dernier, sur la place de l'Indépendance, 200 000 personnes avaient manifesté. Ce rassemblement avait déjà été émaillé de violence entre contestataires et forces de l'ordre, à coups de tirs de balles en caoutchouc et de cocktails Molotov.

Le premier ministre, Mykola Azarov, a mis en garde mardi les manifestants sur la chaîne publique russe d'information Vesti:

Si les provocateurs ne s'arrêtent pas, les autorités n'auront pas d'autre choix que d'utiliser la force dans le cadre de la loi pour assurer la sécurité des gens".

Les menaces ont donc été mises à exécution, au prix d'un lourd bilan humain. Deux des cinq personnes tuées ont succombé à des blessures par balle, selon les services du procureur général. Une autre est morte en tombant du toit du stade de football du Dynamo, proche du lieu des affrontements.

D'après les leaders des partis de l'opposition, Arseni Iatseniouk, Oleg Tiagnikok et l'ancien boxeur Vitali Klitschko, ces incidents engagent "la responsabilité personnelle" du président Ianoukovitch.

Quatre blessures par balle à la tête et au cou pour l'un des morts, ce n'est pas de la légitime défense mais des tirs délibérés sur des citoyens pacifiques",

ont-ils déclaré.

"Terroristes" vs. "assassins"

Certains manifestants, ignorant les appels au calme des chefs de file du mouvement, ont attaqué les forces de l'ordre avec des cocktails Molotov et des pavés. De son côté, la police anti-émeutes, la Berkout, a riposté par des tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes et a chargé des manifestants à plusieurs reprises. Les manifestants isolés ou tombés étaient battus sans ménagement à coup de pieds et de matraque.

Les autorités ukrainiennes ont assimilé les contestataires à des "terroristes", mais le président Viktor Ianoukovitch a dans le même temps entamé une rencontre avec les chefs de file de la contestation.

Je suis contre le bain de sang, contre l'usage de la force, contre l'incitation à la haine et à la violence",

a-t-il déclaré dans un communiqué.

De leur coté, les manifestants ont qualifié les autorités ukrainiennes d'"assassins", réagissant à l'information selon laquelle un homme avait été abattu par un tireur embusqué de la police.

L'inquiétude en Europe

Les réactions ont afflué en Europe, à l'annonce des violences commises à Kiev. L'Union européenne a appelé à un "véritable dialogue" et a averti Kiev de "possibles actions" et de "conséquences pour les relations" avec ce pays. Selon José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, il est "prématuré de dire" quelles pourraient être ces "actions".

"L'annonce de la mort de plusieurs manifestants est source d'une vive inquiétude", a réagi la porte-parole de la diplomatie européenne, Catherine Ashton. En Pologne, le ministre des Affaires étrangères a annoncé avoir convoqué l'ambassadeur d'Ukraine à Varsovie. Le président François Hollande a lui exprimé sa "très vive préoccupation" en conseil des ministres et désapprouvé les affrontements. Il a par ailleurs appelé au respect des droits de l'homme.




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