Connexion

Syndicate content

En Allemagne, les producteurs de bio dépassés par la demande

jeudi, 23 janvier, 2014 - 11:27

En Allemagne, la filière bio n'arrive plus à satisfaire une demande qui explose. Résultat: un tiers du bio consommé est importé… Une ineptie économique et environnementale dénoncée par les militants écolos, qui aimeraient que le gouvernement investisse un peu moins dans l'agro-industrie et un peu plus dans la culture bio.

L’amour, la paix et des poulets heureux".

La pancarte que Christina Berckband, 21 ans, tient à la main annonce le ton. La jeune femme est là "pour dénoncer les OGM, la surproduction, les élevages intensifs et pour demander le soutien à l’agriculture bio".

Nous voulons faire pression sur le gouvernement pour qu’il refuse l’accord de libre échange entre l’Union européenne et les États Unis, car celui-ci va faire entrer les OGM dans nos assiettes. C’est le droit de tous de pouvoir manger des aliments de bonne qualité",

ajoute sa camarade Vanessa Haries, 26 ans.

Comme elles, ils étaient 30 000 manifestants à battre le froid pavé berlinois samedi dernier, flanqués de dizaines de tracteurs, contre la malbouffe et en soutien d'une filière bio allemande en difficulté. Les organisateurs ont profité de la tenue du salon de l’agriculture de Berlin, le grüne Woche ou Semaine verte, pour se faire entendre d'un gouvernement sur la défensive.

Un ministre plus porté sur l'agro-industrie

Le nouveau ministre allemand de l’agriculture, Hans-Peter Friedrich, vient en effet de refuser toute nouvelle aide à l’agriculture biologique et notamment à la création d’espaces écologiques.

C’est le consommateur qui décide en dernière instance ce qui doit être produit. Nous ne pouvons pas faire de certains segments des niches subventionnées",

déclarait-il ainsi la semaine dernière, critiquant devant ses homologues européens les mesures de l'UE destinées à maintenir des surfaces en jachère ou des surfaces de prairies permanentes.

"Nous avons une obligation éthique et morale de produire, de manière pérenne, des denrées alimentaires sur les surfaces que nous avons", a-t-il lancé en rassurant la très puissante Fédération des agriculteurs allemands(DBV). "Une utilisation productive avec le recours aux engrais est nécessaire parce que toute autre solution se traduirait par des baisses de revenus", s’est satisfait son président Joachim Rukwied.

Subventions: le bio laissé pour compte

De quoi remonter les écologistes et les manifestants réunis samedi à Berlin… Jan Plagge, président de l’Union du secteur alimentaire biologique (BÖLW), dénonce l’absence de soutien gouvernemental en direction des petits agriculteurs et de l’agriculture bio:

Une exploitation bio reçoit 180€ de subvention par hectare et par an contre 2 000€ pour une exploitation traditionnelle. Il faut que ces aides passent à 300€".

Pour ce militant, l'absence de soutien à la filière biologique explique la stagnation du nombre de producteurs en Allemagne, tout comme celle des surfaces agricoles bio qui n’ont augmenté que de 0,1% en 2012 par rapport à 2011. Elles ne représentent aujourd'hui que 6,3% des terres agricoles du pays. Et de regretter l’impossibilité de tenir l’objectif fixé au début des années 2000 par le  gouvernement de Gerhard Schröder: consacrer au bio 20% des surfaces agricoles d’ici 2010. Au rythme où vont les choses, cet objectif ne sera atteint qu’en 2078…

Un tiers du bio importé

La colère des militants est d’autant plus forte que la demande grimpe en flèche de l’autre côté du Rhin. Selon une étude du gouvernement fédéral, les trois-quarts des Allemands achètent du bio, de manière régulière ou non, notamment par le biais des supermarchés et des enseignes discount.

Celles-ci proposent désormais quasiment toutes des produits bio et participent du même coup à la baisse des prix. Le chiffre d’affaire de ce secteur a atteint les 7 milliards d’euros en 2012 et connu une croissance de 6% en un an.

Or la production intérieure est dans l’incapacité de répondre à la demande et, ironie de l’histoire, les importations explosent au détriment d’une production locale beaucoup moins polluante. Lait danois, pommes de terre israéliennes, farine roumaine, en 2010, 30% des produits bio étaient importés contre 10% seulement en 2001.




Pays