Connexion

Syndicate content

Sondage: les Européens ont le spleen

mercredi, 22 janvier, 2014 - 16:27

Les Européens ont le blues. Ils ont peur du chômage, de la précarité, des difficultés financières, de la régression sociale... Les Français sont particulièrement angoissés. Paradoxe: ils ont peur du risque, mais estiment que leurs enfants doivent en prendre pour s'en sortir.

 

Chronique sur RFI - Le spleen des Européens

 

L'Europe est plongée dans une sinistrose généralisée. Une enquête réalisée par Ipsos dans sept pays européens pour le Crédit Agricole Assurances sur "les attitudes des Européens face aux risques" révèle à quel point la crise économique a mis le moral des Européens à plat. Seuls les Suédois semblent garder foi en l'avenir.

La France parmi "les pays qui décrochent"

Plus de 7 000 personnes ont été interrogées en France, Allemagne, Espagne, Grande-Bretagne, Italie, Pologne et Suède.

Interrogés sur les risques les plus inquiétants, 43% citent en premier, "les risques financiers", puis "les risques médicaux" (39%) et "les risques de chômage" (38%). Mais si on met à part la Suède – seulement un Suédois sur cinq a peur de perdre son emploi – pour 40% des personnes interrogées, le chômage est la peur principale.

Le sentiment de vulnérabilité face à l'emploi est d'autant plus exacerbé que le sentiment de régression sociale est important. "Un Européen sur deux estime que ses parents vivaient mieux et étaient mieux protégés face aux risques de la vie", souligne Brice Teinturier, directeur général d'Ipsos.

Pour lui, cette enquête permet de distinguer quatre catégories de pays:

  1. "Les pays qui décrochent": la France, l'Espagne et la Pologne
  2. "Un pays qui stagne": la Grande-Bretagne
  3. "Les pays où l'évolution est encourageante": l'Allemagne et l'Italie
  4. "Le contre-modèle absolu": la Suède

Angoisse diffuse = ne prenons pas de risques !

Les Français "s'enfoncent dans le pessimisme et une angoisse diffuse".  Ainsi, 60% se considèrent en "régression sociale" par rapport à leurs parents au même âge. "C'est le score le plus élevé parmi les pays sondés" souligne Ipsos. 

Ils s'estiment également à 68% vulnérables et 61% redoutent "d'avoir prochainement à faire face à des difficultés financières". Plus significatif encore de cette angoisse profonde: 61% ont "peur de basculer dans la précarité" et 48% de perdre leur emploi. Ils redoutent aussi "les agressions et de vol".

Conséquence logique de cette vague de pessimisme, pour les deux-tiers des Français, il n'est pas question de prendre des risques. Pourtant, dans le même temps, 57% considèrent qu'il faut expliquer aux plus jeunes qu'il "faut savoir prendre des risques pour réussir dans la vie, quitte à en payer le prix si on échoue".

Pour Brice Teinturier, cette ambivalence vis-à-vis du risque le conforte dans son analyse: les Français sont hyper-angoissés, "mais ne sont pas en dépression" car ils estiment que l'on peut s'en sortir si on accepte que la vie n'est pas un long fleuve tranquille.

Les Espagnols, frappés de plein fouet par la crise, ont "des motifs d'angoisse multiples". Mais dans un pays où la solidarité familiale est essentielle pour faire face à la détérioration de la situation économique et sociale, des événements moins anxiogènes ailleurs sont particulièrement redoutés. Ainsi "l'incapacité temporaire d'un membre du foyer" est une crainte majeure pour 84% des Espagnols. Sans surprise, l'appréhension face au chômage est particulièrement forte. C'est la première peur pour 51% des personnes interrogées dans ce pays.

Les Polonais redoutent encore plus de perdre leur emploi que les Espagnols (55%). C'est une des vraies surprises de cette enquête. Un paradoxe, alors que la Pologne a plutôt mieux résisté à la crise que bien des pays européens, même si le ralentissement de la croissance a été important l'année dernière. Conséquence immédiate, "le sentiment de vulnérabilité se renforce dangereusement, le système de protection sociale défaillant ne jouant pas son rôle d'amortisseur".

Les Britanniques sont relativement optimistes. Le chômage les inquiètent moins que la moyenne européenne (29% seulement classent les risques de chômage parmi les risques les plus importants pour eux). Réalistes, ils estiment pourtant très majoritairement que la protection sociale va continuer à être réduite dans les prochaines années.

Les Allemands, à l'inverse, sont les plus sereins concernant l'avenir de leur protection sociale. 60% estiment que la prise en charge par l'Etat des aides à la famille va augmenter dans les années qui viennent! Même pour les retraites, ils sont 54% à penser que les financements publics vont croître. C'est également en Allemagne que le sentiment de régression sociale est le moins fort (seulement 7% contre 50% pour l'ensemble des pays).

Les Italiens restent très préoccupés, mais ils paraissent retrouver confiance en l'avenir. Par rapport à la précédente enquête de 2012, ils sont légèrement moins inquiets de perdre leur emploi (47% ; -3%). Le risque financier est également en recul et un Italien sur deux considère désormais que pour réussir il faut "plutôt prendre beaucoup de risques" contre seulement un sur quatre un an plus tôt !

Les Suédois semblent quant à eux, ne pas connaître la crise. La Suède est qualifiée de "championne d'Europe de la confiance" par Ipsos. Un Suédois sur cinq seulement se dit préoccupé par le chômage. Ils sont également les seuls à s'estimer majoritairement mieux protégés qu'hier face aux risques de la vie. Enfin, 58% des Suédois estiment que le risque est un "stimulant".

Le modéle suédois résiste décidemment à tout, même à une crise économique d'une ampleur sans précédent depuis les années 30 en Europe…




Pays