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A Madrid, squatter des logements vacants n’est plus gratuit

vendredi, 24 janvier, 2014 - 15:50

Un marché immobilier parallèle se développe à Madrid: la location et la vente de squats. Un business illégal mais florissant, symptomatique de la crise sociale qui ébranle la capitale espagnole.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres, ou quand la crise fait émerger de nouveaux business. A Madrid, des bandes organisées s'approprient illégalement les logements vacants pour les monnayer à des personnes sans toit, raconte le quotidien espagnol El Pais.

Plusieurs mois voire plusieurs années avant d'être délogé

Ces groupes se targuent ainsi de proposer des habitations avec l'eau, l'électricité, le gaz et même le chauffage à des prix défiants toute concurrence: les logements vacants, une fois forcés et serrures changées, sont loués 200 à 400 euros par mois, ou même vendus de 1000 à 2000 euros. Ni bail ou ni documents officiels, la transaction se fait "au black".

Nous facturons en moyenne 1200 euros pour un appartement de deux ou trois chambres avec cuisine, eau, gaz et électricité inclus. Nous avons le meilleur prix dans le quartier, d'autres bandes proposent la même chose à 2000 euros",

explique à El Pais Paco, membre d'un gang opérant dans le quartier pauvre de San Cristobal.

L'argument de ces agents immobiliers véreux? Les nouveaux "locataires" ou "propriétaires" sont assurés de pouvoir rester jusqu'à ce qu'un tribunal décide de les expulser. Autant dire un bail (à défaut d'un vrai): plusieurs mois voire plusieurs années. La plupart des propriétaires légaux de ces logements occupés sont des banques, rendant les procédures judiciaires plus longues. D'autant que ces banques sont déjà souvent empêtrées dans des procédures à l'encontre des anciens occupants, expulsés pour non-paiements.

Pour les locataires de ces squats, tout se joue donc les deux premiers jours. En effet, la police a 48 heures pour expulser des squatteurs sans avoir besoin d'engager une procédure judiciaire. Ce délai passé, seule une décision de justice peut déloger les nouveaux occupants et la police ne peut pas entrer dans une maison sans mandat, que celle-ci soit occupée illégalement ou pas.

Trois millions de logements vacants

Beaucoup d'Espagnols se sont retrouvés sans-abri avec la crise. Au fil des années, et alors que la récession s'éternisait en Espagne, de plus en plus de logements se sont retrouvés vides. Les squats se sont alors multipliés.

Il y a en Espagne près de trois millions de résidences inhabitées, soit 13,7% du total des habitations. Le nombre de logements vides a ainsi augmenté de 7,6% en une décennie à Madrid. A côté de cela, entre 2005 et 2012, le nombre de personnes jetées à la rue à la suite de la perte de leur emploi a augmenté de 55%. Le nombre de sans-abri a alors augmenté de 4,8%.

Certains sites Internet donnent ainsi des conseils pour bien réussir son squat.

Reste que le filon pourrait se tarir. "Le boom des expulsions est passé, et il y a moins de logements vides", selon la présidente de l'association du quartier madrilène de San Cristobel, Maria del Prado. Interrogé par El Pais, Paco, petit truand membre de l'une ces bandes organisées, l'admet: "Avant, nous pouvions avoir jusqu'à 10 maisons disponibles à la vente. Aujourd'hui, nous n'en avons plus que deux."

Madrid au cœur de la crise

Pourquoi Madrid est-elle plus touchée par le phénomène? Tout simplement car la capitale abrite plus de 15% des sans-abris d'Espagne. Les receleurs de squats opèrent principalement dans le sud, dans les quartiers pauvres de Carabanchel, Villaverde, Usera, Arganzuela et Puente de Vallecas.

Madrid compterait près de 300.000 logements inoccupés selon des données de 2011 de l'Institut national de la statistique. Quant au nombre de squats, il n'existe aucun chiffre officiel.

Une situation qui excède les habitants des quartiers touchés par le phénomène. Pour eux, le problème vient davantage de la présence des groupes criminels que des squats eux-mêmes.

Nous ne condamnons pas l'occupation des appartements vides, car beaucoup de gens doivent se loger et n'ont n'en pas les moyens. Ce que nous condamnons, ce sont ces organisations mafieuses qui essayent de profiter de ces gens dans le besoin."

confie ainsi au quotidien espagnol Vincent Perez, porte-parole de la Fédération régionale des associations des quartiers de Madrid (FRAVM).




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