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Seule l’Allemagne baisse l’âge de la retraite en Europe

jeudi, 30 janvier, 2014 - 15:35

En Allemagne, après avoir été relevé à 65 ans, l'âge du départ à la retraite va rebaisser pour un tiers des salariés! Angela Merkel a donné son accord. Ailleurs en Europe, c'est l'inverse: l'âge du départ ne cesse d'augmenter, et les dérogations fondent comme neige au soleil.

Arrière toute! Après avoir relevé l'âge de la retraite, les députés allemands devraient bientôt approuver un projet inversant cette tendance pour certains actifs. Dès le 1er juillet prochain, les salariés ayant travaillé 45 années pourront ainsi cesser leur activité professionnelle en touchant une pension à taux plein à l’âge de 63 ans, contre 65 ans jusqu’à présent.

Un tiers des salariés

Cette régulation spéciale devrait concerner tout de même un tiers des salariés de chaque tranche d’âge, essentiellement des hommes entrés sur le marché du travail avant leur 20ème anniversaire et travaillant dans l’industrie. Toutefois, ces salariés verront l’âge de leur départ à la retraite à taux plein augmenter progressivement pour passer à 65 ans d’ici 2029.

Les actifs n’ayant pas cotisé 45 années, et notamment ceux entrés tard sur le marché du travail, ne sont pas concernés par cette réforme, mais suivent la loi votée en 2007. Pour obtenir une retraite à taux plein, il leur faut toujours attendre leur 65ème anniversaire et, d’ici 2029, leur 67ème.

Autres nouveautés:

  • Les périodes de chômage indemnisées seront désormais inclues dans le calcul de la retraite.
  • Un coup de pouce sera donné aux mères de familles ayant eu des enfants avant 1992 (celles qui ont accouché après 1992 bénéficient déjà d’un soutien). Elles gagnent deux années de cotisations par enfant.

"Du marchandage !"

Angela Merkel défend cette réforme, présentée hier en conseil des ministres, comme une question de "justice sociale entre les générations". Pourtant la chancelière n’a pas toujours été de cet avis, surtout sur la question de la retraite à 63 ans.

Lors des négociations destinées à former un gouvernement de grande coalition, l’aile conservatrice de son parti a insisté pour obtenir l’amélioration des retraites des mères. En contrepartie, la chancelière a du céder face au SPD sur la retraite à 63 ans. C’est du marchandage !",

explique Dominik Grillmayer, chercheur à l’institut franco-allemand de Ludwigsburg.

Résultat d’une négociation âpre entre partis, cette réforme est dure à avaler pour la formation démocrate chrétienne (CDU/CSU) et le patronat. Au centre des critiques : son coût (2 milliards d’euros pour la seule année 2015) et son financement.

Cette mesure devrait être couverte par une hausse des cotisations retraites, par un abaissement des pensions versées aux retraités et même, on l’évoque, par une possible hausse des impôts. Certains craignent que la prise en compte des années de chômage ne permette à certains de cesser leur activité à 61 ans.

Il existe un risque de pré-retraite qui serait une catastrophe au regard du développement démographique de l’Allemagne. D’un côté, cette réforme est en effet une question de justice en direction des personnes qui ont cotisé pendant longtemps, qui ont gagné des bas salaires et fait des travaux souvent pénibles. Mais ceux qui vont en profiter le plus seront des salariés de l’industrie allemande qui ont, certes, commencé tôt à travailler, mais qui ont bien gagné leur vie pendant longtemps. On peut débattre de la nature juste de cette réforme",

analyse Dominik Grillmayer (Institut franco-allemand de Ludwigsburg).

Schröder est contre

Polémique, cette nouvelle politique des retraites est critiquée par l’ancien chancelier Gerhard Schröder qui évoque "un signal absolument mauvais". L’évolution démographique, dit-il, est "notre principal problème. Il y a trop peu d’actifs, qui peuvent financer avec leurs contributions le nombre croissant de retraités".

Et de fait, le SPD entré au gouvernement fin décembre, détricote ce que le chancelier Schröder avait tricoté avec l’aide de son conseiller Peter Hartz dans le cadre de "l’agenda 2010".

Le SPD veut redevenir plus social et l’on assiste à un forcing de ses partisans qui n’ont pas acceptées les réformes Hartz. Cette réforme et l’introduction d’un salaire minimum généralisé permettent au SPD de lutter contre les répercussions négatives des réformes Hartz. Ce n’est pas un tournant mais c’est le retour du social qui devrait profiter aux sociaux-démocrates lors des prochaines élections",

explique Dominik Grillmayer.

En pratique, jusqu’à présent tous les Allemands n’attendaient pas de pouvoir toucher une pension à taux plein (à 65 ans) pour s’arrêter de travailler.

En 2011, l’âge moyen du départ à la retraite était de 63,8 années pour les hommes et 63,2 années pour les femmes, avec d’importantes différences entre l’ouest, plus riche, et l’est du pays davantage touché par le chômage.

Sur ce point, d’ailleurs, il n'y a pas de réforme prévue pour ramener au même niveau les retraites, inférieures, des actifs installés dans les Länder de l’ex RDA à celles des salariés de l’ouest du pays.

Ailleurs en Europe, l'heure n'est pas à un assouplissement des régimes de retraites. Bien au contraire. 

En Grèce, la crise grignote les régimes dérogatoires

En Grèce, une réforme menée en 2010 a fait reculer l’âge du départ à la retraite à 67 ans pour les hommes et les femmes, avec 40 ans de cotisations, contre 37 auparavant, aussi bien dans le privé que dans le public. Les assurés avant 1993 continueront cependant à partir à 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes.

Tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Avant la crise, la Grèce était LE pays des régimes spéciaux. La liste était longue: 580 métiers ouvraient droit à un départ anticipé à 55 ans (hommes) ou 50 ans (femmes), du fait de leur pénibilité, de leur dangerosité ou de leur caractère physique.

Mais les choses se sont sacrément gâtées. De nombreux métiers ont été éjectés de la liste, tandis qu'un projet en préparation prévoit la diminution de 20 à 40 % des retraites complémentaires, la suppression des retraites des personnes handicapées, la fin de la possibilité de rachat de trimestres et la baisse des pensions de réversion de 50 à 70 %. Les associations de retraités assimilent cette réforme à un "permis d’euthanasier"…

L'âge moyen de sortie du marché du travail en Grèce ces dernières années était quant à lui de 61 ans pour les femmes et de 62,5 ans pour les hommes. Si le gouvernement grec a décidé de reculer l’âge légal de la retraite de 60-65 à 67 ans, il n’est absolument pas en mesure de garantir du travail aux Grecs jusqu’à de tels âges. Ce qui équivaut à faire des économies sur le dos des Grecs les moins favorisés, ces derniers étant amenés à quitter le monde du travail bien avant d’avoir pu finir de cotiser.

En Grèce plus qu'ailleurs, les retraites sont souvent question de survie. Une étude de la fédération des petits et moyens commerçants et artisans dévoile que près de la moitié des ménages grecs vivent uniquement de la pension de retraite d'un membre de leur famille (le grand-père ou la grand-mère), alors que le chômage atteint des records après six ans de récession.

Au Portugal, le "coefficient de durabilité" réajusté

Au Portugal, l’âge de la retraite légale vient d’être porté à 66 ans (contre 65 ans et 5 mois) dès 2014/2015. Originalité, le Portugal a introduit dans le calcul des pensions de retraite un "coefficient de durabilité" calculé sur l’espérance de vie. Le coefficient était calculé sur la base de l’espérance de vie en 2000.

Mais il a été décidé de calculer désormais ce coefficient sur l’espérance de vie de l’année antérieure au départ à la retraite. Un changement qui engendre ce recul de l’âge du départ de la retraite à taux plein à 66 ans.

Une exception est prévue pour les carrières longues. Chaque année travaillée au-delà de 40 ans de contribution ouvrira droit à quatre mois de retraite supplémentaires, mais jusqu’à la limite des 65 ans. En clair, il faudra avoir cotisé 44 ans pour prétendre partir à la retraite à 65 ans avec l’intégralité de sa pension.

Par ailleurs, la Contribution Spéciale de Solidarité (CES) de 3,5 % à 10 % qui est appliquée sur les pensions et retraites à partir de 1 350 euros mensuels, le sera désormais à partir de 1 000 euros. Enfin, depuis 2013, une contribution spéciale est appliquée sur les revenus de tous les Portugais, y compris les pensionnés et retraités.

Au Royaume-Uni, les dérogations, c'est non

Le Royaume-Uni lui aussi, repousse l'âge de la retraite. En décembre dernier, le ministre des Finances, George Osborne, annonçait ainsi que l'âge légal de départ pour bénéficier de la pension d'Etat allait passer de 65 à 69 ans à la fin des années 2040. Une étape intermédiaire (départ à 68 ans) sera marquée au cours des années 2030.

Au Royaume-Uni, Il faut ne faut avoir travaillé "que" trente années pour pouvoir toucher la pension d’État à taux plein. Mais attention, celle-ci est très faible: 110 £ par semaine, soit 563 euros par mois. Ce qui explique que les Britanniques côtisent également de leur côté dans des fonds de pension privés.

Côté régimes dérogatoires, il n'en existe pas ou presque. Seules les femmes mariées avant le 11 mai 1977 bénéficient d'un taux de cotisation réduit. Mais elles en paient ensuite le prix : elle ne toucheront que 60% de la pension d’Etat de leur mari.

Aucune exemption ou départ en retraite anticipé n’est autorisé pour percevoir l’intégralité de la pension. Conséquence des cette rigidité du système, seulement 46% des femmes, contre 80% des hommes, touchaient en 2012 l’intégralité de la pension d’État. Les Britanniques partent en moyenne à la retraite à 65 ans.

Italie: les retraites "d'ancienneté" passent à la trappe

Introduite en 2012 par le gouvernement de technocrates de Mario Monti, la réforme "Fornero", du nom de la ministre de l’Emploi Elsa Fornero, a rehaussé l’âge de départ pour aligner le système italien sur celui de ses voisins européens. Les hommes partiront progressivement à 66 ans et les femmes à 62 d’ici 2018.

Cette réforme a aussi supprimé les retraites "d’ancienneté", une spécificité italienne qui permettait aux salariés de partir en retraite vers la soixantaine à condition d’avoir cotisé 36 annuités au cours leur parcours professionnel. Le montant versé par la caisse des retraites est calculé sur la base des cotisations versées par le salarié. Selon la ministre Fornero, cette réforme permettra à l’État italien d’économiser environ 20 milliards d’euros d’ici 2020.

A partir de cette année, les hommes pourront partir en retraite anticipée à condition d’avoir versé 42 annuités et demi de cotisation contre 42 et 5 mois l’an dernier. Les femmes devront avoir cotisé 41 annuités et demi. Les personnes choisissant de partir en retraite anticipée avant d’avoir atteint l'âge de 60 ans pour les femmes et 62 pour les hommes, perdront 1% du montant de leur retraite par trimestre manquant.

Le gouvernement d’unité nationale étudie actuellement une nouvelle réforme pour permettre la réintroduction d’un départ en retraite plus précoce en fonction de la pénibilité du travail, une condition abolie par la réforme Fornero.

L'Espagne veut dissuader la retraite anticipée

En Espagne, l'impact du vieillissement de la population, un temps retardé par une immigration dynamique (12% de la population), commence à peser de tout son poids sur les finances publiques. Les dépenses de retraites l'État espagnol vont ainsi bondir à plus de 15% du PIB en 2060, contre moins de 9% en 2010.

L'âge légal pour une retraite à taux plein a ainsi été reculé en 2011 par le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero, passant de 65 à 67 ans d'ici à 2025, avec 25 années de cotisation minimum.

Une nouvelle réforme en 2013 s'est attaquée cette fois aux retraites anticipées. Autant dire un pavé dans la mare, car en Espagne, cela concerne du monde: 42% des Espagnols accèdent en effet à une pension avant leur 65 ans. Les Espagnols s'arrêtent de travailler en moyenne à 63 ans (chiffre 2008).

Le gouvernement Rajoy a donc sévi, durcissant l'accès à la retraite anticipée. Trois mesures ont été prises:

  • L'âge minimum de pré-retraite a d'abord été relevé à 61 ans (en cas de licenciement) et à 63 ans (en cas de départ volontaire).
  • Le coefficient réducteur, qui pénalise le départ anticipé, a été par ailleurs renforcé. 
  • Les retraités avant l'heure peuvent perdre jusqu'à 32% de leur retraite (2% par trimestre).
  • Enfin, le seuil de 15 années de cotisation minimum pour accéder à la retraite anticipée a été plus que doublé… Il en faut désormais 33 !



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