Connexion

Syndicate content

Le coût exorbitant de la corruption en Europe

lundi, 3 février, 2014 - 14:50

95% des Espagnols ont le sentiment de vivre dans un pays corrompu. Mais notre voisin ibérique n'est pas le seul touché. La corruption coûterait chaque année 120 milliards à l'Union européenne. 

Chronique sur RFI - La corruption

95% des Espagnols sont convaincus… que leur pays est corrompu! Ce titre alarmant du quotidien El País est l'un des enseignements d'un rapport de la Commission européenne consacré à la corruptionprésenté aujourd'hui.

Pour extrême qu'il paraisse, le cas espagnol est loin d'être une exception en Europe. "La corruption reste un défi pour l’Europe. Elle n'épargne aucun État membre" juge la Commission. Dans trois pays sur quatre, les citoyens estiment en effet qu'elle est très répandue. Et un quart des Européens se déclarent personnellement impactés dans leur vie quotidienne. Enfin, autre chiffre peu porteur d'optimisme, plus de la moitié estiment que le niveau de corruption dans leur pays a augmenté au cours des trois dernières années.

Le problème va bien au-delà de la seule exigence morale:

La corruption sape la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques et l’Etat de droit, elle nuit à l'économie européenne et prive les pouvoirs publics des recettes fiscales dont ils ont cruellement besoin",

a rappelé Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée des affaires intérieures. Les chiffres lui donnent raison: on estime que la corruption coûte chaque année 120 milliards d’euros à l’économie de l'Union européenne (2). Un montant faramineux, qui représente quasiment le budget annuel de l’Union.

Espagne, Italie, Grèce: la corruption inquiète

Bien que les pots-de-vin soient rares outre-Pyrénées, deux Espagnols sur trois se disent directement touchés par la corruption dans leur vie quotidienne(1)

Rappelons cependant que l'enquête Eurobaromètre (sur laquelle s'appuie la Commission) a été réalisée entre mars et avril 2013. Le contexte était alors particulièrement chargé en Espagne: plusieurs scandales, peu propices à l'indulgence de nos voisins ibériques, éclaboussaient le sommet du gouvernement et la tête de la Monarchie. Pourtant, en matière de corruption politique et d'absence d'évaluation de la dépense publique, ce sont surtout les niveaux local et régional qui sont mis en cause par la rapport européen. 

Prompts à condamner, 12% seulement des Espagnols interrogés avouent avoir dénoncé un acte de corruption dont ils étaient témoins…Une schizophrénie qui explique peut-être en partie la permanence de ces pratiques. 

Du côté des entreprises, la perception est quasi-identique: la méfiance atteint 97%. En clair, la quasi-majorité des entrepreneurs considèrent la corruption, mais aussi le clientélisme et le népotisme, comme un frein à leurs affaires. La construction, les télécommunications et technologies de l'information sont des secteurs particulièrement touchés. Autre tendance: plus l'entreprise est petite, et plus la corruption est perçue comme problématique.

Avec de tels chiffres, le pays de Cervantès semble bien placé pour prendre la tête des "cancres" européens. Pourtant, la Grèce et l'Italie font pire encore! Seuls 1% des Grecs et 2% des Italiens considèrent que la corruption est rare dans leur pays…

La situation de ces Etats "du sud" est similaire à celle de la Lituanie et de la République tchèque, où 95% de la population juge la corruption préoccupante. Ce phénomène évoque également, dans une moindre mesure, les faiblesses de Chypre, de la Roumanie et de la Croatie. Dans ces trois pays, plus de la moitié des sondés se disent personnellement impactés par la corruption.

Les pays nordiques épargnés

Les pays nordiques sont les plus épargnés. Au Danemark, une grande majorité de la population juge que la corruption est de l'ordre de l'exceptionnel. En Finlande et en Suède, la confiance reste majoritaire.

Dans ces pays, rejoints par le Luxembourg, rares sont les personnes interrogées qui signalent une situation où elles étaient censées verser des pots-de-vin (moins d'1% des cas). Quant au nombre de personnes qui estiment que la corruption est très répandue (20%, 29%, 42% et 44% respectivement), s'il n'est pas négligeable, il est nettement inférieur à la moyenne de l'UE. 

France et Allemagne, même combat

En France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique ou encore en Estonie, plus de la moitié des personnes interrogées estiment que la corruption est un phénomène très répandu. Pourtant, le nombre réel de personnes ayant dû payer un pot-de-vin est faible (environ 2 %). Les habitants de ces pays semblent donc une perception pessimiste d'une réalité qui ne serait pas si mauvaise. Ces Etats figurent en effet parmi les meilleurs du classement obtenu avec l'indice de Transparency International, rappelle la Commission européenne. La France, épinglée en 2012 par l'organisme indépendant, a récemment tenté de rattraper son retard en matière de transparence.

Hongrie, Pologne, Slovaquie: la corruption mine le secteur de la santé 

En Hongrie, en Slovaquie et en Pologne, environ 15% des personnes indiquent avoir personnellement été confrontées à la corruption. Mais cette expérience est circonscrite au secteur de la santé. Les problèmes structurels qui touchent les soins de santé incitent en effet au paiement de pots-de-vin au personnel médical…

La police, les douanes ou encore le personnel politique sont au contraire très peu mentionnés (par moins d'1 % des personnes interrogées). Au sens large cependant, c'est le sentiment d'une corruption répandue qui prévaut dans ces pays (82 % en Pologne, 89 % en Hongrie et 90 % en Slovaquie).

Encore un effort

Face à l'étendue du phénomène sur le continent, la Commission dénonce qu'une "réelle volonté politique pour éradiquer la corruption" soit "souvent absente". Elle propose plusieurs recommandations pour améliorer la situation: plus de transparence des comptes publics, le renforcement des mécanismes de contrôle, notamment concernant les conflits d'intérêt. Y a plus qu'à.


(1) Corruption: un "abus de pouvoir aux fins d’un profit personnel", définition de la Commission européenne. En page 2 du rapport.
(2) Estimation donnée par le rapport de la Commission. Le chiffre se fonde sur des estimations réalisées par des organismes spécialisés: Chambre de commerce internationale, Transparency International, l'initiative UN Global Compact, le Forum économique mondial et la publication Clean Business is Good Business 2009…




Pays