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Modes de vie: conduire, oui, mais à quel prix? (1/2)

mardi, 4 février, 2014 - 10:47

"Vous n'aurez plus que deux chances": l'avertissement vaut pour les Belges. Les conditions de l'obtention du permis de conduire se sont récemment durcies. Tarifs, épreuves: à quel prix les Européens obtiennent-ils le "papier rose"? Aujourd'hui, Myeurop se penche sur les cas allemand, britannique, turc et belge. Demain, cap au sud.

 

 

Chronique sur RFI - Le permis de conduire 

 

Depuis le 19 janvier 2013, les pays de l’Union européenne ont harmonisé les catégories et les règles d’obtention du permis de conduire. Cela passe souvent par un durcissement, comme en Belgique. Mais des particularismes locaux demeurent. Le prix et la durée d'obtention du permis B, sésame pour l'emploi, allié parfois nécessaire de la vie quotidienne, varient d'un pays à l'autre. 

Le tarif français: du simple au double

En France, le précieux passeport routier est détenu par plus de 40 millions d'automobilistes. En 2012, près d'un million de personnes ont passé l'épreuve avec succès: le permis de conduire est le premier examen en France par son nombre de candidats! Les postulants sont jeunes: 83% des reçus ont moins de 25 ans. Depuis septembre 2013, exit le vintage "papier rose" en trois volets, place au permis électronique, plastifié, au format d'une carte de crédit, doté d'une puce électronique et d'une bande MRZ (machine-readable zone) anti-fraude. Mais l'accès au permis, lui, n'a guère évolué. 


Le permis électronique a remplacé le "papier rose".

Les auto-écoles, libres de fixer leurs tarifs, représentent un budget croissant, parfois prohibitif, pour les apprentis conducteurs. Les failles du dispositif actuel, déjà dénoncées lors de la précédente campagne électorale présidentielle, sont toujours présentes. Récemment, l'association CCLV (Consommation, logement et cadre de vie) a pointé les abus de nombreuses auto-écoles, s'appuyant sur une enquête réalisée auprès de 447 auto-écoles parmi les quelques 11.000 recensées en France. Elle met en évidence une absence de transparence: l'affichage des tarifs, pourtant obligatoire, est incomplet ou incompréhensible (dans 1/3 des cas), et parfois totalement absent.

Mais surtout, l’association fustige les écarts de prix pratiqués. Du simple au double selon les villes! Si le coût moyen du forfait minimum de 20 heures s’élève à 1067€, il atteint 1425€ à Paris et descend à 780€ à Lille. Autre critique: les délais de présentation à l’examen ainsi que le taux de réussite à l’épreuve pratique sont extrêmement variables d’un département à l’autre. Ainsi, avec un taux de réussite de 45% à Paris et de 70% dans le département des Alpes de Haute-Provence (et en moyenne de 58% en France), se pose la question de l'arbitraire dans la délivrance du permis, ou du moins de l'inégalité de traitement. 

Ces délais et taux d'échec importants entraînent une envolée du coût pour le futur conducteur, celui-ci devant payer des heures supplémentaires quand plusieurs mois séparent deux dates d'examen. Les tarifs annoncés par les auto-écoles sont rarement ceux payés in fine…

Quelques évolutions récentes apportent cependant des améliorations au dispositif français:

A l'instar du Royaume-Uni, la situation de nos voisins européens est souvent enviable.

Au Royaume-uni, les cours d'auto-école non obligatoires

Outre-Manche, le futur conducteur n'a pas l'obligation de prendre des cours d’auto-école pour prétendre au permis. Il suffit "seulement" de passer avec succès le test théorique puis de prouver lors du test pratique qu'on conduit de manière sûre, sur différentes routes et conditions de circulation, et bien sûr qu'on connaît et applique le code de la route.

Passer le test théorique coûte £31 (environ 38€), le pratique £62 (environ 75€), ou £75 (91€) en week-end, en soirée ou lors d’un jour férié. Les cours d’auto-école coûtent au minimum £400 (484€) pour 20 heures, £600 (725€) pour 30 heures, même si les tarifs varient selon les villes. A Londres, on passe son permis entre 24 et 26 ans en moyenne, dans le reste du pays plutôt entre 21 et 22 ans. Depuis le début de la crise en 2007, cette moyenne d'âge a augmenté d'un an. 48% des hommes et 44% des femmes l’obtiennent à leur première tentative. Et plus les candidats sont jeunes, et plus ils l’obtiennent rapidement!

En Turquie, des traducteurs pour les candidats étrangers 

Les règles relatives au permis de conduire en Turquie ont été complètement modifiées en mai dernier. Jusqu'alors, le code et l’examen de conduite étaient considérés comme une formalité. La nouvelle réglementation s’appuie sur le modèle européen, plus strict.

Les apprentis conducteurs doivent désormais répondre à 60 questions (et non plus 120). Ils s'y préparent avec 30 heures de cours théoriques obligatoires. Il faut 70% de bonnes réponses pour valider l’examen. Passée cette étape, et 13 heures de conduite minimum plus tard, c’est le Jour J… L’examen de conduite dure 30 minutes (contre 15 min auparavant). Certaines erreurs, comme ne pas attacher sa ceinture ou oublier de regarder dans le rétroviseur, sont éliminatoires. Si le test s’est bien passé, les Turcs reçoivent leur permis "électronique". Comme en France, il est désormais au format d’une carte de crédit. Ces jeunes conducteurs sont "stagiaires" sur les routes pendant deux ans. Qui sont-ils?

Un rapport de 2010, le dernier en date, atteste que plus de 80% des conducteurs en Turquie sont des hommes contre moins de 20% de femmes! La conduite accompagnée n’existe pas en Turquie. La plupart des élèves des auto-écoles sont des jeunes de plus de 18 ans (l’âge minimum légal) et habitent en ville. Il n’y a pas d’âge maximum pour se présenter à l’examen, un rapport médical prouvant l’aptitude d’une personne âgée faisant foi. Dans les campagnes anatoliennes, l’utilisation de la voiture est encore peu répandue. 

S’inscrire dans une école coûte un minimum de 600 TL (moins de 200 euros). Ce prix varie en fonction des quartiers et écoles et peut largement doubler voire tripler. Il faut y ajouter au moins 400 TL (130 euros) pour les procédures administratives tels que l’inscription à l’examen ou encore le document du permis de conduire.

Le prix reste avantageux pour les européens qui souhaitent passer leur permis en Turquie. Une pratique répandue: des traducteurs sont même prévus à cet effet! Quant à ceux qui ont passé leur permis dans l'Hexagone, il est possible de rouler en Turquie avec un permis français, à condition d’avoir sa traduction notariée en turc.

En Belgique, filière libre ou auto-école

En Belgique le prix du permis de conduire varie fortement selon que l’on passe par la filière libre ou l’auto-école. Dans le premier cas, après avoir réussi l’examen théorique on obtient un permis provisoire avec guide, valable 36 mois. L'âge minimum requis est de 17 ans. En passant par l’auto-école, 20 heures de formation sont requises, à l'issue desquelles on obtient un permis provisoire sans guide valable 18 mois. L'âge minimum requis est de 18 ans. (Ci dessous, une auto-école à Bruxelles).

Trois mois après avoir obtenu le permis provisoire, on peut participer à l’examen pratique. C'est financièrement accessible, surtout pour la filière libre: 100 euros seulement. Par contre, il faut compter environ 1000 euros via l’auto-école (des réductions sont prévues pour les étudiants et les demandeurs d’emplois).

Selon une étude publiée en 2010, le taux de réussite pour les candidats ayant suivi la filière libre était pratiquement identique aux autres (55%). Environ la moitié des Belges le réussissent du premier coup (56,2% pour les Flamands, contre 55,3% pour les Wallons et 50% pour les Bruxellois).

Si on échoue deux fois de suite à l’examen pratique, il faut suivre six heures de cours dans une école agréée avant de pouvoir repasser l’examen. Depuis un récent arrêté royal, cela vaut également pour l’examen théorique (douze heures de cours obligatoires après deux échecs de suite, auparavant le nombre d’essais était illimité). Le même arrêté introduit des conditions plus strictes concernant les permis provisoires.

La Belgique a introduit en mars 2013 le permis de conduire électronique, comme ses voisins européens. Une loi instaurant le permis à points a été votée en 1990, mais les arrêtés d’exécution n’ont jamais suivi par manque de volonté politique. Récemment, le CD&V (parti démocrate-chrétien flamand) a relancé l’idée.

En Allemagne, test de vision et brevet de secouriste obligatoires

En Allemagne, passer le permis coûte cher. Comptez entre 1200€ et 1600€ pour le forfait minimum, en sachant que dans les régions les plus prospères (à l’ouest), les tarifs peuvent dépasser les 2000€. Mais le système est assez flexible et personnalisé. Certains pourront ainsi passer leur permis en deux mois, d’autres prendront six mois ou plus. Tout dépend du nombre d’heures de conduite que le candidat estime nécessaires de prendre.

La règle est toutefois la même pour tous: il faut s’astreindre au minimum à 14 heures de cours de théorie (de 90 minutes chacun) et pour la pratique, à 12 heures de conduite dite spéciale (conduite sur autoroute, en campagne et de nuit) auxquelles s’ajoutent les heures de conduite négociées au cas par cas entre candidat et instructeur (en moyenne entre 20h et 25 heures).

L’une des particularités allemandes est la lourdeur de la procédure administrative. Avant de pouvoir passer son examen, le candidat doit évidemment fournir un dossier avec photos mais aussi passer un test de vision et obtenir un brevet de secouriste!

Certains Länder comme le Baden Wurtemberg proposent un système de conduite accompagnée pour les jeunes à partir de 17 ans, mais la formule n’est pas généralisée.
 

Demain, Myeurop se penchera sur les particularités de la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Italie.




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