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« Théorie du genre »: quelle mouche a piqué la France?

mardi, 4 février, 2014 - 16:22

Elle est sur toutes les chaînes, antennes, et journaux français. La "théorie du genre", avec ou sans guillemets, selon qui cite son nom, est plus présente que jamais. "Paranoïa", "hystérie", "apocalyptique": extraits choisis de la presse européenne.

L'échange électrique entre le directeur adjoint du magazine Marianne Nicolas Domenach et le polémiste Eric Zemmour atteste des frictions que provoque encore la question du genre en France. Elles sont loin cependant de susciter chez nos voisins l'effervescence soulevée par le changement de compagne de François Hollande. Difficile de battre les records d'audience de cette french love affair.

Mais la plupart des titres de presse relaient néanmoins ce débat franco-français, dont on ne connaît pas d'équivalent européen. La tendance est à la critique, parfois teintée d'incrédulité, face à l'ampleur que la question prend en France.

"Combats de coq politiques français"

"Folles rumeurs sur la 'théorie du genre' à l'école" s'inquiète le Matin Suisse, qui développe: "Des écoles qui apprendraient aux garçons à devenir des filles… Cette folle rumeur a alarmé des parents qui ont suivi un appel au boycott de l'école."

"Après l'homosexualité, c'est maintenant aux études sur le genre d'être le sujet des combats de coq politiques français" analyse pour sa part la Libre belgique. "Ce week-end, le débat sur le genre n'a cette fois pas eu lieu à l'Assemblée nationale, dans la rue ou par SMS, mais à la télévision", poursuit le journal, dans une allusion au débat opposant Nicolas Domenach et Eric Zemmour.

Le ton est critique également dans les colonnes du grand quotidien espagnol El País, qui dénonce "deux rumeurs ou plutôt deux canulars, servant de kérosène à la protestation (des ultra-conservateurs, ndlr): l'introduction de la théorie du genre dans les écoles (…), et le fait que le gouvernement envisage de légaliser les mères porteuses." Le quotidien de centre-gauche titre sur le "recul" du gouvernement français "devant la pression des ultraconservateurs".

Le journaliste Miguel Mora livre une analyse sans concession: "Loin de se calmer, le délire d'une partie historiquement silencieuse de la société française semble s'aggraver. Ces indignés, héritiers de la droite antisémite et pétainiste, ont repris la relève d'une gauche radicale divisée et disparue (…)"

"Défense de la famille"
 

Le quotidien conservateur la Vanguardia est, en toute logique, beaucoup moins accusateur: il titre sur la "polémique" sucitée par "les classes de genres", n'évoquant la rumeur et les mensonges des ultra-conservateurs qu'au travers de citations socialistes: 

D'après le PS, les manifestants protestent contre une loi promulguée il y a plus de 6 mois, et contre 'des rumeurs sans aucun fondements', comme la légalisation de la gestation assistée ou des mères porteuses".

Quant aux manifestations de dimanche, elles sont résumées sous ce titre: "Des milliers de Français marchent en défense de la famille traditionnelle"Une photographie aux allures de carte postale pour nostalgiques de bérets, vestons et drapeaux tricolores, complète le tableau.

Une ligne éditoriale qu'on retrouve en partie chez le titre suisse La Liberté, historiquement catholique. S'appuyant sur l'agence de presse ATS, le quotidien titre sur "une foule de manifestants pour défendre la famille" faisant même tomber l'adjectif "traditionnelle" que précisait le pourtant très conservateur Vanguardia. Le reste de l'article accorde une large place aux sympathisants de La manif pour tous: "Pour Séverine Chevrier, de Paris, 'M. Hollande ne nous écoute pas, ne veut pas dialoguer avec nous. En revanche, M.Valls a été très clair dans ses propos vis-à-vis de nous: il va tout faire pour nous faire taire (…)."

La Repubblica: le "Tea party" à la française

Le Spiegel allemand prend clairement parti. Sous la plume de Stefan Simons, il dénonce l'émergence de ce "tea party à la française"reprenant à son compte l'expression de Manuel Valls.

Même son de cloche chez son collègue italien de la Repubblica Giampiero Martinotti, qui analyse la réaction gouvernementale suite aux manifestations de dimanche dernier: "Un pas en arrière pour calmer les choses et couper l'herbe sous les pieds de la droite réactionnaire, descendue par milliers dans la rue (…) Objectivement, ce choix est une victoire pour la Manif pour tous, le mouvement protestataire contre le mariage homosexuel, qui ressemble de plus en plus au Tea Party américain."

La frontière entre les ultra-catholiques et l'extrême-droite est de plus en plus floue, surenchérit le Tages Anzeiger suisse.

Le Guardian: "l'hystérie collective"

De son côté, le quotidien britannique de centre gauche Le Guardian n'est pas avare de qualificatifs: les griefs du mouvement de la Manif Pour Tous sont jugés "éclectique et apocalyptique, avec un soupçon de paranoïa et de complot pour faire bonne mesure". La journaliste Kim Willsher évoque également "l'hystérie collective de la semaine dernière sur la théorie dite de genre, dont les manifestants affirmaient qu'elle était enseignée dans les écoles."




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