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Giannis, le clandestin devenu héros grec

mercredi, 5 février, 2014 - 17:07

La Grèce ne reconnaît toujours pas les enfants étrangers qui naissent, grandissent et étudient sur son territoire. Sauf quand, comme Giannis Antetokounmpo, basketteur d'origine nigériane devenu star de la NBA, ils lui rapportent des lauriers.

Giannis Antetokounmpo, beau jeune homme noir de 2,08 m et 93 kilos, est heureux. A 19 ans, il a réalisé son rêve: l’ailier arrière des Bucks de Milwaukee a été sélectionné en 15e position de la draft NBA, la légendaire ligue de basket des Etats-Unis. La même où évolue son idole, le basketteur américain Kevin Durant.

"The Greek Freak" de la NBA

Là-bas, on surnomme déjà Giannis "the Greek Freak", ou "Alphabet", du fait de son nom si difficile à épeler. Antetokounmpo pourrait aller loin, avec du talent à revendre, un physique hors du commun et un mental d’acier. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, voilà que toute sa famille (Charles le papa, Veronica la maman, et les petits frères) l’a rejoint.

Enfin, je ne vais plus m’occuper de rien. Ni me faire à manger, ni laver mes vêtements. Ainsi je vais pouvoir sortir plus ! Mais, ici, il n’y a pas de 'souvlaki' (les brochettes de viandes grecques, ndlr), il fait froid et il faut s’organiser pour tout. C’était plus facile chez moi",

dit-il avec le sourire.

Car chez lui, c’est la Grèce. Giannis est né en 1994 à Athènes, dans une famille d’émigrés nigérians, dans des conditions difficiles d’où il reconnaît puiser sa force. Comme ses frères, il est allé à l’école grecque. Il ne parle que le grec et un anglais hésitant, langue que ses parents utilisaient quand ils voulaient se dire des choses sans être compris des enfants. Avec sa bande de copains, il déambulait tous les soirs dans les rues de son quartier. Et c’est dans le club de Filathlitikos B.C. de Zografos, en seconde division du championnat grec, qu’il a fait ses débuts de basketteur. Un gamin parmi tous les autres.

Le clandestin devenu citoyen d'honneur

Mais voilà, à 18 ans, le jeune sportif se retrouve soudain en situation irrégulière et sans papiers, protégé jusqu’alors par le permis de résidence de ses parents. Il doit, pour être admis sur le sol grec, retourner dans un pays où il n’est jamais allé, dont il ne parle pas la langue, pour y obtenir un visa et l’autorisation de revenir. Il est donc resté illégal comme 200 000 jeunes dits de deuxième génération.

Car la Grèce est toujours régie par la loi du sang (Juris Sanguinis), malgré une tentative du gouvernement socialiste précédent de passer à la loi du sol (Juris Solis), rapidement contrecarrée par les conservateurs désormais au pouvoir.

Repéré par le club espagnol de Saragosse, puis par la "magic team" américaine, Giannis Antetokounmpo est passé d’individu indésirable à citoyen d’honneur en Grèce… Par la grâce d’un coup de baguette magique du premier ministre, Antonis Samaras. Pensez donc, quel honneur qu’un Grec fasse partie du Panthéon du sport américain !

Et subitement, le Noir, le clandestin, est devenu grec

Une décision qui a inspiré un billet d’humeur très caustique au journaliste Kostas Vaxevanis, connu notamment pour avoir révélé au grand public la liste Lagarde des Grecs évadés fiscaux en Suisse, sous le titre: "Ce n’est pas Samaras qui est raciste, c’est Antetokounmpo qui est noir".

Antetokounmpo a franchi le seuil du Palais Maximo pour rencontrer le premier ministre en personne. Jusqu’en mai passé, Antetonkoumpo n'était pourtant rien d'autre qu'un immigré illégal. Né en Grèce, ne parlant d’autre langue que le grec, incapable de placer le Nigéria sur une carte, et ne s’exprimant en anglais qu'avec un terrible accent grec, il n’avait, selon Monsieur Samaras, aucun droit à la nationalité grecque.

Si Antetokounmpo n’était pas entré dans l'équipe nationale, il serait resté ce simple Noir que peuvent poignarder à tous moment ceux qui veulent sauver la Grèce. Et subitement, le Noir, le clandestin, celui qui "s'il n'aime pas la Grèce et ses lois, qu’il retourne dans son pays", est devenu célèbre, sympathique et grec. Tellement grec qu’Antonis Samaras a daigné serrer sa main noire. Qui sait, peut-être, lui découvrira-t-on sous peu un ancêtre grec, ayant du sang grec ? Cela expliquerait d’ailleurs le secret de son succès.

Ce tohu-bohu médiatique ne relève pas seulement de l'hypocrisie des gouvernants, c‘est le racisme profond de ceux qui croient qu’un enfant né en Grèce n'a pas droit de devenir citoyen du pays où il vit, et qui du jour au lendemain, se renient et baptisent grec qui ils veulent, à condition qu’il leur offre la gloire et l'attention des médias. (…) Quant aux autres Noirs, leurs comparses de l’Aube dorée peuvent tranquillement les tuer".

Naturalisations opportunistes avant les J.O.

S’il ne veut pas que les frères de Giannis (Thanassis, Kostas et Alexandros, futures graines de champions aux noms bien grecs, déjà repérés par le milieu du basket), deviennent seulement américains, Samaras devra, avec la même grandeur d’âme, leur octroyer la nationalité grecque.

Cette pratique avait été inaugurée avec les Jeux olympiques d’Athènes en 2004. Combien de sportifs albanais, bulgares, géorgiens (souvent même pas nés en Grèce et ne parlant pas le grec) sont devenus grecs juste avant les J.O., ont ainsi offert à leur nouvelle patrie un bouquet de médailles. Pendant ce temps, une association, ASANTE, qui regroupe tous les jeunes de cette deuxième génération, continue de lutter pour que devenir grec devienne un droit citoyen et non un passe-droit.




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