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Le Florentin Matteo Renzi prend le pouvoir en Italie

vendredi, 14 février, 2014 - 09:26

Désavoué jeudi soir par la direction nationale de son parti, Enrico Letta jette l’éponge. Une démission orchestrée par le jeune Matteo Renzi, qui prend la tête du gouvernement.
 

Moins d’un an après sa nomination en avril dernier à la tête d’un gouvernement d’unité nationale, Enrico Letta présente aujourd'hui sa démission. Hier, la direction de son parti a approuvé une motion de son rival, Matteo Renzi, exigeant un changement de gouvernement.

Matteo Renzi, un fonceur au visage poupin

Reste que les modalités adoptées par le parti démocrate pour défenestrer Enrico Letta sont pour le moins inhabituelles. Elles rappellent les procédures chères au feu politburo de l’ère soviétique. Pas de passage devant les deux chambres pour la question de confiance, selon l’usage, mais un vote dans la pénombre, à l’intérieur du siège du parti. 


 Enrico Letta. Crédits: Gregorio Borgia/AP/SIPA

Une opération savamment orchestrée par Matteo Renzi, jusqu'à présent maire de Florence et secrétaire national des démocrates. Depuis son élection à la tête du parti en novembre dernier, à l’occasion des primaires, cet ancien cadre du parti populaire a semé d'embûches le parcours de son adversaire pour l'obliger à lui céder le gouvernement.

Face aux refus polis d’Enrico Letta, l’ancien boy-scout de 39 ans, qui cache une ambition démesurée sous des allures de petit baigneur au visage poupin, a usé de la manière forte. Une première en Italie, aucun premier ministre n’ayant jamais été désavoué par la quasi-totalité de son propre parti politique. 

Objectif: un nouveau gouvernement

Pour éviter d’inquiéter les marchés, les agences de notation et surtout, les partenaires européens pourtant habitués à l’instabilité politique, la maladie chronique de l’Italie, le chef de l’Etat Giorgio Napolitano chargera Matteo Renzi de former un gouvernement d’ici la fin de la semaine.

Après le vote de confiance devant les deux chambres prévu en milieu de semaine prochaine, le désormais ex maire de Florence devra faire ses preuves. L’affaire ne sera pas facile, Matteo Renzi devant former un nouveau gouvernement d’unité nationale. Or, la totalité de son programme ne plaît pas à ses futurs partenaires. Notamment en ce qui concerne l’introduction du droit de sol pour les enfants des immigrés nés en Italie, et les unions civiles qualifiées par la droite berlusconienne de "premier pas vers le mariage gay".

Abolition du sénat

Pour faire repartir les moteurs en panne de l’économie transalpine, Matteo Renzi, dont les modèles sont Tony Blair, Nelson Mandela et Barak Obama, table sur la relance de l’emploi. A la clef, des réductions d’impôts notamment en termes du coût du travail, afin de favoriser les entreprises en pleine déprime. Il veut aussi mettre en place des dégrèvements pour les sociétés qui recruteront des jeunes.

La solution à la crise passe par la lutte contre le chômage. Les demandeurs d'emploi avoisinent en effet les 12,8% au niveau national et les 41,6% chez les jeunes, un record seulement dépassé dans la zone euro par la Grèce et l’Espagne. Pour y faire face, le nouveau chef de gouvernement a concocté un "job act".

L’idée est de réduire les coûts de fonctionnement des pouvoirs publics de 16 milliards d’euros en abolissant le sénat, en réduisant les frais de gestion de la diplomatie, des organes législatifs et du gouvernement. Cette enveloppe, qui représente un point du PIB (produit intérieur brut), selon l’équipe de Matteo Renzi, sera réinvestie dans les secteurs suceptibles de créer de nouveaux emplois. C'est-à-dire le tourisme, l’agriculture, l’industrie, les communications, l’économie verte et le bâtiment.

Renflouer les caisses

Afin de réduire le taux d’endettement explosif de la péninsule qui représente 133,3% du PIB, soit plus de deux mille milliards d’euros, le nouveau patron de l’Italie propose de vendre une partie du patrimoine public immobilier. Cette opération devrait faire tomber 72 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat. La politique de cession d’une partie du capital social des entreprises publiques mise en place le mois dernier par le gouvernement d’Enrico Letta fait aussi partie de ses priorités.

Enfin, Matteo Renzi souhaite créer un fonds pour la réduction de la pression fiscale (mais sans annoncer comment il sera alimenté), et la naissance d’une agence pour combattre l’évasion fiscale estimée à 180 milliards par an.

Reste à voir si Matteo Renzi aura le temps de réaliser un aussi vaste programme. La droite qui a le vent en poupe dans les sondages évoquait déjà jeudi soir un retour rapide aux urnes. Tout comme le Mouvement 5stelle (5 étoiles) qui souligne, à raison, "l’arrivée au pouvoir du troisième président du conseil en l’espace de trois ans n’ayant pas été choisi par les électeurs".




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