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Les Italiens veulent croire malgré tout en Matteo Renzi

mercredi, 19 février, 2014 - 16:43

Les Italiens n'approuvent pas le coup d'Etat politique peu démocratique de Matteo Renzi. Ils sont pourtant nombreux à estimer qu'il est la dernière chance pour leur pays en crise. Un sacré défi pour cet homme de 39 ans sans grande expérience.

Il y a du paradoxe dans l’attitude des Italiens par rapport au nouveau président du conseil, Matteo Renzi. Selon un sondage réalisé par l’institut Piepoli, 65% d'entre eux estiment que la "défenestration" du chef du précédent gouvernement, Enrico Letta, orchestrée par Matteo Renzi, est "un coup porté à la démocratie". Pour seulement 26%, c'est en revanche un "changement normal de gouvernement". Mais ce même sondage indique que 46% des Italiens font "très" confiance au Florentin contre 49% de sceptiques, voire carrément pessimistes sur les résultats du futur gouvernement.

Pourtant, dans les bars, salons et réseaux sociaux, les Italiens tiennent des discours bien différents. Les dents serrées, ils sont nombreux à défendre les manières peu démocratiques auxquelles a eu recours l’ex-maire de Florence pour prendre la place d'Enrico Letta: une motion de défiance votée à sa demande par le parti démocrate, le parti de centre-gauche au pouvoir. Ils vont même plus loin en affirmant que cette action était inévitable pour changer l'Italie qui s’enlise dans la crise.

Matteo Renzi serait la dernière chance pour le pays.

Nous avons subi Silvio Berlusconi pendant vingt ans, puis Mario Monti qui nous a été imposé par les marchés et les partenaires européens, enfin Enrico Letta qui a été choisi par le président de la République sans avoir été légitimé par le peuple. C’en est assez, il faut donner une chance à Matteo, un homme plein d’enthousiasme et d’idées même si elles ne sont pas de gauche"

s’énerve Daniela Accardi.

Proche des anciens dirigeants de feu le parti communiste, cette styliste d’origine sarde au franc parler est en colère contre les détracteurs du plus jeune président du conseil de l’histoire d’Italie.

"​Laissez le bosser, il est notre dernier espoir"

Dans un bar à la mode situé proche de l’Ambassade de France, le scénariste du film "La grande bellezza" qui participe à la course à l’Oscar du meilleur film étranger, tient un discours encore plus enragé.

Je n’en peux plus de ces leçons de morale politique de bas étage et de tout ce foutage de gueule. Laissez le bosser, il est notre dernier espoir. Personne ne peut nous donner des leçons et surtout pas les Français qui ont eu des présidents d’une moralité douteuse comme François Miterrand qui faisait entretenir deux familles par l’Etat"

hurle Umberto Contarello en brandissant le poing d’une façon menaçante.

La dernière chance des Italiens, quel fardeau pour un homme si jeune ! Et quelle responsabilité aussi pour ses futurs ministres ! La chose semble d’ailleurs faire si peur que de nombreuses personnalités économiques, culturelles et politiques contactées par Matteo Renzi pour un portefeuille se sont défilées. Ils ont le sentiment que la complexité du contexte politique, les manœuvres en coulisses de Silvio Berlusconi, l’opposition féroce et destructice de Beppe Grillo et de son mouvement "5 étoiles", auront rapidement raison de l’énergie débordante du Florentin.

Au mieux, il durera six mois et cet échec aura des retombées sur ma carrière"

estime sous le couvert de l'anonymat une personnalité économique italienne pressentie par Matteo Renzi pour prendre les commandes du ministère du Trésor.

Un raisonnement identique aurait été tenu, selon la presse italienne, par Luca Cordero di Montezemolo, patron de Ferrari, et l’écrivain Alessandro Barrico, que le Florentin voulait placer au ministère de la culture. Même le Vatican semble faire preuve de scepticisme !

Son programme est très ambitieux, nous souhaitons qu’il réussisse avec l’aide de Dieu"

déclare Pietro Paolin, secrétaire d’Etat au Vatican.

Loin de tout ce brouhaha, Matteo Renzi travaille d’arrache-pied. Le jeune chef a promis d’être à la hauteur de sa réputation d’homme pressé en présentant sa liste de ministres samedi soir au plus tard. Une opération qui lui permettra de passer sous les fourches caudines du vote de confiance devant les deux chambres en tout début de semaine prochaine.

Après quoi, il devra saisir sa chance et répondre aux vœux des Italiens qui le soutiennent mordicus en réussissant à relancer l’emploi, la croissance et surtout, en enrayant la pauvreté grandissante. A-t-il vraiment réalisé l'ampleur de sa tâche avant de faire son putsch? Buona fortuna!




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