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L’Allemagne fait bosser ses SDF et les paie en canettes de bière

vendredi, 21 février, 2014 - 14:38

La ville d'Essen, en Allemagne, veut faire comme Amsterdam: embaucher les SDF dépendants à l'alcool pour leur faire nettoyer les rues et les rémunérer en … canettes de bière. Polémique, la mesure semble pourtant séduire les municipalités. Explication.

Essen est en ébullition. Cette grande ville de 576 000 habitants, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, débat et se divise depuis trois semaines sur une proposition faite fin janvier par Peter Renzel, le chef du service des affaires sociales. Ce membre du parti démocrate chrétien (CDU) a annoncé vouloir mettre en place, au printemps, une nouvelle mesure d’aide aux sans-abris dépendants à l’alcool: il propose de les faire travailler comme agents de nettoyage dans les rues de la ville et de les rémunérer notamment en canettes de bière.

Les autorités d’Essen estiment à 250 le nombre de ses sans-abris mais souhaitent, au départ, commencer avec cinq personnes avant d'étendre l'expérience à une dizaine d’autres.

"On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre"

Peter Renzel n’a pas eu cette idée tout seul. Il a repris à son compte l’exemple de la capitale néerlandaise Amsterdam où, depuis l’automne, une association propose à une vingtaine de personnes alcooliques chroniques 5 bières, un demi-paquet de tabac et 10€ par jour pour 6 heures de ramassage de détritus. La journée de ces travailleurs d’un genre un peu particulier débute à 9 heures, sans faute, avec deux bières. Deux autres cannettes sont données à la pause déjeuner et une cinquième une fois la journée terminée.

Pour Peter Renzel, ce projet présente de nombreux avantages, à commencer par celui d'une baisse de la consommation d’alcool des personnes impliquées: "A Amsterdam, on a constaté que ces personnes boivent désormais des quantités réduites d’alcool et de manière contrôlée". L'élu table aussi sur la progressive réintégration dans la société de ces personnes marginalisées.

Je trouve très bien que les personnes dépendantes à l’alcool et aux drogues trouvent une occupation, qu’elles assurent le nettoyage de leur environnement et qu’elles participent à une vie organisée. Sans alcool, ces personnes ne seraient pas capables de mener à bien leur activité car elles seraient sous la pression de leur dépendance. Ce projet n’est donc pas une voie sans issue mais une manière de leur permettre d’obtenir de l’aide par la suite".

Et d’ajouter, tout en délicatesse: "On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre".

"Un signe de la faillite de la société"

Interrogé par le journal régional WAZ, un jeune homme de 33 ans, habitué à venir boire des bières "avec les copains" sur la place Willy Brandt, se dit favorable à ce genre de projet.

Ce n’est pas mal de pouvoir gagner quelques euros et quelques bières de cette manière. Je suis certain qu’une quarantaine de personnes seront intéressées".

A Essen toutefois, l’annonce de cette initiative a suscité un déchainement de réactions. Si les habitants du centre ville se plaignent régulièrement des scènes de beuverie, des rues jonchées de bouteilles d’alcool et des odeurs d’urines liées à l’attroupement régulier des buveurs invétérés, ils sont nombreux à s’indigner que la ville veuille "rémunérer les gens qui justement salissent la ville".

Certaines associations d’aide aux sans-abris se disent également sceptiques.

Cette initiative est le signe de la faillite de la société. Les autorités veulent se faire bien voir mais elles montrent, au contraire, qu’elles n’ont rien compris aux problèmes de ces personnes ",

estime ainsi Dirk Heinrich, un travailleur social interrogé par la chaine de télévision RTL. De son côté, l’association Blaues Kreuz, spécialisée dans la lutte contre l’alcoolisme et les dépendances, trouve l’initiative intéressante mais potentiellement dangereuse.

Cela peut être une étape positive pour les personnes qui ne sont pas encore prêtes à l’abstinence ou pas encore capables d’arrêter de boire. Cela fonctionnera si le projet crée des relations de confiance avec ces sans-abris et les encourage à faire d’autres pas vers l’abstinence",

estime Jürgen Naundorff, secrétaire nationale de cette association. Mais ce spécialiste émet des réserves: "Qui peut nous dire si ces personnes ne vont pas continuer à boire le soir?" Cette association rappelle que la meilleure manière d’arrêter de boire n’est pas de passer par une période de consommation modérée mais bel et bien de cesser de manière radicale la consommation d’alcool.

Polémique, le projet divise aussi la classe politique locale mais fait suffisamment parler de lui pour faire des petits dans l’ensemble de la région de Rhénanie-du-Nord Westphalie. C’est en tout cas ce que souhaite son instigateur, Peter Renzel.




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