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Les Barcelonais disent stop à la hausse des prix du métro

vendredi, 21 février, 2014 - 10:43

Né dans les quartiers pauvres de Barcelone, le mouvement 'Stop Pujades Transport' dénonce la hausse chronique des prix des transports publics et bloque la circulation. Cette année encore, ils ont encore grimpé de 8%, dans une ville où la précarité, elle-aussi, ne cesse de croître. Rencontre.

Fin décembre 2013, ils n’étaient qu’une poignée de voisins dans leur maison de quartier quand ils ont décidé de monter la plateforme Stop Pujades. En cette veille de Noël, la mairie de Barcelone venait d’annoncer une nouvelle augmentation du prix des titres de transport les plus utilisés: le ticket unique, la carte 10 trajets (T-10) et celle de 50 voyages (T-50).

Rapidement rejoint par d’autres associations de quartiers, syndicats et plateformes de protestations sociales, le mouvement Stop Pujades est soutenu aujourd’hui par une centaine d’élus, dont certains députés au parlement catalan, et plus de 70 associations et collectifs.

Ensemble, ils exigent de la TMB (Transports Metropolitans de Barcelona) le retrait de cette augmentation et le rétablissement des tarifs de 2013.

Augmentation constante

Selon les chiffres donnés par l’Autorité du Transport Métropolitain de Barcelone (ATM), la T-10 est, de loin, le titre le plus utilisé avec plus de 60% du total des trajets effectués. Pourtant, elle est également celle qui a souffert la plus forte augmentation depuis sa création.

Au prix de 10,30€ en 2014, la T-10 a subit une augmentation de 5% comparé à 2013. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. Car son prix ne cesse d’augmenter ces dernières années: il est près de 30% plus cher qu’en 2010. En 2002, année de la création du titre, son prix était de 5,60 €.

Le ticket unique et la T-50 sont également touchés, avec une augmentation de 8% chacun. Pour 'Stop Pujades', cette hausse "questionne directement le caractère 'public' du service de transports" à Barcelone et aura "de terribles conséquences sociales".

Neuvième journée de mobilisation

Cela fait désormais 9 semaines que, chaque mercredi, des centaines de manifestants se donnent rendez-vous aux abords des stations de métro les plus importantes pour bloquer les rames. Suite à la manifestation du 12 février dernier, la mairie de Barcelone a menacé de sanctions financières ceux qui perturberaient de nouveau le bon fonctionnement du métro. Ce n'est pas la première fois que les Barcelonais bloquent le métro pour protester contre les prix prohibitifs.


©Elise Gazengel

Le 19 février, comme tous les mercredis depuis le début du mouvement, c’est à la station de Llucmajor que Pedro Cervera, travailleur précaire de 49 ans, comme il se définit lui-même, est venu avec sa compagne et ses amis. Pour lui, le problème est simple:

C’est une question de répartition des dépenses publiques et il faut qu’ils destinent l’argent à ceux qui en ont le plus besoin. Les transports en commun sont nécessaires. S’ils décident de nous mettre des amendes, nous serons encore plus pauvres et auront encore plus de raisons de manifester. Notre obligation est de défendre nos droits."

Face à la menace de la mairie catalane, 'Stop Pujades' a coupé cette fois la circulation des huit plus grandes artères de la ville pendant une demi-heure. Hormis quelques échauffourées avec certains motards pressés, ce sont des automobilistes patients qui ont attendus la levée du blocus sous les cris de "Ce que nous faisons c’est aussi pour vous !", lancés à leur encontre par les manifestants.

Pour Rafael Lora, un des fondateurs de Stop Pujades, ce soutien populaire est logique:

Tout le monde comprend le mouvement car il affecte tous les citoyens. Nous ne faisons de mal à personne et chaque semaine nous sommes plus nombreux. Il y a aussi chaque fois plus de créativité, car de plus en plus de jeunes se joignent au mouvement."

Les nouveaux activistes

Dans la foule, presque tous se connaissent, au moins de vue. Ils ont l’habitude de se croiser à d’autres manifestations de ce genre. David Provenzio, chômeur de 39 ans, est venu avec des "amis de manifs":

Bien sûr que ça servira à quelque chose ! Il ne faut pas perdre espoir, c’est pour ça que je me rends à toutes les manifestations citoyennes possibles."

De son côté, Trini Cuesta, aide-soignante de 60 ans, est devenue activiste sur le tard, à cause des récentes recoupes budgétaires du milieu hospitalier. Moins optimiste mais tout aussi engagée, elle explique:

Il est possible que nous ne gagnions pas cette bataille mais nous croyons qu’au moins, l’année prochaine, ils n’oseront pas augmenter les tarifs. Il se peut qu’on n’y arrive pas cette année mais c’est une mise en garde importante. Ce quartier est l’un des plus pauvres de Barcelone et nous devons être là, nous y sommes et nous y serons."


©Elise Gazengel

Pedro Acosta (photo) réside dans le quartier voisin. Il est probablement le plus bruyant des manifestants et scande tous les slogans de la manifestation. Résigné mais souriant, malgré sa situation précaire:

Cela devient excessif, toutes ces augmentations. La seule chose qui n’augmente pas ce sont les aides. À 58 ans, sans travail et avec une pension misérable, j’ai le temps de venir manifester! La seule chose qu’il nous reste est de crier et montrer notre mécontentement."

Un déficit de 546 millions d’euros

Mais d’où vient cette crise du transport public ? Son origine est identique à celle des nombreuses autres administrations du pays: le déficit. Avec une dette de plus de 540 millions d’euros, la TMB (Transports Metropolitans de Barcelona) avoue ne pas avoir d’autres options que d’augmenter ses tarifs.

Une dette colossale liée principalement à la baisse des subventions de l’État espagnol, qui sont passées de 184 millions d’euros en 2011 à 94 millions en 2013, et à l’augmentation des coûts de maintenance et la construction de nouvelles rames.

Face à la contestation sociale, Santi Vila, adjoint délégué à l’environnement et à l’aménagement urbain de Barcelone expliquait la semaine dernière:

Même si je comprends que les citoyens soient en colère, je pense que c’est une augmentation supportable. Si ni le gouvernement ni les citoyens ne veulent mettre la main à la poche, il ne nous restera qu’une alternative: réduire le service ou réduire les coûts du service."

Perturber le Mobile World Congress

Le refus catégorique de l’administration catalane de rétablir les anciens tarifs ne freine pourtant pas le mouvement qui annonce, depuis quelques semaines, vouloir bloquer les accès au Mobile World Congress, qui débute le 24 février prochain.

Organisé depuis 2006 à Barcelone, le MWC est la grand-messe mondiale de l’industrie de la téléphonie mobile. Avec près de 75.000 visiteurs attendus, provenant de 200 pays, dont Mark Zuckerberger, le fondateur de Facebook, Barcelone a beaucoup à perdre si  l'événement devait être perturbé. Pour tenter de rassurer les organisateurs du MWC, la municipalité a d'ailleurs annoncé cette semaine que 1 900 policiers seraient déployés pour assurer le bon fonctionnement du congrès.

Dans le but de donner à leur mouvement une couverture internationale, certains osent même penser qu’il s’agirait de leur dernière opportunité pour que l’ATM cède. Pour Rafael Lora, le Mobile World Congress est plus qu’un symbole:

Il est important que le monde sache quelle est la situation réelle du peuple. Derrière cette 'marque barcelonaise' qu’ils veulent vendre aux grandes entreprises et à leurs dirigeants se cache en fait une ville de la précarité. Nous essaierons d’utiliser le MWC pour que le monde sache cette réalité."




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