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En Espagne, les trentenaires squattent les bancs de la fac

lundi, 24 février, 2014 - 10:41

C'est un effet inattendu du chômage espagnol: les trentenaires n'ont jamais été aussi nombreux dans les amphithéâtres. Mais la tendance dépasse la crise ibérique. Sur le modèle des pays scandinaves, le profil des étudiants européens évolue. 

Le phénomène n'est ni récent, ni exceptionnel, mais il s'intensifie. En Espagne, les étudiants de plus de trente ans sont de plus en plus nombreux. La crise est passée par là, explique El País. Mais pas seulement.

255.000 étudiants de plus de 30 ans 

L'enseignement supérieur attire toujours plus les Européens: ils sont aujourd'hui 25% de plus qu'en 2000. Au-delà du nombre, leur profil a évolué: le portrait d'épinal de l'étudiant jeune bachelier, quittant pour la première fois papa maman pour les bancs de la fac, a vécu. Aujourd'hui, sur le continent, on se forme tout au long de la vie, et de plus en plus tard. 

En Espagne, les derniers chiffres du ministère de l'éducation sont éloquents: 28% des inscrits pour l'année universitaire 2012/2013 ont entre 22 et 25 ans. Plus étonnant, 30% ont plus de 25 ans. Le gros des troupes est encore composé des jeunes bacheliers de moins de 21 ans (42% des effectifs), mais la tendance est bien là: l'âge des étudiants espagnols recule. En 10 ans, les inscriptions des plus de trente ans ont augmenté de près de 170%. L'année dernière, les trentenaires représentaient pas moins de 255.000 étudiants, sur un million et demi.

Sans surprise, plus on avance dans le niveau des études, et plus la présence de ces étudiants chevronnés augmente: ils sont 35% en Master. Par ailleurs, ils sont également sur-représentés dans l'enseignement à distance, plus souple pour mener de front vie reprise de formation, vie familiale ou poursuite d'un travail. L'UNED (équivalent du CNED français) regroupe ainsi 40% des inscrits de plus de 30 ans.

Chômeur? Non, étudiant

Dans un contexte de chômage élevé, la formation fait la différence dans l'accès ou la conservation de l'emploi",

remarque Mariano Fernández Enguita, sociologue à l'Université Complutense de Madrid. En effet, les diplômés de l'enseignement supérieur européens entrent sur le marché du travail deux fois plus rapidement que les personnes qui possèdent, au mieux, un diplôme de l'enseignement secondaire inférieur. En 2012, au niveau de l'Union européenne, la durée moyenne de la transition vers le premier emploi était d'à peine cinq mois pour les diplômés de l'enseignement supérieur, de plus de sept mois pour les diplômés de l'enseignement secondaire supérieur et de près de dix mois pour les personnes possédant un niveau d'éducation inférieur.

Par ailleurs, 

Le coût que représentent les études diminue, parce que les gens n'ont pas à renoncer pour cela à un emploi qui les satisfait: parfois, ils n'en ont tout simplement pas",

relève le sociologue. En clair, en période de chômage ou d'emploi sous-qualifié, reprendre une formation représente moins un sacrifice qu'une opportunité d'avenir. 

Le modèle nordique

Le vieillissement des effectifs de l'enseignement supérieur est donc en partie conjoncturel, et lié à la crise. Mais pas seulement: le phénomène est aussi une tendance de fond, qui s'observe dans de nombreux pays européens, surtout au Nord. En Finlande, en Suède, en Norvège ou encore au Danemark, le parcours universitaire est plus tardif, plus segmenté aussi.

Selon la dernière enquête d'Eurostudent, dans les pays scandinaves, mais aussi en Irlande ou en Estonie, un étudiant sur cinq a plus de 30 ans. Un chiffre bien supérieur à la moyenne européenne, qui est aussi le signe d'une flexibilité des parcours. 

Les systèmes scandinaves (…) offrent plusieurs opportunités d'entrée dans l'enseignement supérieur, avec un parcours de la deuxième chance pour les étudiants de tous âges",

explique le rapport.

Au nord de l'Europe, il est courant de commencer à travailler après le lycée, puis d'intégrer sur le tard une formation supérieure, parfois entrecoupée de périodes d'emploi, et éventuellement entouré d'une petite famille. En Suède ou au Danemark, il n’est pas rare de voir des crèches dans les universités!

De quoi favoriser une diversité sociale des diplomés de l'enseignement supérieur. En effet, dans la plupart des pays européens (Portugal et Turquie mis à part) les jeunes issus de milieux modestes sont en moyenne plus âgés, et ont des parcours plus fragmentés. Les difficultés économiques et sociales retardent et fragmentent les itinéraires étudiants.

Bacheliers pressés

A l'opposé de ce modèle scandinave, vers lequel semble tendre l'Espagne, de nombreux pays européens encouragent encore un parcours d'étude initial, mené sans interruption. 

Globalement, environ deux étudiants sur trois en Europe n'ont pas plus de 24 ans. Mais en Croatie, en Turquie, en Lituanie, cette tranche d'âge représente 80% des effectifs. Même chose en France, où les tous jeunes bacheliers, sitôt leur bac en poche, tentent d'obtenir au plus vite un diplôme de l'enseignement supérieur, véritable graal vers l'emploi.




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