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La Crimée dans la main de Poutine

vendredi, 28 février, 2014 - 15:28

Les tensions entre Moscou et Kiev ont été portées à un degré maximum avec l'occupation de la Crimée par les forces russes. Cette république autonome d’Ukraine, peuplée majoritairement de Russes, est stratégique pour la Russie qui stationne, à Sébastopol, une grande partie de sa flotte de la Mer Noire. Analyse.

Les troupe russes se sont déployées ce week-end dans toute la Péninsule de Crimée, encerclant une caserne ukrainienne près de Simféropol, la capitale de cette république autonome, tandis que le commandant en chef de la marine ukrainienne a fait allégeance aux autorités pro-russes de Crimée. Ce coup de force, qui émeut l'opinion internationale et les chancelleries occidentales, porte à un degré maximum les tensions entre Moscou et Kiev après le renversement du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch.

Pareille accélération des événements mérite d'être appréciée à la lumière des réalités historico-politiques de la région. Avant de devenir une république autonome d’Ukraine, la Crimée faisait partie intégrante de la République soviétique de Russie jusqu’en 1954, ses deux millions d’habitants étant à 60% russophones. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Parlement de Crimée de Simféropol (la capitale) vient de décider d’un référendum le 25 mai sur une souveraineté élargie de la république autonome, sans toutefois aller jusqu’à réclamer son indépendance de l’Ukraine.

Les poupées russes

A la manière des "poupées russes", il existe en outre une enclave dans l’enclave de crimée: la municipalité de Sébastopol, grand port de la Mer Noire, au sud de la Crimée ne fait pas partie de la république autonome de Crimée, son maire étant directement nommé par le président ukrainien. Et il n’est pas excessif de parler encore d’une enclave, dans l’enclave de l’enclave: le port de Sébastopol loué depuis 1997 à la Fédération de Russie pour y abriter le gros de sa flotte militaire de la Mer Noire.

Un bail généreusement renouvelé en 2010 par l’ex-président Ianoukovitch pour une durée de 32 ans. A des conditions a priori très alléchantes pour Kiev. A côté d’un loyer annuel de 100 millions de dollars payé par Moscou, la Russie consentait à un rabais de 30% sur le gaz vendu par le géant Gazprom aux Ukrainiens. Depuis 2010, ce rabais représente pour l’Ukraine une économie annuelle de 4 milliards de dollars, montant presque doublé en décembre dernier à la suite d’un nouveau geste de Vladimir Poutine.

Les cartes de Poutine

Fameuse dans l’histoire pour avoir été assiégée – et enlevée – en 1854-1855 par les troupes franco-britanniques, la place de Sébastopol apparaît donc stratégique pour la Fédération de Russie. Celle-ci ne saurait perdre le contrôle et voir menacées les voies d’approvisionnement d’un port où stationnent au moins 25 des 45 bâtiments de guerre d’une flotte permettant à Moscou « d’appuyer » sa politique dans tout le bassin méditerranéen.

Est-ce à dire qu’un gouvernement ukrainien trop proche de l’Occident qui prétendrait gêner la politique internationale du nouveau Tsar moscovite ouvrirait un casus belli ? Rien n’est plus douteux: Poutine ne va pas prendre le risque d’une crise internationale majeure alors qu’il a toutes les cartes maitresses en main face à son nouvel homologue ukrainien Arseni Iatseniouk qui n’en détient aucune.

Car tout geste "inapproprié" de Kiev à l’égard de Sébastopol et de la Crimée entrainerait des rétorsions financières cruelles pour un pays déjà au bord de la faillite et qui va devoir subir une crise d’austérité sans précédent pour avoir accès aux bailleurs de fonds américains, européens et multilatéraux (FMI).

La fausse poudrière de Sébastopol

En outre, un "chantage à Sébastopol" exercé sur les Russes par des Ukrainiens éventuellement soutenus par les forces de l’OTAN ferait pshitt ! L’habile Poutine, occupé depuis plusieurs années à moderniser sa flotte de la Mer Noire en l’augmentant de 6 sous-marins et de 15 bâtiments de surface d’ici à 2020 s’est également employé à diversifier ses bases navales. Le port de Crimée sera bientôt moins stratégique alors que se développent, toujours sur la Mer Noire, les bases de Novorossiysk (région russe de Krasnodar) et de Gudanda (nouvelle république de facto indépendante d’Abkhazie sous contrôle russe).

Ainsi, le plus probable est qu’un accord russo-ukrainien se fasse dans quelques semaines ou quelques mois sur des bases avantageuses pour Moscou, Poutine se contentant éventuellement d’accorder à Kiev un raccourcissement du bail russe sur le port de Sébastopol.

A moins que la population de Crimée ne mette le feu aux poudres en faisant sécession de l’Ukraine. Une perspective peu crédible car elle n’aura pas l’aval du Tsar. Même si actuellement celui-ci a intérêt, pour des raisons tactiques, à laisser croire le contraire… 


Article mis à jour le 3 mars 2014




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