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En Scandinavie, 1 femme sur 2 est victime de violences

mercredi, 5 mars, 2014 - 11:27

Le phénomène est massif: en Europe, une femme sur trois est victime de violences. Mais l'enquête menée par l'Union européenne révèle un paradoxe: dans les pays nordiques, pourtant plus égalitaires, la violence serait plus élevée. 

Danemark, Finlande, Suède: le trio nordique est-il vraiment un modèle en matière d'égalité hommes-femmes? Une enquête publiée aujourd'hui par la Fra (agence des droits fondamentaux de l'Union européenne) révèle que si la violence à l'égard des femmes est répandue dans tous les pays, elle est plus élevée au nord qu'au sud.
 

Les 5 chiffres de la violence envers les Européennes

  • Un tiers des femmes sont victimes de violence physique ou sexuelle 
  • Une femme sur vingt a subi un viol
  • Plus d'une femme sur cinq ayant un(e) partenaire a été victime de violences physique ou sexuelle de sa part. 
  • Seulement un tiers des femmes victimes de violence perpétrée par un(e) partenaire a pris contact avec la police ou avec un service d’aide aux victimes. 
  • Les trois-quarts des femmes ont déjà été victimes de harcèlement sexuel dans un cadre professionnel (1).

En moyenne, les jeunes femmes sont plus vulnérables aux violences.
 

Le paradoxe de l'égalité hommes-femmes

Les Espagnoles ou les Polonaises sont-elles plus épargnées que les Suédoises ou Danoises? C'est ce que semblent révéler les récentes statistiques de l'UE. Ainsi, "seulement" 20% des Espagnoles subiraient des violences, contre 52% des Danoises, ou encore 47% des Finlandaises. La France, elle, se place dans la moyenne haute, avec 44% de femmes victimes de violence au cours de leur vie d'"adulte" (depuis leurs 15 ans).

Ces écarts s'accentuent concernant le harcèlement sexuel, notamment au travail: il concerne 37% des Danoises, contre à peine 9% des Lituaniennes, ou 11% des Roumaines et Polonaises. Comment expliquer ce résultat contre-intuitif? L'enquête avance plusieurs explications:

  • Égalité des sexes: une société plus égalitaire favorise la discussion, la dénonciation, et donc le signalement de ces violences. 

Dans les pays nordiques, il est possible que la violence n'y soit pas plus élevée mais seulement plus ouvertement dénoncée",

précise une porte-parole de l'agence. Au contraire, dans des pays plus sexistes, identifier les violences et les dénoncer est moins évidente. Les statistiques sur la violence à l'égard des femmes y seraient donc sous-estimées:

Les chiffres de l'enquête concernent les violences vécues et réelles: le questionnaire demande des expériences très concrètes. Mais tout le monde ne parle pas ouvertement…. Et moins dans certains pays. Il n’y a pas d’estimations sur la violence "réelle", mais elle pourrait être plus élevée",

poursuit la même représentante. Difficile d'estimer ce décalage, mais deux aspects suggèrent qu'il n'est pas négligeable: d'une part, la perception élevée de la violence dans la société: 8 Européennes sur 10 considèrent que la violence envers les femmes est répandue dans leur pays. Par ailleurs, les faibles chiffres de prise de contact avec la police ou une autre organisation, qui suggèrent une prévalence de la loi du silence.

  • L'exposition aux risques. L'égalité hommes-femmes engendre également des comportements susceptibles d'augmenter la confrontation à des situations de violences. Le travail hors du domicile et une socialisation plus forte (sorties, fréquentations) impliqueraient une plus grande exposition au harcèlement. 

75% des femmes qui exercent une profession qualifiée ou qui occupent un poste de direction sont victimes de harcèlement sexuel, contre 55% pour l'ensemble des femmes: un décalage qui semble confirmer cette corrélation. Bien sûr, on peut également avancer que les femmes issues de ce cadre professionnel sont plus attentives et mieux formées que les autres pour détecter ce qui correspond à du harcèlement.
 

Alcool et criminalité

D'autres facteurs permettraient d'expliquer la disparité des résultats en Europe: une criminalité violente globale plus forte, un taux d'urbanisation élevé, ou encore certains types de consommation d'alcool favorisent la violence envers les femmes.

Par ailleurs, l'enquête établit une lien entre le comportement dominant affiché par certains hommes au sein d’une relation (qui restreignent l’utilisation des finances des femmes ou les relations avec leurs amis et leur famille) et le constat de violences. 
 

Loi du silence et peur de l'agression

Autre conclusion inquiétante de l'enquête: la plupart des femmes ne signalent pas les actes de violence subis. Un tiers des victimes de violences conjugales seulement et un quart des victimes de violences non conjugales ont contacté la police ou une organisation d'aide aux victimes.

Elles n'en sortent pour autant pas indemnes. 35% des femmes victimes de violences sexuelles ont connu une période dépressive à la suite ce ces violences.

Plus largement, ce climat violent provoque un sentiment de peur, qui façonne les comportements en société:

50% des femmes évitent certaines situations ou certains lieux, du moins parfois, de peur d’être agressées physiquement ou sexuellement",
détaille l'enquête. Cette crainte est beaucoup plus faible au sein de la population masculine. 
 

Femmes ayant subi des violences physiques et/ou sexuelles d’un(e) partenaire ancien(ne) ou
actuel(le) ou d’une autre personne depuis l’âge de 15 ans, par État membre de l’UE. 

*Les statistiques concernant la violence de la part de partenaires sont réalisées sur l’ensemble des femmes mariées, vivant en concubinage ou engagées dans une relation (sans vivre avec leur partenaire).
 


(1) Ces chiffres sont établis sur la base d'entretiens auprès de 42.000 femmes âgées de 18 à 74 ans, vivant dans l'Union européenne. Les pourcentages correspondent aux violences subies depuis l'âge de 15 ans.




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