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La colère des sages-femmes, en France comme en Europe

jeudi, 6 mars, 2014 - 14:17

En France, les sages-femmes ont décidé de reconduire leur grève. Elles réclament que leur statut soit révisé et plus conforme à leurs compétences. Elles ne sont pas les seules à se mobiliser. Tour d'horizon des revendications des sages-femmes en Allemagne, Suisse et Espagne.

Après 5 mois de grève, les sages-femmes françaises ne désarment pas. Les propositions mises sur la table mardi par la ministre de la santé Marisol Touraine ne les ont pas satisfaites, ou en tout cas pas toutes. La grève est donc prolongée.

Les sages-femmes réclament une révision de leur statut, pour le mettre en adéquation avec leurs compétences et fonctions réelles, à l'hôpital ou en libéral. Toutefois, elles ne sont pas toutes d'accord. Une partie de la profession revendique un statut de patricien hospitalier, homologue à celui des médecins et donc détaché de la fonction publique. Une autre, syndicats en tête, s'oppose formellement à toute sortie de la fonction publique, le statut de fonctionnaire garantissant à leurs yeux une meilleure protection sociale.

La ministre de la santé a tranché en faveur des seconds, en annonçant finalement la création d'un statut médical spécifique au sein de la fonction publique hospitalière (FPH).

Les sages-femmes françaises ne sont pas les seules à se battre en Europe. Un peu partout, la profession lutte pour conquérir un statut à la hauteur des services rendus dans les hôpitaux et pour que les missions qui leur sont confiées s'accordent mieux avec leurs compétences.

La situation et le rôle des sages-femmes varie beaucoup selon les pays en Europe, ne serait-ce qu'en termes d'effectifs, en témoigne le shéma ci-dessous, qui classe les pays européens selon le nombre de sages-femmes pour 100 naissances:

ALLEMAGNE : contre des assurances ruineuses

Le malaise des sages-femmes allemandes est avant tout financier. Le 24 février, elles ont de nouveau manifesté un peu partout dans le pays pour protester contre la hausse spectaculaire des assurances obligatoires qu’elles doivent contracter afin de travailler en tant qu’indépendantes et être couvertes en cas de problème à la naissance d’un enfant. Depuis 2010, le montant de ces assurances est passé de 450 € par an à 4.480 €… Et il devrait encore croître cet été pour atteindre 5.000€.

La hausse de ces tarifs a entrainé une réelle désaffection pour ce métier. A Munich, une des rares villes d'Allemagne connaissant une réelle expansion démographique, on compte 360 sages-femmes, mais il en faudrait au moins 50 de plus pour faire face aux besoins.

Outre-Rhin, le statut et les salaires des sages-femmes salariées sont négociés avec les syndicats au niveau régional et souvent établissement par établissement. Elles ont le même revenu moyen que les infirmières, soit 2.000 €. Ce salaire tombe à 1.600 € dans la petite ville bavaroise de Bamberg et grimpe à 2.800 € à Bonn, en Rhénanie du Nord Westphalie.

SUISSE : la pleine reconnaissance des compétences

La Suisse compte 3.500 sages-femmes pour 80.000 naissances par an (2012). La question de leur statut est plus avancée qu'en France: les sages-femmes libérales ont légalement ainsi un champ d'action élargi (suivi de grossesse, accouchement, période du post-partum), proche de celui des médecins.

Mais du travail reste à faire, estime la Fédération suisse des sages-femmes. Au cœur de ses revendications: que la pratique suive la loi. Dans les faits, les femmes enceintes s'adressent le plus souvent à un gynécologue, accouchent à l'hôpital, et la sage-femme n'entre en scène qu'après celui-ci. Côté rémunération, elle n'a pas augmenté depuis vingt ans, regrette le syndicat suisse.

ESPAGNE : pouvoir s'occuper du suivi de grossesse

En Espagne, les sages-femmes ne veulent pas être cantonnées au simple accouchement de leurs patientes. Leur objectif? La reconnaissance complète de leur spécialité, afin de pouvoir s'occuper plus globalement de la santé de la mère et de l'enfant.

Ce week-end, les sages-femmes d'Andalousie battront d'ailleurs le pavé à l'occasion d'une 'Marea rosa', une manifestation pour revendiquer ces compétences élargies. Une urgence car l'Andalousie manquerait à leur yeux de sages-femmes, notamment dans les centres de soins de santé primaires, postes auxquels elles prétendent.

Au plan social, la profession n'est pas au mieux. Pour la première fois depuis longtemps, de plus en plus de sages-femmes peinent à trouver un emploi et viennent grossir les rangs des chômeurs.

Le modèle suédois, encore est toujours

La Suède est à l'opposé des réalités française, espagnole ou suisse. Le système de santé suédois fait confiance à ses sages-femmes. A l'inverse des autres pays européens, celles-ci sont d'ailleurs les premières interlocutrices vers qui se tournent les femmes au moment de consulter un praticien, aussi bien à propos d'une grossesse, d'une contraception ou de toutes autres question de santé sexuelle ou reproductive.

La loi suédoise rend les sages-femmes autonomes et responsables des soins apportés lors d'une grossesse normale. Concrètement, une femme dont la grossesse promet d'être sans complication sera suivie exclusivement par une sage-femme, sans rencontrer de médecin. Un système qui fait ses preuves: l'ONG Save The Children classe la Suède deuxième au classement des pays au monde où il est le plus aisé de devenir mère, juste derrière la Finlande.


Sources : Etude des régulateurs européens de sages-femmes, Deuxième édition, Février 2010, Ordre des sages-femmes ; The state of the world’s midwifery, 2011, United Nations Population Fund.




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