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L’Europe en BD, épisode #3 en Pologne

mercredi, 12 mars, 2014 - 11:22

Troisième épisode de notre tour d'Europe de la BD: la Pologne vue par le Français Jérémie Dres. Un périple initiatique sur la trace de la mémoire de sa grand-mère Téma, et à la rencontre de la communauté juive polonaise.

C'est quoi ?

Nous n'irons pas voir Auschwitz est un roman graphique, documentaire et autobiographique, sur le voyage d'un jeune homme en Pologne, dans les pas de sa grand-mère récemment disparue. Une quête personnelle qui lui fait explorer l'histoire de sa famille, ses racines juives, et rencontrer la Pologne d'aujourd'hui. Paru fin 2011, cet ouvrage dense (208 pages) en noir et blanc est édité par Cambourakis, une maison d'édition créée en 2006 à Paris, éditrice d'une quarantaine d'auteurs de bande dessinée et de romans graphiques.

C'est qui ?

Jérémie Dres, un auteur français. À 32 ans, Jérémie Dres ne fait cependant pas que de la BD, puisqu'il est aussi artiste visuel, branché arts numériques. Louvoyant entre multimédia, graphisme et illustration, il travaille en indépendant à Paris depuis 2007 et sa sortie de l'école des Arts Décoratifs de Strasbourg. Nous n'irons pas voir Auschwitz est son premier roman graphique.


                                                                                       © Éditions Cambourakis

Où ça en Europe ?

En Pologne, aujourd'hui. L'histoire s'ouvre sur une place de Varsovie, en plein été. Le personnage principal, carte de la ville dépliée dans les mains, est un peu perdu. Il vient tout juste d'arriver de Paris. Première étape, rue Freta, où a vécu Téma, cette grand-mère qu'il aimait tant. C'est sa disparition qui a précipité le projet de Jérémie : partir retricoter son histoire familiale dans cette Pologne qu'a quittée mamie Téma en 1930. Une histoire marquée par la judaïté et la Shoa, l'exil, le déracinement. Jérémie, rejoint par son frère, se lance dans une quête de repères familiaux, culturels, mémoriels, dans la Varsovie juive, ou de ce qu'il en reste.

Une visite thématique qui les mènera dans l'ancien ghetto "à la recherche des dernières traces juives". La mémoire s'y efface vite: dans la rue Prozna, les immeubles sont dans un sale état. Le duo fait une halte à la synagogue Nozyk, la seule datant d'avant "la catastrophe", majestueuse rescapée, dans une ville qui fut rasée à 85% par les nazis. L'immeuble de la grand-mère, lui, a disparu. Au cimetière juif, les frères retrouvent, miracle, la trace des parents de la grand-mère…

Après ce premier acte à Varsovie, le récit se poursuit dans une petite bourgade, Zelochow. C'est là, dans ce bled de 4000 âmes qui vous scrutent bizarrement, qu'à vécu le grand-père, avant son départ de la Pologne en 1921. Puis l'équipée troque la Nissan pour le train et file à Cracovie, et son festival de la culture juive.


                                                                                   © Éditions Cambourakis

Ce qu'on a aimé

Nous n'irons pas voir Auschwitz est un carnet de voyage très personnel. Au delà d'un bel aperçu de la Pologne actuelle, croquée d'un trait fin et ludique, l'auteur donne surtout à voir une touchante quête mémorielle. En partant sur les traces d'une mamie "trait d'union entres les générations", il s'aventure dans une identité juive perçue comme un héritage précieux mais difficile à définir. "Qu'est-ce que ça signifie d'être juif", s'interroge-t-il ainsi à la fin du récit.

Au gré des rencontres, l'auteur dresse aussi le portrait de la communauté juive de Pologne. Une petite communauté (5000 juifs en Pologne, "pas de quoi sortir le champagne") malmenée par l'histoire, dans un pays pas au clair avec sa mémoire. Et des parcours variables selon les générations, entre les vieux émigrés finalement revenus au pays, et ces jeunes qui ne bougeront pas mais se demandent quand même s'ils arriveront ici à se trouver une petite amie juive.

La narration, factuellement très nourrie, varie joyeusement entre les genres, oscillant entre le reportage, le documentaire et l'autobiographie. Un voyage au sens large.


Nous n'irons pas voir Auschwitz, de Jérémie Dres, éditions Cambourakis, 208 pages, 19€.


   
© Éditions Cambourakis




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