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Portugal : une dette sur la sellette

mercredi, 12 mars, 2014 - 15:23

Au Portugal, 70 influentes personnalités de droite comme de gauche demandent une restructuration de la dette publique. Le premier ministre, néolibéral convaincu, en est tombé de sa chaise: ces "irréalistes" vont saboter ses efforts pour rétablir la confiance dans l'avenir du pays.

Ils ont pris tout le monde de court au Portugal. Le plus surpris est sans nul doute le premier ministre lui-même: parmi les signataires figurent d’éminents représentants des partis de la coalition au pouvoir.

Ils sont 70. De droite comme de gauche, voire très à droite et très à gauche. Et en signant tous ensemble un manifeste en faveur de la restructuration de la dette publique portugaise, ils viennent de frapper un grand coup. Entendez par restructuration, un échelonnement de son paiement, voire un 'pardon' partiel (personne ne se risquerait à évoquer, pour l'instant, son annulation pure et simple).

Anciens ministres, patrons et extrême gauche 

Parmi les 70 signataires figurent des anciens ministres des finances encartés au Parti social démocrate (PSD), celui du premier ministre, et du CDS, l’autre parti de la coalition au pouvoir. On trouve aussi des intellectuels, des constitutionalistes, d'anciens leaders de l’extrême gauche et même des chefs d’entreprises.

Des hommes et des femmes aux visions assez différentes sur la marche du monde, mais qui réclament tous une nouvelle politique fiscale et de financement de l'Etat pour alléger le poids de la dette, seul moyen, selon eux, de relancer l’activité économique au Portugal.

La dette publique a atteint fin 2013 les 130% du PIB. Selon les calculs fournis par le président de la République en personne (il est économiste de formation), elle ne pourra revenir à 60% du PIB (ce qu’autorise Maastricht pour les pays de l'UE) qu’en… 2035. Si tout va bien. Si aucune crise financière et autre bulle immobilière ne vient bousculer les prévisions.

Mais avec des si on met Paris en bouteille, ou l'on fait couler le Tage dans l’autre sens. Et les 70 du Manifeste ne croient guère à une issue positive de la crise…

Un premier ministre isolé ?

Le premier ministre Pedro Passos Coelho, qu’on n’a jamais vu sortir de son attitude posée et un rien figée, n’apprécie pas du tout. Il affirme et réaffirme que le Portugal paiera sa dette quoiqu’il arrive. Pas question pour ce néolibéral de conviction, de ne pas rembourser. Il considère donc que les 70 constituent "une bande d’irréalistes".

Ils transmettent un message erroné à nos créanciers. Ceux qui veulent réaliser l’irréalisable ne sont pas justes car ils n’offrent pas de sécurité aux citoyens, et finissent par remettre en cause l’Etat social".

Pedro Passos Coelho désigne ainsi à l’avance les responsables d’un éventuel échec des cruciales négociations en cours. Car le Portugal négocie en ce moment même sa sortie du plan d’aide international. En principe, le plan d’ajustement concocté par les créanciers internationaux prend fin le 17 mai prochain. Une énième évaluation de la bonne marche du programme sera nécessaire pour que la totalité des 78 milliards d’euros prêtés par les bailleurs de fond soit remise au Portugal.

Dans cette perspective, le pays pourrait alors faire son retour sur les marchés financiers. Des financements négociables directement entre les parties selon la loi de l'offre et la demande.

Ce qui est en jeu est essentiel pour le pays. Trois options existent:

  • une sortie propre à l’irlandaise,
  • un plan d’accompagnement,
  • ou, scénario catastrophe, un nouveau plan de sauvetage.

"Ça va pas si mal"

Les premières discussions sur le sort réservé au Portugal débuteront le 1er avril, avec la réunion de l’Eurogroupe.
Un virage très difficile, une chaussée glissante, un conducteur seul au volant et des passagers qui crient d’effroi… Le gouvernement joue la carte du "tout va bien" ou, variante, du "ça va pas si mal". De fait, les exportations progressent (+11,9 % en janvier par rapport à janvier 2013). Le chômage qui a baissé pendant dix mois consécutifs se stabilise à 15,6% de la population active, et le déficit global devrait se fixer aux alentours de 5,1% du PIB contre 5,5% autorisé par la Troïka.

Toutefois, des tassements ou de nouveaux dérapages des indicateurs se font sentir depuis janvier. Surtout, ce sont les recettes fiscales qui expliquent la légère amélioration des finances publiques. La pression fiscale a augmenté de plus de 30% sur les ménages depuis 2012 et la dette privée augmente, comme celle des entreprises. Quant au chômage il baisse, mais ce sont les radiations liées à la réforme de l’attribution des indemnités chômage et l’émigration exponentielle d’une population aux abois qui expliqueraient cette diminution du nombre de demandeurs d’emplois.

Pour la ministre des finances portugaise, Maria Luis Albuquerque, la dette est "soutenable", et Bruxelles lui emboîte le pas. Pourtant, au Portugal, la conviction se généralise qu’il faudra d’une manière ou d’une autre payer les pots cassés. Mais en même temps, l’idée d’un nouveau plan d’austérité, quelque soit le nom et la forme qu’on lui donnera, fait frémir. Les 70, eux, demandent avant tout l’instauration d’un dialogue. La fin d’un autisme qui asphyxie le pays.




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