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A Munich, les Allemands peuvent voter français aux municipales !

vendredi, 14 mars, 2014 - 13:15

Aux élections locales, les Européens peuvent voter...et être élus. Trois Français de gauche, candidats à Munich dans le très conservateur land de Bavière, expliquent leur engagement à Myeurop.

On vote ce dimanche dans le prospère land de Bavière. A Munich trois Français, tous de gauche, se présentent aux municipales. Yohann Torres, sur la liste SPD, Benoît Blaser sur celle de Die Grünen (Les Verts) et Eric Bourguignon pour Die Linke ("La gauche", l'équivalent allemand du Front de gauche). Entretiens croisés sur le sens de leur engagement politique en Allemagne.

La Bavière, bastion conservateur

Etre Français, de gauche, et se présenter à des élections en Bavière: l'équation peut sembler proche du suicide politique. Le riche land allemand est dirigé depuis plusieurs décennies par les très conservateurs chrétiens sociaux de la CSU, à droite de la CDU d'Angela Merkel.

Mais Yohann Torres, Benoît Blaser et Eric Bourguignon sont unanimes: leur décision ne relève ni du défi, encore moins du masochisme…. Et d'expliquer que si la Bavière est la région est un bastion conservateur, Munich est une exception. Depuis 24 ans la ville est dirigée par une coalition rouge-verte.

Mais pourquoi se présentent-ils? Avant tout parce qu'ils partagent la conviction que l'engagement politique n'a pas de frontière. Eric Bourguignon a ainsi été candidat aux dernières législatives en France sous la bannière du Front de gauche, et Yohann Torres explique qu'il a deux cartes d'adhérents: celle du PS et celle du SPD, "les deux partis défendant les mêmes valeurs et ayant des programmes très proches".

Seul Benoît Blaser (ci-contre) a un vrai problème avec "Europe écologie – Les Verts": "si j'étais en France je ne serai pas chez les Verts". Pourquoi? "C'est un parti vraiment trop chaotique", estime ce centralien aujourd'hui ingénieur chez BMW. A l'inverse, il a été séduit par "la culture très forte du compromis" chez les Verts allemands: 

On peut dire ce qu'on pense et si une majorité se dégage lors d'un débat, la direction se soumet toujours à la décision de la majorité".

On est loin des stratégies d'appareil et "du militant dont le rôle en France se limite trop souvent à distribuer des tracts lors des élections. A l'inverse, il y a une réelle démocratie participative chez les Grünen et l'on peut devenir candidat assez facilement".

Attirer les électeurs européens

Munich est une ville ouverte sur le monde et sur l'Europe. Son dynamisme économique attire de plus en plus d'Européens, notamment les Grecs et les Espagnols qui fuient la crise dans leur pays. Présenter un candidat non allemand sur une liste vise aussi à séduire les électeurs européens… sans pour autant donner à ce candidat de réelles chances d'être élu. 

Yohann Torres, Benoît Blaser et Eric Bourguignon s'en défendent: ils ne sont pas des faire-valoir. Pour autant, ils reconnaissent volontiers qu'ils ne sont pas assez bien placés sur leurs listes pour espérer être élus. Pour Eric Bourguignon, à la 12ème place sur 80 alors que les sondages donnent de 4 à 5% à Die Linke, "cela va être très dur, mais je le savais dès le départ, c'est avant tout une démarche symbolique".


Eric Bourguignon: "c'est avant tout une démarche symbolique"

Sur les 1,4 millions d'habitants de Munich, plus d'un tiers (38%), soit 530.000 personnes, sont d'origine étrangère, dont 170.000 Européens. La majorité vient de Turquie (40.500), suivis par les Croates (23.700), les Grecs (22.500), les Italiens (21.700), les Autrichiens, les Polonais, les Serbes et les Français. Mais les Turcs n'étant pas des citoyens de l'Union européenne, ils n'ont pas le droit de vote. Les trois candidats français et leurs partis souhaitent la fin de cette discrimination électorale.

Dans son arrondissement du centre de Munich, Benoît Blaser devrait, lui, être élu puisqu'en 4ème place. Mais il est également candidat pour le conseil municipal à la 22ème place. Trop loin pour être élu, alors que les Verts sont crédités de 13% dans les sondages, mais c'est, pour lui, avant tout essentiel de "participer à la vie politique est une démarche d'intégration" alors qu'il a obtenu il y a cinq ans la double nationalité. 

Candidat dans le sud de Munich, Yohann Torres est à la 28ème place de la liste SPD de son quartier: c'est, estime-t-il, "limite pour être éligible".

Priorités: logement et transports

Ici ce n'est pas l'emploi et le chômage qui préoccupe les électeurs, c'est plutôt le contraire. Les entreprises ont, au contraire, bien du mal à trouver du personnel qualifié et l'on manque d'infirmières, de sages-femmes, d'aides soignantes…

Tous trois ont donc, en fait, les mêmes priorités:

  • La construction de logements pour faire face à l'afflux d'immigrés européens ou autres. Le développement de l'habitat participatif, pour limiter la spéculation immobilière et l'augmentation des prix, Munich étant déjà une des villes les plus chère d'Allemagne, est, notamment, dans leurs programmes.
  • Deuxième priorité: le développement des transports en commun et des pistes cyclables. 17% des déplacements s’effectuent en vélo, l'objectif est de passer à 25%. Mais Eric Bourguignon va plus loin: il propose des péages "comme à Londres" à l'entrée de la ville. Alors que l'automobile est un des fers de lance de l'économie bavaroise, c'est, notamment pour la CSU, une provocation!

Le charme de l'accent français

Pour Benoît Blaser, être Français est loin d'être un handicap, "bien au contraire" s'exclame-t-il. Son accent est même un atout quand il distribue des tracts. "Cela permet d'engager la conversation. On m'interroge sur les Français. Les clichés sont nombreux sur la France, et cela permet de les faire tomber".

Yohann Torres (à droite) acquiesce: "certains Munichois sont étonnés, mais rares sont ceux qui vous disent qu'ils ne voteront pas pour un Européen". La CSU a critiqué la présence d'Européens sur les listes de gauche, mais s'est vite aperçue que cela n'était pas, à Munich du moins, électoralement payant. De toute façon, résume Katharina Schulze, députée Verte de Munich:

Dans une ville où un tiers des habitants sont issus de l'immigration, il serait totalement erroné de mener une campagne électorale purement allemande",

 




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