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Comment j’ai contourné la censure de Twitter en Turquie

vendredi, 21 mars, 2014 - 16:36

Twitter est bloqué en Turquie sur décision du chef du gouvernement. Notre correspondante à Istanbul a vite trouvé la parade comme de nombreux twittos turcs. L'oiseau bleu gazouille de plus belle à Istanbul et Erdogan est le seul à y laisser des plumes.

Il est 8 heures ce matin. Comme tous les jours, je parcours la toile pour suivre l’actualité. Les journaux en ligne, la chaine de télévision CNN Türk et Facebook sont mes priorités car en Turquie Facebook est une précieuse source d’information. Après le réseau social je tente comme d'habitude de me connecter à Twitter. Je manie que très peu les 140 signes, mais je lis les messages des autres avec beaucoup d’attention, autre source d'information essentielle en Turquie. En vain. C’est ainsi que j’ai découvert avec un brin de stupéfaction que le gouvernement avait tenu parole et mis l’oiseau bleu dans sa cage.

La veille, au cours d’un rassemblement électoral, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan, avait menacé de "supprimer Twitter" invoquant des raisons de "sécurité nationale". Quelques semaines auparavant, il avait tenu les mêmes propos en incluant Facebook et Youtube. Ce qu’il faut comprendre par "sécurité nationale", ce sont en fait les nombreuses vidéos et écoutes téléphoniques distillées chaque jour sur internet mettant directement en cause le premier ministre dans les affaires de corruption. Mais malgré la nouvelle loi renforçant le contrôle d’internet par le gouvernement, il était difficile d’imaginer que Twitter serait le premier condamné. 

Les twittos ont immédiatement poussés des cris d’orfraie sur Facebook. Et comme chaque révolte connait son symbole, les internautes ont tout de suite réagi, non sans humour, à cette surprise matinale, en détournant le logo du média social.

Le site Twitter a immédiatement proposé une alternative, celle de twitter via SMS. Pour les plus calés en informatique, il est aussi possible d’accéder au média social via un VPN (un réseau privé virtuel).

Mais c’est en suivant les réactions sur Facebook que j’ai trouvé le moyen de déjouer le stratagème du gouvernement. Ce matin, beaucoup d’internautes – comme moi – on dû se sentir l’âme d’un geek.

Il suffit de modifier les réglages DNS de la connexion internet sur son ordinateur. Quelques clics et à peine deux minutes plus tard, la page d’accueil du "drôle d’oiseau" apparaissait de nouveau sur mon écran. Pour ceux qui n’auraient toujours pas compris, des numéros DNS ont été tagués sur des murs d’Istanbul.

Tellement simple, que le vice premier ministre, Bülent Arınç, continuait de twitter, comme si de rien n’était, le programme de sa journée dans la matinée. Le président turc a même pris position contre cette initiative. "On ne peut pas approuver le blocage total des réseaux sociaux (…) J'espère que cette situation ne durera pas longtemps"  a-t-il déclaré… sur Twitter.

C’est à se demander qui est le dindon de la farce dans cette histoire.

L’étau se resserre sur les élections municipales et la liberté d’expression. En s’attaquant au pouvoir des médias sociaux, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan prend le risque… d’y laisser des plumes. 


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