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Premiers mariages gays en Angleterre ce week-end

jeudi, 27 mars, 2014 - 13:25

Ce week-end, pour la première fois, les couples homosexuels vont pouvoir se marier outre-Manche. Du moins les Anglais et les Gallois. Les Écossais, eux, devront attendre l'automne. Ailleurs, l'Europe reste divisée.

A partir de ce vendredi minuit, les citoyens de Grande-Bretagne, Écossais mis à part, pourront se passer la bague au doigt, quelque soit leur sexe et celui de leur conjoint. 

La décision a été prise dès l'été dernier, dans un calme qu'on pourrait qualifier d'olympien au vu des vifs débats français, bien qu'elle ait suscitée l'opposition d'une centaine de parlementaires conservateurs.

La légalisation du mariage homosexuel a finalement été adoptée le 16 juillet 2013, en troisième lecture, à la Chambre des Communes. Les travaillistes et libéraux-démocrates l'ont largement soutenu. Elle est devenue officielle dès le 17 juillet 2013, le lendemain du vote à la Chambre, après l'assentiment royal de la reine Elizabeth II.

Les homosexuels écossais, dont le pays n'a légalisé que le 4 février 2014 le mariage gay, ils devront attendre l'automne pour se dire "oui". 

Pas de mariage pour l'Eglise anglicane

Paradoxe anglais, l'Eglise anglicane est exclue du champ d'application de la loi. Une manière pour le législateur britannique de ménager les susceptibilités de cette religion d'Etat en Angleterre.

Si un rapport, fin 2013, montrait des signes d'ouverture de l'Eglise anglicane, évoquant la possibilité d'accorder aux prêtres la liberté de célébrer des unions homosexuelles, plusieurs évêques ont réaffirmé le mois dernier, par communiqué, leurs réticences à l’encontre de bénédictions de couples homosexuels. Récemment, la future union d'un prêtre "rebelle", Andrew Cain, avec son conjoint a fait scandale au sein de ce culte, rapporte The Telegraph.

Les autres confessions non soumises à la tutelle étatique gardent leur libre arbitre: elles peuvent, si elles le souhaitent, célébrer des unions homosexuelles. Le gouvernement britannique a précisé "qu'aucune organisation religieuse ne sera contrainte de célébrer des mariages de couples de même sexe". Comme les anglicans, catholiques et musulmans, sont totalement opposés au mariage entre personnes du même sexe. Par contre, les Quakers, représentants les plus libéraux du christianisme, n'y sont pas hostiles.

Royaume-Uni, pays progressiste

Le Royaume-Uni ou, à tout le moins l'Angleterre et le Pays de Galles, plus progressistes que l'Ecosse ou l'Irlande du nord, est un pays extrêmement en pointe sur les droits LGBT depuis une quinzaine d'année. L'equality act de 2010 consacrait d'ailleurs la parfaite égalité entre homo et hétéro en matière de droits.

De fait, l'Union civile instaurée en 2005 accorde déjà des droits en tous points identiques à ceux du mariage. Le pays reconnaît aux gays le droit à l'adoption conjointe depuis 2002, la PMA depuis 2009, et même la procréation pour autrui qui ouvre la filiation aux couples homosexuels masculins.

Cette gestation pour autrui est possible sur indication médicale. La mère porteuse a six semaines pour se rétracter après son accouchement. Au bout de ce délai, le couple, qui doit résider dans le pays, demande à être enregistré comme les parents légaux. L’acte de naissance est alors modifié.

En matière d'égalité sexuelle et de droits dits LGBT (lesbiennes, gays, bi et transsexuels), le continent apparait très divisé entre pays conservateurs et pays égalitaristes.

La France révolutionnaire puis conservatrice

Par rapport à de nombreux pays du continent européen et jusqu'à la légalisation du mariage gay en mai dernier, la France se classait, depuis plusieurs années, parmi les pays les plus rétrogrades pour les droits LGBT. Un paradoxe, lorsqu'on se souvient qu'elle fut le premier pays du monde à décriminaliser – et donc à autoriser – l'homosexualité dès 1791.

Pour ne prendre que les principaux pays d'Europe, cette décriminalisation est intervenue en 1889 en Italie, mais seulement en 1933 au Danemark, en 1944 en Suède, en 1967 en Angleterre, en 1969 en Allemagne, en 1979 en Espagne et en 1982 au Portugal.

Mais après le report de la loi sur la famille, la France renoue avec un certain conservatisme. La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, reconnait ainsi que la possibilité de recourir à la PMA pour les couples de femmes "ne se fera pas dans l'immédiat", mais dans quelques années…

L'Italie, pays le plus rétrograde

Cependant, comparé à l'Italie, la France est un pays progressiste concernant l'homosexualité. Dans ce pays, le fonctionnement de son régime parlementaire ainsi que les très fortes pressions exercées par l’Eglise catholique n’ont jamais permis de réunir une majorité législative favorable aux grandes revendications des militants LGBT.

Sans même parler de mariage, d’adoption d'assistance médicale à la procréation ou de gestation pour autrui, même l’union civile n’existe pas en Italie malgré les résolutions en ce sens votées par de nombreuses régions: Toscane, Ombrie, Emilie-Romagne, Latium, Campanie…

L'Allemagne ambivalente

L’Allemagne est, au regard des droit LGBT, un pays ambivalent. Fortement marquée par l’influence des églises dans la vie publique, la république fédérale n’a décriminalisé les relations homosexuelles qu’en 1968. Mais depuis, la société allemande a été marquée par un important militantisme en faveur de l’abolition des discriminations concernant l’orientation sexuelle.

Pourtant, ni la PMA pour les couples lesbiens, ni l'adoption conjointe, ni même le mariage homosexuel ne sont autorisée en république fédérale, en dépit de la position favorable des socio-démocrates et des pressions d’une partie de l’opinion publique. Seule l'adoption par l'autre partenaire de l'union civile de l'enfant génétique de son conjoint est possible.

Portugal: un pas en avant, un autre en arrière

Au Portugal, le mariage gay a été légalisé en juin 2010. En février 2012, le Bloco de Esquerda (Extrême gauche), soutenu par le PEV, le parti des Verts, avait déposé un projet de loi visant à mettre fin à cette situation curieuse du Portugal qui est le seul pays de l'Union européenne ayant autorisé le mariage gay sans prévoir la possibilité qu’ils aient des enfants.

Mais finalement, le texte n'a pas été adopté. En outre, les promoteurs de cette loi n'ont pas proposé la légalisation de la procréation médicalement assistée. Des restrictions d'autant plus singulières que la constitution portugaise interdit explicitement la discrimination du fait de l’orientation sexuelle.

L'Espagne, les Pays-Bas et la Belgique, pays très libéraux

En Espagne, le mariage homosexuel est légalisé depuis 2005. Quant à la procréation médicalement assistée, elle est également légalisée pour toutes les femmes quelles que soient leurs préférences sexuelles.

La Belgique a également une législation très avancée: les couples gays peuvent se marier depuis 2003, adopter des enfants depuis 2006 et les homosexuelles peuvent avoir recours à la procréation artificielle. C'est l'autre pays d'accueil pour les Françaises lesbiennes souhaitant avoir un enfant par procréation médicalement assistée.

Enfin, il faut rappeler que les Pays-Bas sont le premier pays du monde à avoir légalisé, en 2001, le mariage gay.
Ce rapide tour d'Europe montre que les droits homosexuels divisent les pays européens suivant des lignes de fracture inédites. Au sud, le progressisme ibérique contraste avec le conservatisme italien ou grec

En Scandinavie, les législations très favorables aux gays n'empêchent pas la Finlande de ne toujours pas reconnaître le mariage homo.




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