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L’Europe confrontée à la vague du populisme

lundi, 31 mars, 2014 - 14:11

La percée du Front National aux élections municipales donne un avant goût de ce que sera sans doute sa performance aux élections européennes du 25 mai. Dans un grand nombre de pays européens, les partis populistes ont également le vent en poupe. Tour d’Europe des formations nationalistes, eurosceptiques, voire xénophobes. 

 

Chronique sur RFI : La vague populiste 

 

Le Front national a le vent en poupe. On vient de le voir aux élections municipales. Mais – sauf grande surprise – le parti de Marine Le Pen devrait réaliser des scores beaucoup plus spectaculaires aux élections européennes du 25 mai prochain.  Le Front est en effet crédité de 20 à 24% des voix dans les sondages et pourrait même terminer le scrutin européen comme premier parti de France.

10, 15, voire 20% et plus dans les sondages

Et le front national est très loin d’être isolé. Dans près de la moitié des pays de l’Union européenne existent des formations comparables qui dépassent allègrement les 10, voire les 20% dans les sondages et dont certaines sont déjà bien représentées au niveau national (députés ou sénateurs) ou local.

Entre tous ces partis, il existe des différences idéologiques profondes. Mais tous ont bâti leurs succès électoraux sur promesses démagogiques que l’on résume sous le terme « populisme » : une bonne dose de nationalisme, une autre de dénonciation des partis traditionnels de gauche comme de droite, une bonne rasade de xénophobie, une pincée de dénonciation des élites corrompue…

Suivant les pays, les proportions de ces ingrédients varient, mais toutes les formations s’efforcent  de mettre en avant des solutions simples, sinon simpliste, à des problèmes quotidiens auxquels de très nombreux Européens sont confrontés du fait de la crise économique : arrêt de l’immigration, non à l’Europe et à l'euro, non à la mondialisation, protectionnisme…

De l’eurosceptique au néo-nazi

Cela étant dit, il y a une évidente gradation dans le radicalisme des discours et des programmes. Malgré ses propositions chocs visant à sauver une nation en déroute, Marine Le Pen a soin de ne pas heurter de front la doxa démocratique et humaniste. Ce que ne fit pas toujours son propre père et ce qui n’est absolument pas le cas de certains mouvements ouvertement xénophobes, violents, voire quasiment néonazis comme le « Jobbik » en Hongrie ou « Aube Dorée » en Grèce.

A la demande de la chaine TV Arte, Myeurop a d’ailleurs établi un indice de dangerosité concernant ces partis populistes. Un indice combinant la mesure du degré d’extrémisme (xénophobie, antisémistisme, violence…), celle de l’implantation locale et nationale et de l’influence sur les autres partis ou les politiques mises en œuvre et, enfin, l’évaluation de la capacité a exercer plus ou moins rapidement le pouvoir.

Danger maximum en Autriche, Hongrie, Grèce

A l’aune de ces divers critères, c'est le "Parti de la liberté" (FPÖ) autrichien, le « Jobbik » hongrois, le mouvement « Aube Dorée » Grec et le « N-VA belge » qui apparaissent comme les plus dangereux.

En Autriche, le FPÖ, naguère dirigé par Jörg Haider, est le parti populiste le plus puissant, le plus radical et le mieux implanté d'Europe occidentale. Xénophobe, islamophobe et très anti-européen, il a une influence importante dans ce pays.

En Hongrie, le Jobbik est encore plus populiste et plus à droite que le Fidesz, le parti au pouvoir du premier ministre Viktor Orbán dont l’action est pourtant jugée souvent anti-démocratique. Le Jobbik est ultranationaliste, xénophobe, antisémite, et extrêmement violent à l'égard des minorités Roms.

En Grèce, l'Aube dorée, est un parti néo-nazi, xénophobe, antisémite, islamophobe, violent. Il est qualifié d'organisation criminelle par la justice et ses députés ont été inculpés pour avoir incité à des agressions à l'encontre d'étrangers.

Le plus écoûté ou le plus extrême

La N-VA est en revanche une formation beaucoup plus modérée. C’est même le seul parti populiste en Europe à ne pas se présenter comme eurosceptique. En réalité, il est surtout le fer de lance de l'indépendance flamande et s’affiche libéral sur le plan économique. Mais avec près de 18% aux dernières législatives belges, il pèse lourd sur la vie politique du plat pays. C'est ce poids électoral et la menace immédiate qu’il fait peser sur l’avenir de la Belgique qui donne au N-VA tout son caractère dangereux.

Comparativement, les critères retenus par Myeurop, font du « Parti pour la liberté » (PW) de Geert Wilders, le parti populiste néerlandais, une formation un peu moins dangereuse que le N-VA alors que le PW, a maints égards (europhobie, islamophobie) est beaucoup plus extrémiste. Mais le parti de Geert Wilders est en perte de vitesse, les récentes diatribes du leader contre les Marocains qui envahiraient les Pays-Bas ayant provoqué une levée de boucliers.

"A bas les pourris !"

Assurément moins dangereux que les précédents, le mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo en Italie doit être résolument classé parmi les partis populistes. Car son cheval de bataille est la dénonciation de l'ensemble de la classe politique, aussi corrompue selon Grillo qu’elle est éloignée des préoccupations des Italiens. 5 étoiles est également eurosceptique et use très souvent d’une forte démagogie anti-immigration.

Ce qui n’a pas empêché le mouvement de réunir l’an dernier 26% aux élections législatives et de demeurer actuellement très populaire. Reste que son implantation locale est fragile et il ne peut être considéré comme un véritable parti, sa structure d’accueil consistant essentiellement en un site internet fédérant les diverses phobies des "grillini".

L’Europe ? Non, merci

D’autres formations, à l’instar du Front national, ont adopté une posture modérée qui leur permet de s’insérer tout à fait naturellement dans le débat démocratique du pays. Au Royaume-Uni, l'Ukip, le Parti de l'indépendance de Nigel Farage est pour l’essentiel très anti-européen – ce qui passe très bien outre-Manche. Et s’il préconise un contrôle beaucoup plus strict de l’immigration, il évite absolument tout propos à caractère xénophobe.

Enfin «  Alternative pour l'Allemagne » de Bernd Lücke n’est pas moins modéré en axant son combat sur la sortie de l’euro et, plus généralement, sur un euroscepticisme teinté de souverainisme et anti-euroBien qu’issu des rangs conservateurs, le parti se proclame " anti-establishment", ce qui lui vaut d’être classé dans la catégorie populiste.

Un grand nombre de ces formations se voient promettre par les instituts de sondage des scores élevés aux Européennes. En Angleterre et en France, le FN et l'Ukip pourraient même arriver en tête arriver en tête de ces élections. Ainsi, un quart, voire plus, des futurs eurodéputés Français et Britanniques seront fondamentalement opposés à l'Union européenne. Ce qui ne présage rien de bon pour l'Union…
 


 




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