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« Dur » et « ambitieux »: Valls vu par les Européens

mardi, 1 avril, 2014 - 10:07

Manuel Valls a été nommé par François Hollande à la tête du gouvernement. La presse européenne dresse un portrait sans concession de cet "ambitieux" à "la droite de la gauche". Extraits.

Vive la République et vive l'Espagne"

El Mundo se lâche, ce matin, au lendemain de la nomination de Manuel Valls comme premier ministre. Le quotidien de centre droite s'amuse des origines hispaniques du nouveau chef du gouvernement, qui ne sont pas sans rappeler la récente victoire de l'"andalouse" Anne Hidalgo: "Nous détestons nos politiques en Espagne, mais (…) ils plaisent à l'étranger".

Même réaction du côté du journal catalan La Vanguardia, qui présente Manuel Valls comme "un premier ministre français de Barcelone, fan du barça, qui parle catalan avec la même fluidité que le castillan (…) et qui entretient depuis des années une bonne relation avec le leader du PSC, Pere Navarro."

"Droitisation"

Pour autant, cet élan quasi-patriotique ne fait pas perdre leur sens critique aux éditorialistes espagnols: "la principale erreur du président français est d'avoir abjuré le socialisme en opérant un tournant libéral pour le bénéfice de l'UMP (…) les Français préfèrent l'original à la copie (…) la désignation de Valls pour diriger le nouveau gouvernement ne peut s'interpréter autrement que comme une droitisation du nouveau gouvernement", analyse Juan Manuel Bellver dans les colonnes del Mundo, rappelant au passage que Manuel Valls fut le défenseur de la politique d'expulsion des Roms.

"Valls, personnage peu aimé dans les rangs du socialisme français est cependant un ministre populaire dans l'opinion publique" poursuit le journalisteLe président Hollande a préféré, plutôt que de satisfaire ses électeurs, "marcher sur les plates-bandes de l'alliance des conservateurs de l'UMP et des centristes de l'UDI et du MODEM."

El Pais met l'accent sur cette image droitière du nouveau chef du gouvernement:

Hollande place un dur au sommet du gouvernement après l'échec électoral".

Le quotidien de centre gauche poursuit: "Le président sait bien que (cette nomination) irritera l'aile gauche du parti socialiste, les Verts et ses alliés occasionnels du Front de gauche, étant donné que le politique barcelonais (…) représente l'aile la plus conservatrice du parti (…)". Pour le journaliste Miguel Mora, Manuel Valls s'est en effet fabriqué une "image d'homme superactif, providentiel et volontariste -le style patenté de Sarkozy…".

Italie: un Matteo Renzi français?

L'orientation droitière: c'est aussi la ligne retenue par La repubblica: 

Le nouveau premier ministre français Valls est un homme qui suscite de fortes passions, aimé et haï, comparé par de nombreux commentateurs à Matteo Renzi pour son l'attitude directe (…) dans le passé, Valls a été défini comme "blairiste" et comparé à Clinton, en ce qu'il est désireux de "réconcilier la gauche avec la pensée libérale",

analyse le journal italien, qui rappelle aussi la controverse suscitée par sa gestion de l'affaire Leonarda, et son "combat" contre le comédien antisémite Dieudonné. La Stampa, quotidien de Turin, rappelle cette ancienne "règle de la Ve République: quand les choses vont bien, c'est sur le Président que ça retombe, quand elles vont mal c'est la faute du premier ministre"…

"Audace" et "risque"

Alors que le Zeitung titre sur "Valls, un dur pour la revanche du socialisme", le Sueddeutsche Zeitung regrette l'arrivée d'un homme "dénué d'esprit d'équipe", et considère que "les effets (du remaniement) ne pourront pas faire long feu".

De son côté, le quotidien conservateur Die Welt évoque une "décision audacieuse de la part d'Hollande, parce que le ministre ambitieux et relativement populaire pourrait devenir son rival. Il fait, en quelque sorte, ce que Jacques Chirac n'a jamais osé". Une décision audacieuse, mais risquée donc.

"L'ancien ministre de l'Intérieur Manuel Valls est en effet de loin le ministre le plus populaire du gouvernement Ayrault, mais en même temps il est controversé dans ses propres rangs, pour ses positions "à droite". Comme ministre de l'Intérieur, (…) il s'est affiché en élève docile Sarkozy (…) contre la sensibilité de son propre camp." 

François Hollande consacre la victoire de la droite avec cette nomination",

conclut le quotidien.

Accents blairiens?

Un choix risqué, c'est aussi l'analyse qui semble dominer dans la presse britannique, à commencer par The Independent (centre gauche):

Le choix est risqué. Les électeurs de l'aile gauche n'ont pas voté dimanche, en partie parce qu'ils étaient furieux que M. Hollande opère un tournant radical à droite dans la politique économique, en janvier. En choisissant M. Valls, issu de l'aile droite du parti socialiste, M. Hollande a signalé qu'il n'y aurait pas de marche arrière".

The Guardian évoque la proximité de Valls avec Blair ("moule blairien"), et rappelle qu'il y a deux ans à peine, The Economist l'avait qualifié de Sarkozy socialiste…

Quant à la Libre Belgique, son titre en jeu de mot "Manuel Valls, une carrière en ligne droite" met aussi l'accent sur l'orientation à droite du nouveau premier ministre, qui n'est décidément pas "le meilleur ami de François Hollande".




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