Connexion

Syndicate content

Un « Bienvenue chez les Ch’tis » ibérique triomphe en Espagne

mercredi, 2 avril, 2014 - 12:02

La comédie 8 apellidos vascos, qui s'amuse des clichés nord-sud, affole le box-office espagnol. Un Bienvenue chez les Ch’tis version ibérique? Bons sentiments, succession de gags, esprit familial...: les deux films déclinent la même (lucrative) recette.

Le cinéma espagnol se porte mal. Et pourtant… Malgré l’augmentation de la TVA culturelle (passée à 21%), la crise économique, la baisse d’affluence dans les salles et l’indifférence (voire le mépris) des spectateurs envers le cinéma espagnol, 8 apellidos vascos (8 noms de famille basques), bat tous les records. En un peu plus de deux semaines, il cumule déjà plus de 2 millions d'entrées et 11 millions d’euros de recette.

Meilleur démarrage au box-office espagnol depuis The Impossible (2012), la nouvelle comédie d’Emilio Martínez-Lázaro triomphe dans toute la péninsule ibérique et surtout au pays basque.

C'est dans cette région que se rend le protagoniste andalou Rafa (Dani Rovira) dans le but de conquérir la basque Amaia (Clara Lago). Un voyage du sud au nord du pays qui n’est pas sans rappeler celui de Philippe (Kad Merad) dans le film de Dany Boon. Ce dernier avait fait rire, en 2008, plus de 20 millions de téléspectateurs français. 
 

 

Deux films, une même recette

  • Jouer la carte des clichés nord/sud

Exagérer les spécificités de chaque région et les réunir dans un même cadre (de préférence, le moins ensoleillé) semble bien être la garantie d'une salle hilare. Sans doute parce que ces stéréotypes tirent les bonnes ficelles. Les clivages nord-sud, ou même centre-périphérie (capitale-province) existent en France comme en Espagne, et dans la plupart des pays européens.

En rire, c'est s'amuser d'une opposition culturelle suffisamment marquée pour créer des décalages, donc du rire, mais dont l'enjeu reste suffisamment faible pour sembler inoffensif: pas de racisme, pas de stigmatisation sociale (a priori!), tout le monde en prend pour son grade. Moquez-vous, c'est permis!

Dans 8 apellidos vascos, le peuple andalou ressemble non pas aux sudistes français, comme on pourrait s'y attendre, mais plutôt aux ch’tis. Tous deux sont représentés avec un humour potache, une étiquette de fainéant, un caractère hospitalier et chaleureux sans oublier, bien-sûr, un accent atypique.

Quant au Basque, difficile de lui trouver un équivalent régional français: il apparaît en une personne bourrue, gloutonne, qui parle une langue incompréhensible et se distingue par une absence absolue de style vestimentaire.

Quelque soient les stéréotypes régionaux en vigueur d'un côté comme de l'autre des Pyrénées, les deux longs métrages les poussent à l’extrême et s’en servent pour surmonter les barrières culturelles. Une recette gagnante.

  • Happy end et bons sentiments

Dans les deux films, outre les blagues faciles, la réconciliation finale des deux régions attendrit le spectateur. Après des débuts chaotiques et des confrontations initiales, les (bonnes) relations des protagonistes apportent à ces comédies potaches une touche de sentimentalisme attendue: Kad Merad et Dany Boon deviennent amis; les deux jeunes tourtereaux espagnols débutent une relation amoureuse.

Le happy-end des deux comédies se veut simpliste et idéaliste: sans pour autant renoncer à ses racines, il est possible de cohabiter et d’apprécier son voisin.

  • Mémé et bébé

Côté public, les deux films ratissent large: jeunes et anciens peuvent se retrouver dans les salles et profiter ensemble de ces comédies transgénérationnelles. Les seconds rôles, et notamment les parents des protagonistes, amusent tout autant que leurs descendants. Utilisés pour justifier les cultures actuelles, les aïeuls enracinent l’hostilité envers la région opposée, voire ennemie, en début de narration.

En France, on se souvient de Michel Galabru et Line Renaud en défenseurs de leurs racines dans le film de Dany Boon. Du côté espagnol, nous retrouvons ces rôles avec le père basque d’Amaia (Karra Elejalde) que le jeune andalou devra séduire en se faisant passer pour basque pure souche ayant, comme le titre l’indique, 8 ancêtres basques.

L’actrice Carmen Machi interprète quant à elle une veuve originaire d’Estrémadure, installée au pays basque depuis des années, qui se fera passer pour la mère de Rafa et l’aidera dans sa conquête de la famille basque.
 

 

Oser (ou pas) le contexte politique

Il existe cependant une grande différence entre ces deux comédies. Alors que le long métrage de Dany Boon se contentait de refléter les différences culturelles et linguistiques, le film d’Emilio Martínez-Lázaro est confronté à des sujets bien plus délicats: le terrorisme d’ETA, l’indépendantisme basque ou encore la monarchie.

Ces thèmes sont traités avec habileté, intelligence et beaucoup d’humour. Les spectateurs s’amusent ainsi d’une scène de manifestation indépendantiste basque durant laquelle le jeune andalou, se faisant passer pour l’un des leurs, entonne un chant typique sévillan duquel il adapte les paroles, sous l’œil inquiet du père de sa dulcinée.

Un humour qui ne choque pas les Espagnols, et un pari gagné pour le film qui apaise les blessures parfois encore vives du terrorisme basque. Pour l’acteur Karra Elejalde,

Ce sont des thèmes qui se soignent par le rire. Il est sain, pédagogique et très positif de rire de ce mal, de nous-mêmes."

Le réalisateur Martínez-Lázaro relativise toutefois ce pouvoir du rire:

Si ETA tuait encore, ce film ne se serait pas fait."

Le succès, et après?

Les droits du film de Dany Boon ont été rachetés par Will Smith dès 2008 et une version italitenne, Benvenuti al Sud, est même sortie en 2010. Avant même ces adaptations, les Ch’tis ont remporté un vrai succès à l’étranger et notamment en Espagne, où le film a attiré plus d’un demi million de spectateurs.

Interrogé sur une possible commercialisation du film à l’étranger, Borja Cobeaga, un des scénaristes de 8 apellidos vascos, répondait il y a quelques jours:

Nous n’avons pas encore vraiment parlé du sujet. Il est vrai qu’il y a eu des films locaux comme le français Bienvenue chez les Ch’tis qui ont bien fonctionné dans d’autres pays que le leur. Mais dans 8 apellidos vascos il y a beaucoup de références régionales."

La sortie du film espagnol en France reste donc encore auréolée de mystère, mais les auteurs du film se penchent sur une autre manière de prolonger leur succès: un deuxième volet de la comédie serait déjà en préparation.




Pays