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Malgré la jeunesse, la Hongrie reconduit le populiste Orbán

jeudi, 3 avril, 2014 - 14:35

Le premier ministre Viktor Orbán est sorti vainqueur des élections législatives en Hongrie. MyEurop est allé à la rencontre d'une jeunesse hongroise qui espérait tourner la page, en votant pour la coalition anti-Orbán ou pour le jeune parti écolo, voire pour l'extrême droite du Jobbik.

Pas de suspense en Hongrie. Le parti du premier ministre sortant Viktor Orbán, le Fidesz, a largement remporté les élections législatives de ce dimanche 6 avril, avec près de 44% des voix. Soit 133 sièges sur 199 au parlement: tout juste la majorité des deux tiers.

Avant les élections, Myeurop est allé rencontrer les jeunes électeurs magyars, à l'heure du bilan, vis-à-vis de celui qui a réformé de fond en comble la Hongrie, majorité des 2/3 à l'appui. Et l'heure du choix.

Le camp des indécis semble alors le plus fourni. Ils seraient 900.000. Même les plus politisés, éduqués, concernés par l’avenir de leur pays, sont alors tiraillés entre plusieurs options et l’envie de voter utile. Voici d'abord les principaux choix qui s'offraient à eux, dans l'ordre de popularité donné par les sondages.

Quel choix pour les Hongrois ?

  1. Le Fidesz-KDNP, de Viktor Orbán
    Conservateur et inclassifiable, Viktor Orbán a opéré un retour en force en 2010 après 8 ans de gouvernement libéral-socialiste. Son dernier coup de maître électoral : une réduction de 30% en un an des factures des foyers sur le gaz, l’électricité et le chauffage

  2. Une large coalition anti-Orbán
    Elle est menée par le leader du parti socialiste, Attila Mesterházy. Premier point de son programme? Se débarrasser de Orban. On compte dans ses rangs hétérogènes le parti socialiste (MSZP) ; le PM – une fraction sécessionniste du parti vert LMP ; un parti libéral, Együtt 2014 (autour de l’ancien premier ministre en 2009-2010 Gordon Bajnai) et DK, le parti de l’ancien premier ministre socialiste entre 2004 et 2009, Ferenc Gyurcsány.

  3. Le Jobbik, l'extrême droite
    Radical, nationaliste, le jeune parti d’extrême droite qui dénonce à loisir la "criminalité tsigane" ou les intérêts étrangers masqués (notamment "sionistes") a capitalisé sur les affaires de corruption qui ont entaché le pouvoir Orbánien. Fort de ses 17%, il s’est imposé en 2010 comme la 3ème force politique au parlement, juste derrière le groupe socialiste.

  4. LMP, le parti vert
    Écologiste, sceptique envers le grand capital et refusant toute compromission. "Une autre politique est possible" avait réuni plus de 7% des suffrages en 2010, à la surprise générale. Ce parti a subi une scission en 2013, lorsque huit de ses 16 députés ont rejoint la grande coalition anti-Orbán.

  5. Les petits partis (fictifs?)
    Une myriade de petits partis plus ou moins sincères, insignifiants, voire fictifs, accusés pour certains d’avoir été créés pour mieux diviser l’opposition.

Précisons que les règles du jeu électoral ont également été réformées par le gouvernement de Viktor Orbán. Le nombre de députés au parlement sera pour la première fois limité à 199, l’élection ne comprendra plus qu’un seul tour ; mais elle implique toujours deux voix : une pour un mandat sur liste nationale et une deuxième voix pour un député représentant la circonscription de l’électeur. Les circonscriptions ont également été largement redécoupées.

Les Verts et l'extrême droite tentent la jeunesse

Chez les jeunes électeurs, deux partis tirent leur épingle du jeu: LMP (Verts) et Jobbik (extrême droite), très populaire chez les jeunes. L’un comme l’autre sont nés dans les années 2000 et rassemblent les plus jeunes députés de l’Assemblée hongroise. Ils ont connu leur heure de gloire en 2010 et proposent un changement radical (d’une nature parfaitement divergente), se rejoignant même sur leur intransigeance envers la corruption.

Le LMP qu’on croyait perdu après sa scission en 2013, pourrait donc bien être à nouveau présent au parlement, dépassant le seuil des 5% des suffrages. Nombreux sont les jeunes indécis à être tentés par le vote LMP. Comme ce journaliste "ni certain, ni convaincu", qui avait voté LMP en 2010:

Je voudrais voter pour Bajnai (leader du Ensemble 2014, membre de la grande coalition anti-Orbán, ndlr) mais je ne veux pas voter pour le MSZP (autre membre de la coalition) , et puis le gouvernement sera réélu.

Donc ça importe peu le nombre de sièges que la grande coalition MSZP/DK/Együtt/PM peut conquérir… Le nouveau LMP n’arrive pas à me convaincre mais je trouve son dirigeant András Schiffer sympathique, c’est un bon avocat, il sait débattre".

Levente, 27 ans, jeune entrepreneur, hésite entre le vote nul et LMP, "le moindre mal". Mais il ne votera pas pour "ces vieilles figures qui n’ont plus aucune crédibilité" et qui constituent la grande coalition.

"Ceux qui ont volé le pays et les criminels courent toujours"

Pour Rajmund, 27 ans, ça sera Jobbik comme en 2010:

Le leader du Jobbik Gábor Vona m’est le plus sympathique, je ne regrette absolument pas de leur avoir permis de percer sur le grand échiquier politique hongrois. Ils s'adressent à tout le monde et ont remis le gouvernement d’Orbán à sa place. Ce gouvernement a baissé les charges, certes, mais entre temps il a augmenté la TVA à 27% et introduit l’impôt à taux unique.

Le pire avec Orbán, c’est qu'il n'a pas utilisé son écrasante majorité pour le bien de ses compatriotes mais pour celui de sa clique en leur remettant des concessions de tabac ou des hectares de terre. Il y a bien eu une ou deux mesures positives comme la nationalité accordées aux Hongrois hors frontières ou le rapprochement avec la Russie, mais pendant ce temps là, ceux qui ont volé le pays et les criminels courent toujours."

Fasciste le Jobbik ? Rajmund s’en défend: "Nous soutenons toutes les personnes constructives, pas celles qui détruisent le pays".

"Dérive oligarchique du pouvoir"

Pour Ludovic, qui a longtemps hésité, c’est finalement le LMP qui l’a emporté. Ce franco-hongrois de 28 ans, qui navigue entre Tours et Budapest pour sa thèse de géographie, vote pour la première fois depuis qu’il a obtenu la nationalité magyare et le droit de vote, une mesure facilitée par Viktor Orbán. Hongrois de l’étranger sans résidence, Ludovic n’a pu voter que pour une liste nationale:

J’ai longtemps hésité avec la coalition MSZP-Bajnai. Sur des questions idéologiques, je suis plutôt socialiste, mais le contexte hongrois est particulier. Par les temps qui courent, avec une réélection quasi acquise d'Orbán, l'enjeu porte davantage sur les questions démocratiques. Là-dessus, le discours du LMP est plus audible et plus crédible. Orbán laisse partir toute la jeunesse hongroise à l'étranger, il est incapable de lui donner de réelles perspectives sur place.

On s'est pas mal excité en France sur les dérives autoritaires du régime, mais à mon avis c'est l'arbre qui cache la forêt. Ce qui fait le plus de mal à la Hongrie, c'est surtout la dérive oligarchique du pouvoir. J'espère que l'Assemblée qui sortira des urnes sera plus équilibrée, pour que l'opposition puisse mieux jouer son rôle".

Vote utile contre Orbán

Csilla, elle, a fait un choix de raison. Le Fidesz n’est en aucun cas une option pour cette photographe:

Mon bulletin ira à la grande coalition. C'est le seul choix rationnel que me laisse la nouvelle loi électorale et son système majoritaire à un tour: je veux éviter l'éparpillement des voix. Mais c'est une décision qui me coûte car pour moi le parti socialiste ne devrait pas en faire partie.

Les membres de Együtt 2014-PM sont des hommes et des femmes honnêtes et de bonne volonté, qui pensent au futur. C'est une double contrainte pour eux que de coopérer avec les socialistes (MSZP et DK). Le gouvernement d’Orbán est anti-démocratique et manque de professionnalisme".

C’est pour le Fidesz, parti du premier ministre sortant, que Bence, 24 ans, installé à Szeged après ses études en France, glissera son bulletin dimanche:

Le Fidesz a réussi à donner l’espoir aux Hongrois. Si le gouvernement a commis des erreurs, son bilan est nettement positif. En 2010, le vote Fidesz relevait de l’évidence puisque la coalition des socialistes et des libéraux avait en 8 ans mené la Hongrie au bord de la faillite. La Hongrie est entrée progressivement, à partir de 2006, dans une crise économique, politique et sociale. Le gouvernement, sur lequel pesaient également de lourds scandales de corruption, partait dans tous les sens, sans avoir établi une ligne politique claire. Les tensions sociales ont augmenté et l’extrême droite avec.

Dans une situation d’extrême difficulté économique et sociale, le gouvernement d’Orbán a mené une politique extraordinaire: imposer les banques et les plus grandes entreprises multinationales au lieu d’augmenter les charges de la population ; refuser un nouvel emprunt du FMI malgré la pression internationale ; baisser les prix de l’énergie de 26% en moins d’un an et demi… Et ce ne sont que quelques exemples. Aucune force politique n’a jamais réussi à procéder ainsi en Hongrie. Le génie de Viktor Orbán réside dans son originalité et dans son courage.

Génie ou pas, c’est sans doute Bence qui aura dimanche le mot de la fin.




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