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Manuel Valls et Matteo Renzi, des frères jumeaux ?

mercredi, 9 avril, 2014 - 14:43

Manuel Valls et Matteo Renzi, même combat ? Question légitime au regard des ressemblances entre les programmes de gouvernement présentés hier par les deux hommes qui espèrent faire redémarrer les moteurs en France et en Italie.

A Paris, Manuel Valls veut "procurer 500 euros par an de salaire net supplémentaire" aux salariés concernés, qui touchent le salaire minimum. "Ce gain sera dégressif entre le Smic et 1,3 fois le Smic", soit 1880 euros. A Rome, Matteo Renzi rabote les charges salariales pour augmenter de 80 euros la feuille de paie mensuelle des salariés percevant moins de 25.000 euros brut par an. A cette première mesure commune, s’ajoute une volonté affichée à Matignon comme au palais Chigi de baisser la fiscalité des entreprises pour relancer la croissance et favoriser l'emploi.

Valls fait du Renzi ?

En France, cela s’appelle un "pacte de responsabilité", en Italie cela n’a pas de véritable nom mais ça y ressemble bien. Les deux programmes présentés mardi d’un coté et de l’autre des Alpes affichent de nombreux points communs, tant sur l’économie que sur la réforme en profondeur d’un système jugé trop lourd et donc coûteux.

Quelques exemples? L’abolition des provinces, l'équivalent des départements français, adoptée en Italie la semaine dernière, sur le fil du rasoir il est vrai, par les deux chambres. Bien que plus long à la détente, Manuel Valls a, lui aussi, inscrit ce projet sur ses tablettes. Il veut supprimer les conseils départementaux, autrement dit les départements, à l'horizon 2021, et réduire de moitié du nombre de régions françaises d'ici au 1er janvier 2017.

Pour relancer l'économie, les recettes sont également les mêmes: l’aide aux ménages pour favoriser la consommation, ou la baisse des dépenses publiques pour réinjecter le produit de ces économies dans des secteurs clefs. En fait, l’idée principale commune est de relancer la croissance et de pousser Bruxelles à soutenir cet objectif en modifiant notamment le fameux critère de Maastricht imposant un déficit public annuel inférieur à 3% du PIB.

Chacun à son ryhtme: Valls au trot, Renzi au galop

Sur la forme en revanche, les deux nouveaux hommes forts français et italien divergent: Matteo Renzi veut agir au plus vite quand Manuel Valls décide de se donner du temps. A l’origine de ces deux méthodes distinctes, des systèmes politiques différents qui laissent une marge de manœuvre plus importante au premier ministre français. En Italie, l’instabilité est inscrite dans l’ADN des exécutifs. S'il veut être efficace, un chef de gouvernement dont le temps est compté, doit agir vite et fort. En France, les premiers ministres valsent, mais pas les présidents de la République. Et François Hollande, au lendemain des municipales, a clairement laissé entendre qu’il ne bouleversera pas son pacte de responsabilité. Au mieux, il pourra envisager à travers son premier ministre quelques ajustements pour éviter de se fâcher un peu plus avec la gauche.

Deux mois après avoir pris le pouvoir en défenestrant son prédécesseur, Matteo Renzi a présenté son premier document officiel de programmation économique et financière. Un plan assaisonné de diminutions des dépenses publiques et ponctué de nouveaux impôts, notamment sur les rentes financières, pour pouvoir, par exemple, financer l’augmentation de salaire de 80 euros à destination des plus modestes. Au risque de mécontenter les hauts fonctionnaires, le gouvernement italien a ainsi imposé un plafond de leurs salaires, qui ne pourront pas dépasser celui du président de la République, c'est-à-dire 239.000 euros par an.

Avec 239.000 euros au lieu de 300.000 et des poussières par an, on peut tout de même vivre confortablement !"

s’est exclamé Matteo Renzi.

Valls comme Renzi suspendus à la reprise de l'emploi

Comme le Français, le Florentin table sur la reprise de l’emploi, alors que le taux de chômage vient d’atteindre en Italie la barre des 13% au niveau national et des 41,6% chez les jeunes. La durée des contrats à terme passe de un à trois ans. Autre nouveauté: les entreprises ne seront plus obligées de signer un contrat à durée indéterminée à leurs apprentis avant de pouvoir en recruter un autre. En revanche, l’introduction du contrat unique d’insertion et du salaire minimum a été repoussée aux calendes grecques.

A Paris, Manuel Valls déclare que la baisse des charges sociales entraînera automatiquement la création de nouveaux postes, une conception critiquée par de nombreux économistes qui, à Paris comme à Rome, estiment que plusieurs années sont nécessaires avant de voir les résultats de cet allégement.

Un front franco-italien face à Bruxelles ?

Au chapitre des privatisations, un dossier ouvert en 2012 par le gouvernement de technocrates de Mario Monti et repris par Enrico Letta, Matteo Renzi a annoncé que l’exécutif compte toucher quelque 12 milliards d’euros d’ici la fin de l’année en se débarrassant d’entreprises clefs. A commencer par la Poste et l’Enav, l’institut national des assistants du transport aérien. A l'inverse, sur d'éventuelles privatisations en France, Manuel Valls n’est pas particulièrement bavard.

A six semaines des élections européennes, la vision dans l'ensemble commune de ces deux gouvernements, qui partagent aussi un autre objectif, bloquer la percée du Front national en France et celle du Mouvement 5étoiles de Beppe Grillo en Italie, pourrait les aider à construire un nouvel axe, notamment face à Bruxelles.




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