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Un « petit pas » allemand vers la double nationalité

vendredi, 11 avril, 2014 - 10:24

Les Turcs résidant en Allemagne devraient bientôt pouvoir obtenir la double nationalité. Mais le texte présenté par Angela Merkel impose de nombreuses restrictions. Pour Tayyib Demiroglu, jeune étudiant turc né en Basse-Saxe, ce "petit pas en avant" reste discriminatoire. Rencontre.

Mardi 8 avril, le gouvernement d’Angela Merkel a annoncé un accord sur un texte de loi ouvrant la voie à la double nationalité, déjà en vigueur dans plusieurs pays voisins. Pourtant, Tayyib Demiroglu est déçu. Cet étudiant en gestion, âgé de 18 ans, est très impliqué dans les questions d’intégration. 

Avec la mise en place d’un gouvernement de coalition, j’avais beaucoup d’espoirs et je me réjouissais de voir enfin un droit à la double nationalité",

explique-t-il. "Mais il est vraiment très dommage que le texte présenté cette semaine impose autant de restrictions".

Accord à minima

Après des semaines de tractations, les sociaux démocrates du SPD et les démocrates chrétiens de la CDU-CSU ont en effet trouvé un accord sur la question. Les premiers avaient fait du droit à la double nationalité une promesse de campagne et réussi à l’imposer dans le contrat de grande coalition, au grand dam des conservateurs. Ces derniers ont donc fait pression pour obtenir un accord a minima.

Le texte approuvé au niveau ministériel (il doit encore être débattu par les députés) prévoit d’accorder la double nationalité à tous les citoyens, nés en Allemagne, de parents étrangers, à condition d’avoir, à l’âge de 21 ans:

  • vécu 8 années en Allemagne.
  • ou avoir été scolarisé durant 6 ans dans le pays.

Jusqu’à présent, seuls les enfants de parents européens se voyaient accorder le droit à la double nationalité. Les autres, notamment d’origine turque ou yougoslave, devaient abandonner l’un de leurs deux passeports.

"Nos parents sont exclus"

La future loi est donc une avancée réelle, mais insuffisante pour Tayyib, qui considère que les conditions imposées par le nouveau texte sont trop restrictives.

Ce droit ne va concerner qu’une minorité",

regrette-t-il.

Nos parents, les immigrés de première et deuxième génération, sont exclus de fait. C’est évidemment injuste et cela créera des différences au sein même des familles".

Le jeune homme (photo ci-dessous) s’est fait connaître en février en adressant une lettre au ministre de l’intérieur, Thomas de Maizière, afin d’exiger un changement de loi sur la nationalité.

Son parcours ressemble à celui de milliers d’autres en Allemagne. Il est né en Basse-Saxe, de deux parents turcs, eux-mêmes enfants de travailleurs dits "invités" par l’Etat allemand (Gastarbeiter) au début des années 1970. Sa famille n’est jamais retournée s’installer en Turquie et aucun de ses parents n’a jamais pu allier les nationalités turques et allemandes, une situation que Tayyib Demiroglu juge "injuste" et "discriminatoire".
Tayyib Demiroglu, 18 ans, est né en Basse-Saxe, de deux parents turcs.

Double culture

Pour ce jeune homme, qui a grandi dans la petite ville de Salzgitter, la classe politique est tout simplement décalée par rapport au monde.

Une partie des hommes politiques allemands ne comprend tout simplement pas que l’on puisse  avoir deux identités. Ils pensent qu’il faut choisir et qu’il ne peut y avoir d’entre-deux. Mais c’est faux surtout dans un monde globalisé. Tout est globalisé et les hommes aussi".

Tayyib Demiroglu se dit fier de sa double culture qui "n’est toutefois ni un avantage ni un inconvénient". Dans sa lettre au ministre de l’intérieur, il demandait en février que l’Allemagne se dote d’un "droit moderne à la double nationalité" qui soit en phase avec le monde moderne. "Nous en avons urgemment besoin. Ce sera le début pour moi d’une culture d'accueil à l'allemande."

Un pas en avant

Tayyib n’est pas le seul à critiquer le texte présenté la semaine dernière. De nombreuses associations notamment turques, ainsi que les Eglises, regrettent les nombreuses conditions exigées et redoutent déjà un casse tête administratif pour les personnes concernées.

Toutefois le jeune homme, qui a obtenu une bourse de la part d’une fondation spécialisée dans les questions d’intégrations, reste positif. Il estime que ce projet de loi est:

un petit pas en avant sur un dossier assez récemment mis en avant".

"Je suis convaincu que nous obtiendrons nos droits en agissant et non en restant passifs", lance-t-il. "Il ne faut plus être observateur et je pense qu’une partie des jeunes issus de l’immigration l’ont compris".

Le jeune étudiant a averti le ministre de l’intérieur: "J’en ai assez" écrivait-il en février. "Si nos demandes ne sont pas entendues ou sont remises à plus tard, nous ferons entendre notre voix. Nous avons trop longtemps seulement observé. Nous avons trop longtemps attendu. Maintenant nous exigeons nos droits!".

Tayyib Demiroglu n’a pas encore reçu de réponse du ministre.




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