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Pour l’IVG les poupées gonflables mobilisées contre Rajoy

lundi, 14 avril, 2014 - 11:01

En Espagne, les artistes se mobilisent contre la réforme du gouvernement Rajoy sur l'IVG. Poupées gonflables devant le ministère de la Justice ou encore fausse vidéo pour un voyage express à Londres. Tous les détournements sont bons pour protester. 

Une cinquantaine de poupées gonflables éparpillées à même le sol. Elles sont toutes soigneusement placées devant le ministère de la Justice, à Madrid. Non, non, le syndicat des propriétaires de sex-shops n'a rien à voir dans cette affaire. Cette action, menée en mars dernier par le groupe d’artistes Luzinterruptus, dénonce la réforme sur l’IVG voulue par le gouvernement Rajoy. Un projet de loi limitant l'avortement pour les femmes espagnoles.

En février dernier, les députés du Congrès avaient déjà voté contre une proposition visant à retirer ce nouveau texte. Les artistes n'avaient d'autres choix que de répliquer à leur manière :

Nous voulions faire quelque chose de visuel. Une action qui pourrait fonctionner sur le net tout en posant une réflexion sur les droits des femmes. D'où les poupées à moitiés gonflées, la bouche scellée. Cette loi fait de la femme espagnole un objet incapable de décider de son sort. Nos poupées sont à terre car c'est sur la femme espagnole que l'on marche",

confient ces artistes qui préfèrent garder l’anonymat. Nom de code de l'action : Droits pour écraser (Derechos que pisotear).

Les autorités n'y ont vu que du feu. Nous leur avons dit que c’était une séance photo pour un magazine et que l’on dégagerait la voie très vite",

racontent-ils.

Deux heures plus tard la voie est libre et les poupées rangées dans des sacs poubelles.

Si quelqu’un veut les adopter, on les lui envoie sans problème",

confie un membre du collectif, sourire en coin. Luzinterruptus fait des actions un peu partout en Espagne: "Nous gardons les gros coups pour la capitale. On aimerait d'ailleurs bien s'attaquer à la loi bâillon sur la sécurité citoyenne à la fin du mois." 

Un projet controversé

Le texte espagnol prévoit d'autoriser l’avortement uniquement en cas de viol ou de "dommage physique ou psychologique pour la femme". Il dresse également une série d'obstacles limitant l'accès à l'IVG comme disposer de deux certificats d'avis favorables délivrés par des médecins exerçant dans des cabinets différents. Les chirurgiens ne respectant pas la loi seront sanctionnés. Un véritable pas en arrière sur le texte adopté par le gouvernement socialiste en 2010.

Dans tout le pays, les mouvements de contestations se multiplient. Yolanda Domínguez, une artiste engagée par le passé auprès de Médecins du Monde, incite,elle, les femmes à inscrire leur corps au Registre foncier :

"Cette loi démontre bien que les femmes sont encore traitées comme des objets. Il suffit de jeter un œil sur les publicités pour s'en convaincre. Puisqu'on nous traite comme des objets, alors nous allons nous enregistrer comme des objets",

racontent-elle.

Le projet, diffusé sur les réseaux sociaux, a réuni plus de 200 femmes dès le premier jour un peu partout dans le pays (Madrid, Barcelone, Bilbao, Séville…). Ces dernières se sont présentées aux différents Registres fonciers de leur ville munies d'un document officiel (voir ci-dessous) :

 

J’ai été surprise de la réaction des fonctionnaires. La plupart ont accepté de tamponner le document. Ce n'est qu'après quelques jours qu'on nous a informé que nos corps ne pouvaient pas être inscrits comme objet, en faisant allusion à la loi sur l’esclavage."

Aujourd'hui, des milliers de femmes ont rejoint le mouvement. Récemment, un autre collectif anonyme a lancé une campagne plus audacieuse. Le groupe se présente comme appartenant à une agence de voyage anglaise, NewLife Travel Agency (voir la vidéo ci-dessous). Il propose aux femmes espagnoles un Happy Tour avec pack avortement vers Londres pour la somme de… 8 000 euros. Une contestation tout en humour.




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