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Pour les européennes, les animaux néerlandais ont leur parti

mercredi, 16 avril, 2014 - 10:24

Les animaux participent aux élections européennes aux Pays-Bas. Le PvdD, premier parti dédié à la cause animale compte doubler le nombre de ses élus. Déjà présent à l'Assemblée et au Sénat néerlandais, le parti veut faire des émules en Europe. Décryptage de ce parti pour lequel Adam et Eve étaient végétariens.

Aux Pays-Bas les partis sont sur les starting-blocks. Chacun y va de son slogan. Même si on s'attend à un taux de participation très faible aux élections européennes (36 % en 2009) cela n'empêche pas les factions politiques d'affuter leurs armes et de se lancer dans une campagne qui ne passionne guère. L'euroscepticisme est au plus haut. Les Néerlandais vont voter pour 36 eurodéputés sur 751, ce qui limite les débordements d'enthousiasme…

Si les mêmes thèmes – emploi, immigration, économie – reviennent comme une antienne dans les programmes des partis traditionnels, certaines formations dénotent. C'est le cas du Parti pour les Animaux (PvdD ) seul parti au monde défendant la cause animale à avoir décroché plusieurs sièges au Parlement et au Sénat. Le PvdD a également deux représentants au Parlement européen. Les sondages les plus récents estiment qu'il pourrait avoir deux élus de plus à l'issue du scrutin européen du 22 mai prochain.

Un réquisitoire contre la politique agricole européenne

Le Parti pour les Animaux se lance dans la campagne avec un programme de 28 pages qui est à la fois un réquisitoire contre la politique européenne actuelle et un plaidoyer pour un changement radical d'agriculture. On y trouve pêle-mêle différents engagements :

  • Pour une meilleure protection des animaux (moins d'expérimentation animale, abolition des courses de chevaux et de chiens, etc.).
  • Pour une agriculture plus saine et une nourriture durable.
  • Pour plus de nature en Europe (favoriser la biodiversité, diminuer le nombre de chasseurs).
  • Pour une gestion plus durable de l'énergie et de l'empreinte écologique.
  • Pour utiliser la crise comme une chance de revoir nos modes de vie et d'opter pour une économie plus verte.
  • Pour une Europe plus juste, transparente et unie, mais sans union fiscale ou monétaire, au Parlement réduit, aux institutions moins coûteuses, etc.

Un programme proche des revendications de certains partis écologistes européens.

Qu'est-ce qui différencie donc le Parti des Animaux du GroenLinks (Gauche verte), le parti écologiste néerlandais? Il faut remonter à 2002 et à la fondation de ce parti pour en saisir l'originalité.

Un parti en réaction à l'immobilisme écologique

L'idée d'un parti pour la défense des animaux a été exprimée pour la première fois en 1992, par Nico Koffeman, qui deviendra sénateur du PvdD. Les fondateurs étaient déçus du peu de place qu'accordait le parti écologiste GroenLinks à la défense des animaux.

Le Parti pour les Animaux se définit comme un "parti de principe" ou de "témoignage", une notion typiquement néerlandaise. Ces groupes politiques – parmi lesquels se comptent aussi le VVD (parti libéral actuellement au gouvernement) ou le SGP (parti protestant ultraconservateur) – s'opposent aux "partis de programmes" qui visent surtout les victoires électorales. Même si, dans la pratique, ils font également campagne pour gagner.

Les ennemis du Parti pour les Animaux le définissent surtout comme le parti "d'une idée unique" (quand ce n'est pas d'une "obsession unique") : la défense des animaux. Pourtant, dès le début, les thèses défendues par le PvdD étaient nettement plus larges.

Entre activisme et marketing

L'explication de ce phénomène est sans doute à chercher dans le mode d'action et de communication du Parti pour les Animaux: un mélange détonnant d'activisme et de marketing.

L’historienne Maartje Janse, dans un article du Volkskrant de janvier 2007, comparait le Parti pour les Animaux à ces mouvements du XIXème siècle militant pour une cause unique (l'abolition de l'esclavage ou de l'alcoolisme, le retrait des colonies…).

Ces mouvements, rappelle l'historienne, faisaient appel à trois dimensions pour convaincre :  

l’approche scientifique, l’appel à la moralité, à la conscience, ainsi qu'à la pitié et à l’indignation par des histoires effroyables. A chaque fois l’intérêt principal devait l’emporter sur les différences dans d’autres domaines."

C'est exactement ce qu'a fait le PvdD pour se tailler une place au Parlement, au Sénat et dans d'autres instances politiques comme les conseils pour l'eau. Une institution de première importance dans un pays où la gestion de l'eau douce joue un rôle capital.

Dans ses campagnes, le Parti pour les Animaux se positionne comme un acteur moral, défendant non seulement les intérêts économiques ou politiques, mais la survie-même des espèces – y compris humaine – et de la planète. Il invite sur ses listes des personnalités de premier plan, scientifiques, artistes, philosophes, afin de montrer qu'il ne s'agit pas "d'un parti d'ignorants" mais bien d'un mouvement à prendre au sérieux et qui s'attire la sympathie du monde intellectuel. Il ne répugne pas non plus à diffuser des images de torture animale pour susciter l'émotion.

Mais le PvdD est aussi un parti moderne qui joue à fond la carte de la communication et du marketing : une forte présence dans les médias traditionnels, une utilisation très pointue des réseaux sociaux, des cadeaux offerts aux nouveaux membres (des livres  mais aussi une vache en peluche ou une radio écologiste).

Une confusion entre religion et politique ?

Comme souvent, les idées du Parti pour les Animaux, sont ancrées dans un corpus plus ancien. Nous avons évoqué dans un autre article la filiation de l'écologie des partis populistes ou d'extrême-droite. Dans le cas du PvdD, l'origine des idées de certains dirigeants est religieuse.

Nico Koffeman – co-fondateur et sénateur – et Marianne Thieme – présidente – (photo) sont tous deux des Adventistes du Septième Jour, un mouvement religieux protestant qui compte un peu plus de 5.200 membres aux Pays-Bas. Ses adeptes attendent le retour du Christ, prônent une vision prophétique de la Bible et pratiquent une stricte observance des règles juives, dont le Sabbat le samedi et non pas le repos du dimanche…

Aux Pays-Bas, les sectes religieuses ou philosophiques jouent souvent un rôle moteur dans des initiatives séculières. La création de la "banque éthique" Triodos par des membres du mouvement anthroposophique de Rudolf Steiner en est un bon exemple.

Dans le cas du Parti pour les Animaux, la critique est venue de l'intérieur : c'est en effet Maarten 't Hart, candidat aux élections européennes du PdvD en 2004, qui a attaqué les leaders sur leurs convictions religieuses. Il accusait Marianne Thieme d'avoir fait retirer du programme un passage sur l'évolutionnisme. Des idées jugées incompatibles avec la direction d'un mouvement politique.                                                                        

Marianne Thieme s'est exprimée à plusieurs reprises sur ses convictions religieuses, affirmant par exemple qu'

Adam et Eve étaient végétariens et qu'on a commencé à manger de la viande après le péché originel". 

Mais elle n'a pas démissionné pour autant et a déclaré que ses "convictions religieuses ne disent rien sur le PvdD :

nous sommes un parti séculier avec un leader religieux". 

Elle estime par ailleurs le nombre de membres athéistes à 80 % mais n'a jamais dit sur quoi elle fondait cette affirmation.

Vers une  "Internationale des Partis pour les Animaux "

Même si le Parti pour les Animaux est assuré de ne pas triompher lors des élections européennes, cela ne l'empêche pas de vouloir faire école.

Le parti compte en effet un site international, avec un volet en français. Sur ce site, figurent non seulement le programme du parti et divers écrits des leaders, mais aussi – et en français – un cours : comment fonder un parti pour les animaux.

Dans ce document au français coloré d'expressions néerlandaises traduites littéralement, on apprend beaucoup de choses sur la création du parti, son évolution, la vision de ses leaders. Plus qu'un cours structuré, il s'agit d'interventions de Marianne Thieme autour de quelques thèmes historiques ou d'actualité.

Mais il est clair que la cause animale suscite des vocations : on compte désormais des partis pour les animaux non seulement aux Pays-Bas mais aussi en Belgique, en Espagne, en Allemagne, au Royaume Uni, en Autriche, en Turquie, aux Etats-Unis, etc.

Pour l'instant, aucun d'entre eux n'a rassemblé autant de membres (12.250) ni de voix lors d'une élection (plus de 181.500 lors des élections législatives de 2012). Mais qui sait, avec la crise et la participation de plusieurs partis écologistes au pouvoir, les déçus de la politique traditionnelle pourraient bien rallier ces partis d'un autre type.




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