Connexion

Syndicate content

Ukraine / Allemagne : Touche pas à mes chars russes !

mardi, 22 avril, 2014 - 09:43

Depuis le début de la crise ukrainienne, le sentiment antirusse s'accentue en Allemagne. Les blindés soviétiques de la Porte de Brandebourg sont menacés. Une pétition, soutenue par la presse allemande, circule pour les faire disparaître. 

Doug est un berlinois de 45 ans. En ce samedi 19 avril, il manifeste dans le centre-ville de Berlin avec 200 autres personnes pour dénoncer les "tentations guerrières des Européens et des Américains" face à la Russie. Sur sa tête trône une pancarte blanche avec ces mots :

La Russophobie est une idiotie."

Ce Berlinois n’est pas le seul à fustiger ce qu’il appelle le "vent de haine antirusse qui se déchaine" ces derniers temps en Allemagne, dans le sillon de la crise ukrainienne. Ce membre actif de la plateforme "anti guerre" pointe du doigt les médias allemands, notamment les journaux du groupe Springer.

L’un des exemples les plus flagrants, à ses yeux, est la campagne lancée le 14 avril par le tabloïd Bild, connu pour son anticommunisme viscéral, et le journal BZ. Ces deux quotidiens ont lancé une pétition pour demander le retrait de deux chars soviétiques installés en plein centre de Berlin, à deux cents mètres du Parlement allemand et de la Porte de Brandebourg. Les deux blindés T34 sont stationnés à l’entrée de l’un des trois mémoriaux berlinois dédiés aux 23000 soldats de l’Armée rouge tombés en 1945 pour libérer la capitale du joug nazi (voir photo). 

"Nous ne voulons pas de chars russes Porte de Brandebourg", peut-on lire dans la pétition adressée aux députés allemands. Les deux journaux tissent un lien direct entre la politique actuelle de Moscou en Ukraine et le retrait de ces chars.

A une époque où les blindés russes menacent l'Europe libre et démocratique, nous ne voulons pas de tanks soviétiques Porte de Brandebourg."

De nombreux membres du parti conservateur de la CDU-CSU, quelques écologistes et représentants du parti Pirate, mais aussi des personnalités du sport et de la télévision comme  l’ancien footballeur  Charlie Körbel  ou le designer Wolfgang Joop, ont signé cette pétition.

Des chars russes ne sont pas des symboles convenables de la victoire de la liberté sur la guerre et la violence",

résume Kai Wegner, le secrétaire général de l’antenne berlinoise de la CDU dans les pages du quotidien Bild avant d'ajouter :

De nos jours, ils symbolisent  plutôt la répression et l’attaque contre la souveraineté de l’Europe libre."

Tout un symbole

Cette pétition a suscité de vives réactions dans le pays et notamment dans la capitale encore marquée par le souvenir de la guerre froide. Le parti communiste allemand (DKP) a même lancé une campagne de soutien avec ce slogan "touche pas à mon char". "Bild déteste la Russie, c’est bien connu" constate Doug, lui-même membre du DKP.

Malheureusement, on ne combat pas le nazisme avec les mains. Les tanks sont le symbole de la bataille menée par les soldats russes pour la libération de Berlin. Cette pétition n’a aucune chance de réussir. Ils resteront là !"

Si le sujet est désormais entre les mains des députés allemands, il est peu probable que ces blindés disparaissent du paysage. Leur présence est assurée par deux accords signés après la réunification allemande, en 1990 et 1992, entre les deux pays. Le gouvernement a rappelé la semaine dernière "respecter cette forme de commémoration" tandis que le Sénat berlinois confirmait : 

Aucun changement lié à ces monuments aux morts n’était prévu".

Et d’ajouter :

Du reste, ils ne sont pas attribués à la Fédération de Russie mais à l’armée rouge de l’Union soviétique."

L’historien Jörg Ganzemüller, de l’université de Jena, critique lui aussi le parallèle fait entre la crise ukrainienne actuelle et ce monument aux morts.

Cette pétition met en lien deux choses qui n’ont rien à voir entre elles. Elle suggère que les blindés russes ont menacé l’Europe à l’époque de la libération de  Berlin. Or entre 1941 et 1945, l’Union soviétique a combattu le Troisième Reich."

Et d’ajouter dans un entretien avec die Deutsche Welle:

Tout cela entre dans un contexte de propagande anti russe digne de la guerre froide."

L'exportation du conflit ukrainien

Conséquences indirectes de la crise ukrainienne, les sentiments antirusses mais aussi antiaméricains s’expriment donc plus ouvertement dans ce pays dont l’histoire reste marquée par la division idéologique.

Diverses enquêtes d’opinion révèlent un fait indéniable : la peur de la Russie reste largement ancrée. Selon l’institut Allensbach, 55% des Allemands considèrent la Russie comme dangereuse. Seuls les citoyens de l’ex-Allemagne de l’Est montrent plus de compréhension envers l’ancien grand frère russe,  26% d‘entre eux soutenant des sanctions contre Moscou contre 46% des ex-allemands de l’ouest.

Face à cette crise sans précédent, un autre constat émerge : une majorité des Allemands (49%) souhaite que leur pays occupe une position davantage "intermédiaire entre l’Occident et la Russie". 




Pays