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Après Londres, Paris se mobilise contre le djihad

mercredi, 23 avril, 2014 - 15:41

Si les responsables de la sécurité britannique parlent depuis peu de la menace islamiste, le gouvernement évite l’amalgame entre musulmans et terroristes. Mais les musulmans britanniques restent sous surveillance.

Ils seraient environ 500. Un demi-millier de Français partis, estime Laurent Fabius, en Syrie combattre dans les rangs des djihadistes. François Hollande veut prendre "toutes les mesures pour dissuader, empêcher, punir ceux ou celles" qui seraient tentés par le jihad. Et d'ajouter que

La France déploiera tout un arsenal, en utilisant toutes les techniques, y compris la cybersécurité, pour lutter contre ce phénomène".

> Première mesure: un numéro vert et un site de signalement sur Internet.

> Deuxième mesure: empêcher les départs de France. "Il ne s’agit pas de rétablir l’autorisation de quitter le territoire" mais "de faire en sorte que ces jeunes, lorsqu’ils sont signalés par leurs parents, puissent immédiatement être empêchés de quitter le territoire", a expliqué Bernard Caseneuve, le ministre de l'Intérieur sur France Info.

> Troisième mesure: mobiliser les autres pays européens. Le signalement sera diffusé via le système d’information Schengen réunissant 26 pays. "Cela veut dire que tout jeune qui prendra un moyen aérien ou (…) par voiture, bus – et qui cherchera à traverser la frontière de l’Union européenne (…)" pourra être intercepté, précise le ministre.

> Quatrième mesure: La confiscation des passeports des personnes suspectées de vouloir partir pour le djihad. Lors du Conseil des ministres de ce mercredi, il a ainsi été décidé que "le Parlement sera saisi d’un projet organisant un régime d’opposition à la sortie du territoire des personnes majeures engagées dans des activités terroristes".

Une majorité de Britanniques

Ces décisions s'inspirent plus ou moins de celles adoptées depuis plusieurs années outre-Manche. Car le djihadisme fait peur au Royaume-Uni. Plus précisément depuis les attentats commis le 7 juillet 2005 par des musulmans radicalisés qui ont fait cinquante-deux victimes.

La guerre civile en Syrie a encore accentué ces risques. Courant novembre, le responsable de l’entité en charge du terrorisme au sein de Scotland Yard, Richard Walton, a ainsi indiqué que

des centaines de personnes vont en Syrie et s’ils n’y sont pas tués, ils sont radicalisés. Vous avez des jeunes de 16 et 17 ans qui partent pour combattre (..) Et nous attendons l’impact de leur retour au Royaume-Uni."

Selon les services secrets, un millier d’Occidentaux combattraient en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad, dont une majorité de Britanniques et environ deux cents Français et Australiens, soit beaucoup moins que les estimations du chef de la diplomatie française.

Pour y faire face, les autorités ont mis en place la stratégie "Prevent". Elle vise à arrêter la propagation d’idéologies extrémistes, identifier les personnes vulnérables avant leur radicalisation et les aider à trouver une place dans la société.

Elle différencie les musulmans respectueux de la loi et les terroristes"

explique Sara Silvestri, maître de conférence en politique internationale à City University London, et spécialiste de l’Islam en Europe.

En théorie du moins. Dans les faits, tous les musulmans sont surveillés car les autorités ne savent pas comment les gens se radicalisent et elles considèrent donc que tous peuvent devenir des terroristes."

Fin des subventions aux imams

Les sermons des imams, les rencontres entre musulmans, même les échanges de mails et les appels téléphoniques, sont ainsi scrutés. Pendant les années 2000, le gouvernement fournissait des subventions aux associations locales, en échange de quoi leurs responsables gardaient l’œil sur leur communauté. Avec les mesures d’austérité, la manne financière s’est tarie et les autorités organisent à la place des débats publics où les musulmans peuvent s’exprimer.

Le bilan de Prevent s’avère très mitigé. Les autorités annoncent régulièrement l’arrestation d’apprentis terroristes et le démantèlement de petits réseaux. Mais ses principales difficultés se résument dans le meurtre d’un soldat commis l’an dernier dans le quartier londonien de Woolwich par deux jeunes islamistes: comment repérer des personnes radicalisées de manière autonome? Preuve en est que le gouvernement supprime depuis plusieurs années, et en toute discrétion, la nationalité et les passeports de Britanniques suspects de terrorisme. Un vrai signe d’impuissance.




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