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La Macédoine devient le nouveau terrain de jeu des Grecs

mardi, 29 avril, 2014 - 10:21

Les Grecs du Nord ont trouvé un remède contre la crise : profiter du faible niveau de vie de son voisin. Des millions d'Hellènes viennent dépenser leurs euros dans les casinos et autres centres commerciaux de Macédoine... au détriment des villes frontalières grecques. Reportage

Au poste-frontière d’Evzonon, principal point de passage entre les deux pays, on peut voir tous les jours des files de voitures interminables. Ici, pas de formalités trop lourdes, il suffit de prononcer le mot sésame, "casino", pour passer dans un autre monde.

A quelques centaines de mètres de la frontière, se dressent à travers les champs les tours jumelles "Princesse" ou "Flamingo" et plus loin, "Appolonia". Un véritable petit Las Vegas, une tentation permanente pour les 8000 Grecs qui s’y rendent chaque jour pour tenter leur chance et beaucoup plus le week-end. En 2013 on évalue à 1 million le nombre de Grecs ayant dépensé leur argent dans ces établissements de jeu.
 
Tout a été conçu pour attirer le joueur hellène : les services sont uniquement en euros (alors que la monnaie nationale est le denar), les employés locaux parlent couramment le grec (condition indispensable à leur recrutement), toutes les informations (modes d’emploi des machines à sous, panneaux d'affichage à l'intérieur comme à l'extérieur) sont aussi dans cette langue. L’entrée, les repas et les boissons sont gratuits, de même que le transport de et vers la Grèce.

Trois bus et des limousines partent chaque jour de Thessalonique. La ville n'est qu'à 70km des chefs-lieues et autres préfectures de la Macédoine grecque. Des coupons gratuits de 10 € sont distribués à tout visiteur et la journée est agrémentée de nombreuses tombolas de 1000 à 8000€.

Pour les bons clients, le logement est gratuit. Pour les autres, les chambres de l'hôtel voisin classé cinq étoiles, le "Ramada Plaza" sont à moins de 50€ la nuit, toutes activités comprises (spa, fitness…). Ironie de l’histoire, des chaises longues de la piscine intérieure, on a vue sur l'ancien temple antique grec. Les salles annexes des casinos servent aussi à l’organisation de mariages et de baptêmes.

Des plombages pour dix euros

Ce sont ces mêmes Grecs qui auparavant ont empli leurs réservoirs aux stations-service et fait leurs courses dans les marchés aux alentours. D’autres sont allés en consultation médicale ou esthétique, ou même voir les prostituées. Les villes macédoniennes frontalières de Bitola ou Gevgelija se sont transformées en centres régionaux de services médicaux, surtout en dentisterie. Les soins se paient une bouchée de pain. Un plombage vaut dix euros. Les Grecs affluent par milliers.

Depuis, l’inscription en grec odontiatro (dentiste) fleurit un peu partout… La plupart des cliniques dentaires prennent en charge le transport aller-retour des clients en provenance de Grèce (Kozani, Veria, Katerini, Kavala, Drama, etc.).

De nombreux Grecs parmi ceux qui éprouvent des difficultés financières, se sont installés en permanence dans les villes de la région. Les retraités, détenteurs d’euros, louent des maisons à 100€ et ne reviennent au pays que le jour de paiement de leurs pensions.

Plus grave encore, de nombreux Macédoniens grecs sont devenus des travailleurs frontaliers, vivant en Grèce et venant tous les jours en Macédoine FYROM (Former Yougoslavian Republic of Macedonia) pour leur emploi. M. George Ioannidis, président du centre professionnel de Kilkis, se désole :

Cette situation a littéralement désertifié notre région. Quand tu vas dans nos villages qui étaient autrefois pleins de vie, tu es gagné par le désespoir".

Le sous-préfet de Kilkis, M. Christos Gkountenoudis renchérit en désignant les casinos comme une plaie ouverte, car 

la première chose que font  nos agriculteurs quand ils obtiennent des subventions européennes, c’est d’aller en Macédoine pour jouer au casino".

Un pays low-coast

Le différentiel entre les deux Etats est principalement dû aux coûts très bas de la main-d'œuvre macédonienne. Le pays n'appartient pas à l'Union européenne. Le salaire mensuel tourne autour de 120 euros. Le taux d'imposition sur les sociétés avoisine les 10% lorsqu'il atteint les 26% en Grèce. Globalement, le coût de la vie en Macédoine est trois à cinq fois moins élevé qu'en Grèce.

Et les Hellènes l'ont bien compris. Le bas prix du carburant agit comme appât. Les Grecs n'hésitent plus à franchir la frontière et faire leurs courses en Macédoine (22 des 78 stations-services grecques de la région ont fermées).

La perte totale du chiffre d'affaires est évaluée à plus de dix millions d'euros pour l’économie grecque en 2013, à laquelle il faut ajouter le manque à gagner sur les cigarettes et légumes. Les fonds qui vont dans les casinos ne peuvent être déterminés avec précision, mais cela équivaudrait à des dizaines de millions d'euros par an.

Conséquence, le revenu par personne a dramatiquement baissé dans cette région frontalière où le taux de chômage dépasse les 35 %. La moyenne nationale est de 27%. Les autorités locales ont demandé au gouvernement central de réduire les prix du carburant pour les résidents de la région, à l’instar de ce qui se fait entre les zones frontalières avec l'Autriche et la Slovénie.  

Kilkis et toutes les préfectures voisines jusqu'à Thessalonique attendent aujourd'hui avec angoisse l’ouverture du centre commercial ultramoderne de 120 magasins. 




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