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Le FN, une rupture de façade 

lundi, 12 mai, 2014 - 10:53

Marine Le Pen a-t-elle réussi à faire du Front national un parti comme les autres ? Difficile d'y croire au regard des premières mesures lancées par les maires frontistes depuis les élections municipales. Le FN risque pourtant, à en croire les sondages, d'être en tête du scrutin en France.

Le FN a-t-il vraiment changé ? Beaucoup se posent la question alors que le parti de Marine Le Pen continue son ascension… 11 mairies, dont Hénin-Beaumont gagnée par Steeve Briois dès le premier tour, et 1 625 conseillers sont tombés dans son escarcelle aux élections municipales des 23 et 30 mars dernier. Le parti fondé par Jean-Marie Le Pen pourrait même terminer, selon certains sondages, en tête des élections européennes, devant l'UMP (droite) et le PS (gauche).
 
Pour Joël Gombin, politologue et chercheur à l’université de Picardie, la "rupture" opérée par Marine Le Pen est plus générationnelle qu’idéologique : 

Elle est le symbole de cadres qui souhaitent faire carrière dans la politique et entendent réellement accéder au pouvoir."

Finis donc les propos négationnistes et ouvertement racistes du père, Jean-Marie Le Pen (voir la vidéo ci-dessous), l’heure est à la respectabilité pour attirer de nouveaux électeurs sans dérouter les militants de la première heure. Surfant à la fois sur les craintes des catégories populaires face à la mondialisation, les thèses souverainistes (sortie de l’euro, protectionnisme…) se rajoutent aux questions identitaires (lutte contre l’immigration et le communautarisme, préférence nationale pour l’accès au logement, aux prestations sociales…).

Ambiguïté sur les questions de société

Sur les thèmes de société (mariage pour tous, avortement…), Marine Le Pen, contrairement à son père, reste en retrait. Elle évite si possible ces sujets : 

pour se démarquer de l’UMP et se placer au-dessus des querelles partisanes et asseoir sa posture de présidentiable. Mais aussi pour ne pas avoir à trancher face à un électorat composite et ne pas se déjuger alors qu'elle avait dans le passé souligné que l’islam était un danger à la fois pour les femmes et les homosexuels",

poursuit Joël Gombin. 

Elle fait également preuve de pragmatisme.

Sur les sujets économiques comme sur les questions de société, le FN s’est inspiré de ce qui ‘marche’ dans la stratégie des partis populistes à l’étranger : en Grande-Bretagne pour les sujets économiques, aux Pays-Bas pour les questions de société."

Mais pour le politologue, cette stratégie "attrape tout" commence à s’essouffler. Au-delà de leurs différences, se sont les valeurs identitaires qui soudent réellement l’électorat FN et que mettent en avant ses élus (voir focus). Sur le terrain, ceux-ci pratiquent d’ailleurs volontiers un discours de connivence que l’on accompagne d’un discret clin d'œil: "on  n’a rien contre les immigrés, n’est-ce pas Madame Dupont ?"

Entre imitation et diabolisation

Pour lutter contre le FN, l’UMP "droitise" son discours en reprenant ses thèmes sur l’insécurité et sur "l’Europe passoire" afin de récupérer ses voix. Cette stratégie, adoptée par Nicolas Sarkozy, lors de l’élection présidentielle de 2012, n’a toutefois pas permis d’éviter l’échec annoncé. Elle est de plus critiquée par le centre droit ou quelques dirigeants de l’UMP pointant le risque de cautionner par cette position le discours du FN.

Le PS brandit, lui, la menace "fasciste" et en appelle au "rassemblement républicain" entre partis de droite et de gauche "démocratiques" pour faire échec, lors de scrutin, à l’élection de candidats FN. Face à cette position "historique" qui montre aujourd’hui ses limites, des dirigeants du PS tel le premier ministre Manuel Valls mettent également en avant la nécessité de "restaurer l’ordre républicain" comme on l'entend dans cette vidéo de nos confrères de l'AFP (lutte contre l’insécurité, fermeté contre les délinquants…).

Le Think Tank Terra Nova, proche du PS, dénonce quant à lui l’irréalisme des mesures économiques du FN estimant à 50 milliards d’euros le coût du retour à la monnaie nationale (inflation galopante, dépenses pour réimprimer les billets, attaque contre le franc, explosion de la dette libellée en euros…).
 
Face à ce FN nouvelle formule, de part et d’autre de l’échiquier politique, des élus de droite comme de gauche fustigent ses positions sur l’Europe qui consiste à déconstruire toutes les avancées réalisées depuis un demi-siècle avec comme résultat une France isolée dans l’océan de la mondialisation….


 
FOCUS : Les municipalités FN à la loupe
 
Promis, juré, les maires FN ne recommenceraient pas les erreurs de leurs quatre prédécesseurs d’Orange, de Vitrolles, de Marignane ou de Toulon en 1997 avec les promesses non tenues, les mesures s’inspirant du thème de la préférence nationale invalidée, la déroute des finances locales ou encore dans certains cas, les malversations financières…
 
Leur feuille de route : administrer en bons gestionnaires leurs nouvelles conquêtes. La baisse des impôts locaux, au rang des mesures prioritaires, attendra car dans l’immédiat, place aux mesures discriminatoires : à Béziers, Robert Ménard, le nouvel élu, souhaite en finir avec la viande halal dans les cantines de la ville, qui ironie de l’histoire, n’en proposent pas…

A Villers-Cotterêts, c'est contre les célébrations du 10 mai consacrant l'abolition de l'esclavage que s'insurge le nouveau maire frontiste, Franck Biffaut. Ce dernier a tout bonnement refusé d'organiser quoique que ce soit dans la ville, dénonçant une forme d'"auto-culpabilisation permanente". Une décision lourde de sens pour cette commune emblématique. C'est là qu'est mort le Général Dumas, né esclave et père D'Alexandre Dumas, en 1806. 

A Fréjus, l’édile David Rachline entend remettre en question la construction d’une mosquée dont les travaux ont pourtant commencé après l’obtention d’un permis de construire obtenu en bonne et due forme du temps de la précédente majorité UMP.
 
A Henin-Beaumont, c’est la LDH (Ligue des droits de l’homme), opposante notoire de Steeve Briois, qui est dans le collimateur : obligée de quitter l’hôtel de ville où elle disposait d’un bureau et invitée à ce titre à payer 36 000 euros de loyers rétroactifs, elle devra renoncer aux subventions versées par la commune qui s’élèvent à … 300 euros par an !




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