Connexion

Syndicate content

Beppe Grillo, la colère du peuple

mercredi, 14 mai, 2014 - 13:00

myeurop avec  

citizens@myeurop.info

Extrémiste, populiste ou visionnaire ? Malgré ses dérapages, Beppe Grillo et son Mouvement 5 stelle sont crédités de 25% de voix en Italie aux élections européennes. 

Pour détruire la classe politique et changer la face du pays, Beppe Grillo et son parti, fondé en 2009, le Mouvement 5 stelle (M5s, "Mouvement 5 étoiles') privilégie l’insulte et la provocation. Le trublion est un sérieux challenger face aux formations classiques du pays pour les élections européennes. Crédité selon les sondages de 25% des voix, le M5s entend dépasser le Parti démocrate actuellement au pouvoir.

Ces millions d’Italiens ne font-ils qu’exprimer un ras-le-bol de leur classe politique et des scandales qui l’ont secoué, ou le mouvement est-il plus profond ?

Le gouvernement par le blog

Pour se démarquer des politiques actuels, toutes tendances confondues, qu’il veut expédier à la casse, BeppeGrillo recrute les cadres de son mouvement sur son blog créé en 2011, BeppeGrillo.it. Le premier blog d'Italie (voir photo), deuxième d'Europe et neuvième du monde en nombre de visiteurs. C’est de là qu’il adresse ses messages aux "grillini", les membres du mouvement et qu'il lance ses mots d’ordre à ses 106 députés et 50 sénateurs élus aux dernières législatives en 2013.

Depuis les municipales de 2012, le M5s contrôle également quatre villes importantes dont Parme. Mais son maire, Federico Pizzarotti n’est plus en odeur de sainteté… Depuis son blog, Grillo organise des "procès en sorcellerie" contre les dissidents avant de les expulser. Ce fut le cas de cinq sénateurs très critiques face au manque de démocratie au sein du mouvement.

Illich l’inspirateur

Au-delà de la communication et du folklore, cette politique "2.0" est aussi le symbole d’une conception "horizontale" de la politique en partie inspirée des théories du philosophe autrichien Ivan Illich (1926-2002). Un penseur utopiste qui développait des thèses révolutionnaires comme la contre-productivité des institutions, la déscolarisation salutaire ou encore le développement de la "convivialité" permettant la confiance et l’autonomie des citoyens.

Le populisme de Grillo aurait ainsi des bases beaucoup moins démagogiques qu’il n’y paraît à première vue. Par ailleurs, son programme économique de décroissance, de développement des énergies vertes et d’introduction d’un revenu citoyen s’inspire en partie des thèses du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz (voir la photo).

Des outrances qui font fuir les intellectuels

Luigi Crespi, l’ancien "spin doctor" de Silvio Berlusconi, tout en estimant "dénué de sens" le discours du leader du M5S, reconnaît que Grillo

pourrait jouer un rôle d’aiguillon pour faire bouger et changer la classe politique. Le président du Conseil Matteo Renzi veut agir vite parce qu’il sait que Grillo personnifie la colère et qu’après lui, ce sera la grande révolte."

Mais les outrances de Grillo, les illuminations de Giancarlo Casaleggio (co-fondateur et "gourou" sulfureux du mouvement) ont fait fuir un certain nombre d’intellectuels initialement séduits. Ceux qui dénoncent désormais les dérives du comique se voient systématiquement cloués au pilori sur son blog et certains "grillini" n’hésitent pas à brûler des livres critiques, comme ceux de l’écrivain et journaliste Corrado Augias qui stigmatise l’incompétence des élus M5s !

Désormais la presse et la majorité des hommes politiques ne laissent plus passer les dérapages de Beppe Grillo, notamment quand il s’en prend aux symboles de l’anti-fascisme comme Primo Levi. Il a aussi posté sur son site internet une photographie d’un camp de concentration en transformant la terrible  inscription Arbeit macht frei (le travail rend libre) en P2, macht frei (P2 rend libre, voir image). P2 est le nom d'une loge maçonnique accusée d’avoir organisé un réseau de connexion entre ses membres, le pouvoir politique et la mafia. 

Après lui avoir en vain tendu la main à l’issue des législatives dans l’espoir de constituer un gouvernement d’unité nationale, le parti démocrate (centre gauche) a opté pour une stratégie de démythification du Mouvement 5 stelle. Un parti, pourtant jugé par 56% des Italiens comme la seule alternative au gouvernement réformiste de Matteo Renzi.


FOCUS : Désillusions à Parme
 
Le 22 mai 2012, Federico Pizzarotti arrachait la mairie de Parme avec 60,2% des suffrages. Sans diplôme universitaire et sans expérience politique réelle, ce jeune homme, né à Parme, promettait de changer la face de sa bonne ville en appliquant la recette du Mouvement 5 stelle. Deux ans après, c'est la grande désillusion. Durant sa campagne électorale, Federico Pizzarotti avait promis de bloquer le nouvel incinérateur qui fâchait les habitants : 

Il faudra passer sur mon corps",

tonnait alors le jeune "grillon". Mais aujourd'hui l'incinérateur crache toujours sa fumée. En matière de gestion publique, le nouveau maire a également revu ses promesses à la baisse. Endetté à hauteur de 800 millions d’euros, Parme risquait la faillite. Pour redresser la situation, Federico Pizzarotti a opté pour la rigueur façon Merkel. Exit l’idée d’abolir l’Imu, la taxe foncière. Le maire a décidé au contraire de l’augmenter pour faire tomber de l’argent frais dans l’escarcelle municipale de même qu’il n’a pas diminué, comme promis, la taxe sur le revenu.

Au lieu d’assouplir la fiscalité, Pizzarotti a resserré les boulons",

s’énervent ses concitoyens. Coté services publics, là encore, c’est la grande déception. Par manque de moyens, le projet de métro a été abandonné. Dans le domaine de la culture, les dépenses excessives du théâtre Regio, symbole selon Federico Pizzarotti de la mauvaise gestion financière de ses prédécesseurs, n’ont pas été revues à la baisse. La mairie a au contraire, débloqué une nouvelle enveloppe de 900.000 euros. Du coup, le jeune maire vient d’être répudié par Beppe Grillo.




Pays