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L’extrême-centre aux Pays-Bas

mercredi, 14 mai, 2014 - 09:36

myeurop avec  

citizens@myeurop.info

Le Parti pour la Liberté (PVV) néerlandais redistribue les cartes de l'extrême-droite en Europe. Islamophobe mais contre l'homophobie, le parti de Geert Wilders a ouvert la voie à un nationalisme light.

Les partis populistes se sont souvent constitués autour d'une personnalité. Dans le cas du Parti pour la Liberté (PVV), il se confond avec son fondateur.

Le PVV est structuré autour d'une "vereniging", équivalent d'une association loi 1901 en France, dont le membre unique est Geert Wilders.

Un islamophobe philosémite

Geert Wilders naît le 6 septembre 1963 à Venlo, petite ville du Sud-Est des Pays-Bas, à la frontière allemande. Après le collège, il se spécialise dans les assurances sociales dont il devient un expert. Une fois son service militaire terminé, il séjourne pendant près de deux ans en Israël et voyage au Moyen-Orient. Il en conservera un amour immodéré pour Israël – qu'il appelle sa seconde maison – et une aversion quasi-maladive pour les pays arabes et l'islam.

Militant du parti libéral, le VVD, il devient le bras droit de son leader Frits Bolkenstein, mais ce dernier quitte la politique nationale pour devenir commissaire européen. Peu après, en 2004, Geert Wilders rompt avec le VVD et crée un mouvement, le Wilders Groep. Il publie son manifeste, Une déclaration d'indépendance, qui sera le programme du futur parti.

Dans la lignée de Van Gogh et Fortuyn

Le politologue Paul Lucardie, de l'université de Groningen, oppose l'idéologie "mince" des partis populistes à celle plus "épaisse" des partis traditionnels.

Dans le cas du PVV, le coeur-même de cette idéologie se réduit presque à l'obsession anti-musulmane de son fondateur. Geert Wilders a laissé entendre à plusieurs reprises qu'il avait été agressé par un ou plusieurs jeunes Marocains. Mais ces faits ont été démentis par son frère, Paul, qui appela d'ailleurs, dans un talk show très populaire, à "ne pas voter pour mon frère !"

Après l'assassinat du cinéaste anti-islamiste Théo Van Gogh, le 2 novembre 2004, Geert Wilders mène une vie de paria, son adresse reste secrète et il protégé en permanence par la police néerlandaise. Wilders, en manipulateur des médias, n'a jamais cessé de se poser en victime des musulmans. Son aversion pour la religion musulmane fera même l'objet d'un film, Finta (à voir ci-dessous) qu'il a lui même réalisé. On y voit des sourates du Coran illustrées par des vidéos de manifestations violentes de fanatiques. 

Il est désormais le seul héritier de Pim Fortuyn, assassiné le 6 mai 2002, flamboyant admirateur de Mussolini, défenseur de la cause homosexuelle, professeur d'université et génial manipulateur des médias. Même si son style est moins flamboyant que celui de son prédécesseur, Wilders a compris l'intérêt de la rupture avec l'allure compassée des politiciens néerlandais que Fortuyn comparait à des "souris grises".

Dès les élections de 2006, le programme du PVV contient des propositions comme l'inscription dans la constitution néerlandaise de "la domination des cultures et traditions judéo-chrétiennes et humanistes". Toute la carrière politique de Wilders est ponctuée de déclarations fracassantes comme l'interdiction du Coran, "livre comparable à Mein Kampf" jusqu'à la question "Vous voulez plus ou moins de Marocains  ?" qui a tant choqué lors des élections municipales de mars dernier.

Des discours qu'il n'hésite pas à exporter un peu partout dans le monde comme lors de son déplacement en 2008 au Parlement danois (voir la vidéo). Geert Wilders était alors l'invité de la Société danoise de la presse libre.  

L’impossible antidote contre l’insaisissable 

Le PVV se présente comme un "nouveau réalisme" et veut rendre les "Néerlandais à nouveau fiers de leur culture". Il est particulièrement difficile à placer sur une grille politique traditionnelle gauche-droite car il défend des propositions économiques de centre-droit – libre-entreprise, mais aussi sécurité sociale pour tous – ainsi que des valeurs traditionnellement assignées à la gauche – comme la défense des homosexuels ou l'égalité hommes-femmes.

Le politologue néerlandais André Krouwel, de l'Université Libre d'Amsterdam, utilise un cadran politique inspiré de celui de Political Compass pour représenter la position des partis politiques :

Ce mélange d'idées de gauche et de droite vaut au PVV une position légèrement conservatrice mais au centre exact du diagramme."

C'est la position d'une bonne partie de l'opinion néerlandaise qui, en dépit de ce qu'elle décrit comme les "exagérations" de Wilders ne considère pas le Parti de la Liberté comme un parti d'extrême-droite. La plupart des politiciens déclarent souvent que "le PVV n'est pas le NSB (parti nazi)". Les historiens Edwin Klijn et Robin te Slaa ont bien du mal à convaincre leurs concitoyens que

Geert Wilders et son mouvement sont le prototype du fascisme d'aujourd'hui."

Les accusations de fascisme proférées contre lui par certains ennemis politiques comme le philosophe Rob Rieme ont souvent été contreproductives. Wilders les a retournées contre leurs auteurs, souvent en les ridiculisant.
Une exception toutefois : l'initiative "Wij Amsterdammers" ("Nous, les Amstellodamois") lancée par la municipalité d'Amsterdam et qui consistait en un plan en quatre points :

  • Lutte contre le terrorisme.
  • Opposition à la radicalisation.
  • Prévention de la polarisation et mobilisation des forces positives.
  • Prise en charge de la communication et de l'organisation internes de la municipalité.

Cette initiative a sans doute compté dans une vaste mesure la progression du PVV et de ses idées. Mais elle n'a pas été reproduite ailleurs…


FOCUS : Quand le PVV est au pouvoir
 
Au niveau national, le PVV a soutenu le Cabinet Rutte Ier d'octobre 2010 au 23 avril 2012, date à laquelle il rompait avec la politique libérale. Malgré tout, certaines propositions du parti populiste ont été mises en place après son départ, comme la réduction de l'aide au développement, le durcissement du droit d'asile et de la répression en matière criminelle, l'augmentation de la limite de vitesse sur les autoroutes, etc.

Contrairement à ce qui s'est passé en France avec le Front National, le PVV n'a jamais eu de majorité dans aucune ville du pays. Alors qu'il a pu engranger des scores électoraux de 15% aux élections législatives de 2010, le PVV n'a jamais su profiter de ses succès lors des élections municipales. Et même dans les villes où il est soutenu, comme à Almere, il ne parvient pas à former de coalition : alors qu'il a récolté neuf sièges – le plus haut score – aux élections de mars 2014, il siège dans l'opposition contre une coalition composée de cinq partis dont le nombre de sièges s'étalent de un à six !

Mais, l'attitude du PVV lorsqu'il soutenait le cabinet Rutte Ier laisse entrevoir ce que serait une ville gérée par le parti populiste. Des coupes claires dans les subventions culturelles (en particulier, pour les institutions qui prônent une idéologie différente) : 200 millions de baisses sur l'année 2011, entraînant la disparition de 14 festivals en plein air sur 15, de 21 productions théâtrales, de trois sociétés d'opéra, la réduction de l'enseignement post-académique de onze à deux options et la suppression de cinq des onze projets de promotion de jeunes artistes…




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