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L’Europe des populismes (7/8) : le FPÖ autrichien change d’image

jeudi, 15 mai, 2014 - 10:24

myeurop avec  

citizens@myeurop.info

Le Parti autrichien de la liberté (FPÖ) veut arriver en tête du scrutin européen dans son pays. Cela fait 30 ans qu'il tente de se "normaliser" en essayant de rompre avec un héritage idéologique proche du nazisme. 

Ne dites plus du FPÖ qu'il est néonazi. Depuis les années 1990, la formation a travaillé à s'écarter de cette idéologie pour se transformer en grand parti populiste de droite. Cette ligne a connu quelques succès, mais Heinz-Christian Strache, actuel leader du parti et successeur de Jörg Haider, peine à maintenir le cap.

Hésitation permanente

Pour exemple, Heinz-Christian Strache a longtemps hésité avant de retirer de sa liste pour les européennes l'eurodéputé Andreas Mölzer. Car le racisme est plutôt bien toléré au sein du FPÖ quand il sert à critiquer l'Union européenne. Ainsi Mölzer peut dire de l'UE qu'elle n'est qu'

un conglomérat de nègres, le chaos absolu."

Par contre, en se plaignant du footballeur autrichien David Alaba parce qu'il est "noir corbeau" il met en péril toute une stratégie électorale. Quand on se veut du côté du peuple, on ne s'en prend pas à ses idoles…

Cette hésitation à sanctionner Mölzer est symptomatique. Strache peine à se distancer de l'extrême droite néofasciste",

analyse le politologue viennois Oliver Gruber.

Le vote d'extrême droite est la base électorale du FPÖ depuis sa fondation, quand il ouvrait les bras aux petits fonctionnaires nationaux-socialistes d’après-guerre.

Dans les années 1990, Jörg Haider a gommé les tendances les plus sulfureuses du FPÖ pour en faire un parti populiste de droite moderne, en s'inspirant du Front national français. Le nouveau FPÖ a doublé ses scores jusqu'à entrer au gouvernement en 1999. Mais quand Jörg Haider part en emportant une partie des troupes en 2005, le nouveau chef, Heinz-Christian Strache, ne peut maintenir sa formation à flot qu'en s'appuyant sur les éléments les plus extrêmes.

Anti-système

Les campagnes se poursuivent néanmoins avec les recettes éprouvées par Jörg Haider. Contre le "système", contre l'Europe, contre l'immigration : le FPÖ se veut le porte-parole de l'indignation populaire.

Les gens ne veulent pas d'une société multiculturelle où ils deviennent des étrangers dans leur propre pays. Cela n'a rien à voir avec du nationalisme ou du racisme, mais plutôt avec le droit des peuples à l'autodétermination",

croit savoir son chef dans un communiqué en février.

Pour son image, Heinz-Christian Strache jongle entre tradition et modernisme exacerbé. D'un côté, il tient des discours en culotte de peau traditionnelle, de l'autre, il entonne sur un air de rap "L'Autriche d'abord" dans un clip de campagne en 2013 (voir la vidéo). Une communication qui lui réussit plutôt bien, puisque, si le FPÖ n'a jamais plus repris la place de deuxième parti d'Autriche, il recueillait encore 20,5% des voix aux élections législatives de septembre dernier.

Un parti difficile à contrer

"En politique, l'émotion est souvent plus importante que les faits", explique Oliver Gruber,

les médias autrichiens sérieux ont toujours tenté de réfuter les fausses vérités du FPÖ, mais ce n'est pas ce qui parle aux électeurs." 

De même, en 2007, lorsque sont publiées des photos de jeunesse de Heinz-Christian Strache en plein entraînement militaire d'inspiration néonazie, l'impact est marginal. 

Les deux grands partis autrichiens, le Parti du peuple et le Parti social-démocrate, ont également du mal à contrer le FPÖ. Il est dans leur intérêt de ménager la possibilité d'une coalition avec lui. Ainsi au Parlement, les Verts sont les seuls qui dénoncent systématiquement le FPÖ.

Ainsi, en janvier dernier, la députée écologiste Eva Glawischnig-Piesczek a été mise en difficulté à la suite de violents débordements et des dégradations importantes lors de la manifestation contre le "bal des coopérations" organisé par le FPÖ. La foule rassemblait représentants des partis, témoins ou victimes de l'holocauste et activistes antifascistes. L'élue écologiste et porte-parole des Verts a refusé de condamner les casseurs.


FOCUS : Klagenfurt, la popularité du maire en berne

À Klagenfurt, capitale régionale de Carinthie, le FPÖ dispose d'une majorité relative des sièges au conseil de commune (19 sur 45). Le maire Christian Scheider a fait parler de lui dans la presse nationale en mars en s'opposant à l'ouverture d'un hébergement d'urgence qui accueillerait surtout des Roms.

Alors qu'il a été élu en 2009 avec 40,7% des suffrages, Christian Scheider ne suscitait plus que 24% de popularité en mars dernier. La politologue Kathrin Stainer-Hämmerle, installée depuis 10 ans en Carinthie, explique ce recul par des promesses non tenues :

Il n'y a toujours pas de stade de hockey sur glace, par exemple. Le maire FPÖ n'a rien accompli de plus que ses prédécesseurs."

Il faut dire qu'il a hérité d'une situation difficile – entre autres de Jörg Haider qui dirigeait la région. Le stade de football et la salle de concert en plein air vident les caisses de la ville. Le maire subit par ailleurs les conséquences de ses propres erreurs, comme l'imbroglio causé par la nomination successive de deux différents directeurs des services municipaux.

L'année dernière, Christian Scheider a été épinglé pour avoir dépassé massivement son budget de représentation. Parmi les postes de dépense : des articles de communication imprimés à son effigie, des beignets, des grenouillères pour les enfants. Il a en outre fait l'objet d'une enquête pour avoir fait annuler un millier de contraventions. Cette procédure visait aussi son prédécesseur démocrate-chrétien. 




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