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Les Européens mobilisés contre le traité transatlantique

mercredi, 21 mai, 2014 - 15:53

Le traité transatlantique cristallise la colère de milliers d'Européens. Négocié en secret par la Commission, il prévoit une zone de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Union européenne (UE). 

TAFTA? TTIP? Quésaco ? C'est la réaction de 55% des Français interrogés (sondage CSA l'Humanité) sur le nouveau traité de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis. Seulement 44% des sondés sont au courant de l'existence de ce document, presque tous issus de milieux favorisés et sympathisants de gauche ou écologistes.

Près de 71% des sondés se disent pourtant favorables à l'harmonisation des normes et des réglementations européennes et américaines. Mais 63% d'entre eux estiment que le traité devrait surtout être un plus pour les Etats-Unis. Loin des sondages une mobilisation semble s'organiser sur le web :

Parmi les craintes principales de ces internautes :

  • L’abaissement des critères qualitatifs de l'Union européenne permettant l’entrée de produits américains de moindre qualité.
  • La mise en place d'un tribunal arbitral international permettant aux entreprises et investisseurs d'attaquer directement les pays.
  • La fin de l’exception culturelle à la française.

Les eurocrates sont les premiers responsables de cet emballement de la tweetosphère. Depuis le début des négociations, en juillet dernier, l'UE fait tout pour être la moins transparente possible.

Huis clos, fuite et autres petits secrets

Il aura fallu attendre une fuite pour que les Européens puissent lire une première version du document publié sur laquadrature du net. La Commission se défend en assurant qu'un

certain niveau de confidentialité est nécessaire pour protéger les intérêts européens et conserver des chances d'obtenir un résultat satisfaisant".

L'accord doit éliminer les "obstacles inutiles  au commerce et à l’investissement y compris les obstacles non tarifaires existants" peut-on lire dans cette première mouture.

Les négociations à huis clos ont repris le 16 mai dernier et devraient se clore… Le 23 mai. Deux jours avant les élections européennes. Faute de communication, les Européens laissent libre cours à leurs inquiétudes. Nombreux sont ceux qui craignent l'alignement sur les Etats-Unis et les conséquences qui vont avec : OGM, bœuf aux hormones, exploitation du gaz de schiste… le tout sans possibilité de véto de la part des gouvernements nationaux.

Rien n'est pourtant acté à ce jour. Le président américain, Barack Obama n'a toujours pas reçu l'appui du Congrès pour accélérer les négociations avec l'UE. La Commission jure de son côté que l'exception culturelle sera préservée et que tous les sujets sensibles seront exclus des négociations.

Les négociateurs européens affirment, eux, que la ratification de ce traité sera positive pour tous les pays de l'Union. Le renforcement des échanges entre l'Europe et les Etats-Unis représenterait un gain de 0,5% PIB pour tous les pays membres de l'UE.

Mais le mal est fait. Les Européens commencent à se mobiliser un peu partout et le traité est dénoncé en France par le Front de Gauche, les Verts et… le FN. Cette dénonciation pourrait peser dans les urnes ce week-end.

Débat animé en Allemagne

La contestation contre le traité transatlantique monte également en Allemagne. Le dossier s’est lentement mais sûrement imposé dans la campagne électorale. Une pétition en ligne lancée par une plateforme oppositionnelle composée de 61 ONG et associations a recueillie à ce jour 484.000 signatures  de citoyens demandant la fin des négociations entre Bruxelles et Washington. Les opposants sont désormais plus bruyants.

Un groupe a perturbé deux meetings du candidat social démocrate Martin Schulz. Selon une enquête réalisée en février, alors que le débat était peu médiatisé, 55% des Allemands estimaient que ce traité était une bonne chose mais plus de 90% des sondés assuraient voulu conserver leurs normes européennes en matière environnementales et alimentaires.

Ces points sont les plus polémiques aux yeux d’une partie de l’opinion publique. Conséquence, chaque parti politique affiche des positions claires: la chancelière Angela Merkel est la plus enthousiaste et défend ce traité systématiquement en faisant valoir les intérêts des entreprises allemandes. Elle a d’ailleurs fait de ce dossier le thème de son intervention hebdomadaire sur internet et la Chancelière est soutenue par la puissante Fédération de l’industrie allemande (BDI).

Les sociaux-démocrates du SPD, membres du gouvernement de coalition, sont plus embêtés car ils soutiennent ce traité mais, face aux critiques internes et à l’opposition de leur base, ils demandent désormais plus de garanties sur la protection des consommateurs.

Les Verts exigent de leur coté que les négociations reprennent à quasiment à zéro et craignent, entre autres, l’entrée de produits génétiquement modifiés. Seul le parti de gauche Die Linke et les eurosceptiques de l’Afd s’opposent au traité dans sa globalité. Même le chef de l’épiscopat allemand s’est saisi du dossier en demandant à ce que "les pauvres ne soient pas laissés de coté". 

Une défense peu efficace au Royaume-Uni

Le débat sur le pacte transatlantique ne passionne pas les Britanniques. Sans doute parce qu’un départ de l’Union Européenne n’est pas à exclure. Ses opposants commencent néanmoins à donner de la voix. En particulier du côté des travaillistes et des chroniqueurs de même tendance.

George Monbiot, qui sévit principalement dans les colonnes du Guardian, n’y va pas par quatre chemins :

cet accord commercial est un assaut de plein front contre la démocratie."

écrivait-il en novembre dernier avant de préciser son idée en mars : "Nous donnons, les entreprises américaines prennent". Les Britanniques partagent les craintes des Français sur l'affaiblissement des critères qualitatifs et la création d'un tribunal arbitral pour régler les litiges entre les entreprises et les Etats. Ils s'opposent également au secret total autour des plaintes des entreprises contre les pays. Un point de vue totalement partagé par le député européen travailliste David Martin et de nombreux élus écologistes.

Les conservateurs ont bien tenté de répondre à leurs attaques, mais la réponse apportée par l’ancien chancelier de l’échiquier Kenneth Clarke n’a convaincu personne. Sans doute parce qu’il a conclu son texte en accusant George Monbiot d’être "réactionnaire" et "protectionniste". Preuve de la faiblesse de ses arguments.

Peu d’intérêt pour les Espagnols

En Espagne, les sujets européens sont loin de mobiliser la population et, par logique électorale, très peu les politiques. Il suffit de voir les différents programmes et débats de ces élections européennes pour se rendre compte que la priorité, pour le moment, est de résoudre les problèmes nationaux : chômage, économie ou encore menace d’indépendance de la Catalogne. Le taux de participation pour ces élections européennes est d'ailleurs estimé entre 40 % à 43 % selon les derniers sondages.

Seule une motion présentée début mai au Congrès par l’Izquierda Plural (qui regroupe les verts et les communistes espagnols) a valu que le ‘traité transatlantique’ soit un sujet (un peu) médiatisé… l’espace d’une journée !  Cette motion exigeait que le gouvernement s’oppose au traité en l'état actuel ou s'il était ratifié qu'il devrait être soumis à un référendum. Ces deux demandes ont essuyé le refus du Parti Populaire et du Parti Socialiste, ainsi que d’autres partis libéraux et conservateurs.

Votée séparément, une autre motion plus modérée, proposait, tout au moins, qu’un comité des affaires extérieures constitue un groupe de travail

pour que, d’ici six mois, un rapport soit rendu public en expliquant le type d’accord et les répercussions de ce traité sur l’Espagne."

Pour cette dernière, le Parti Socialiste s’est démarqué du PP. Il fut le seul (mais majoritaire) à s’y opposer. 

En Italie, une priorité du gouvernement

"Le nouveau traité transatlantique? C’est quoi?". Pour Gianni comme pour la plupart des Italiens, la révision du traité transatlantique ne veut pas dire grand-chose. En cette période politique et pré-électorale très mouvementée, tout ce qui n’a rien à voir avec les enjeux du scrutin européen n’a pas grande importance.

Pas un mot n’a été pratiquement dit par les politiciens comme les journalistes. Seuls les médias de l’extrême gauche comme Il Manifesto ou il Fatto quotidiano et les associations antimondialistes ont fait état de leurs perplexités et surtout, de leurs critiques.

En revanche, le vice-ministre du Développement économique a déclaré dans le cadre d’une interview au quotidien économique et financier "Il Sole 24 ore", que la ratification du traité fait partie des priorités du gouvernement italien durant son semestre de présidence de l’Union européenne qui débute le 1er juillet prochain.


Crédit Photo : Compact sur Flickr en CC


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