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Nationalistes polonais et hongrois pour l’échangisme… de députés

jeudi, 22 mai, 2014 - 13:04

Les populistes hongrois et polonais s'échangent leurs députés pour les élections européennes au nom d'une "Internationale nationaliste". Deux partis frères, ultranationalistes et xénophobes. 

On sait la sympathie mutuelle que se portent la Hongrie et la Pologne. Comme le dit le proverbe "Polonais et Hongrois sont comme deux frères, ils combattent et boivent ensemble". Mais lorsque deux partis politiques d’extrême droite revisitent le dicton, c'est beaucoup moins drôle…

Le mouvement nationaliste polonais Ruch Narodowy et le parti d'extrême droite hongrois, le Jobbik, ont procédé à un échange de députés pour les européennes de dimanche. Adam Mirkocki, porte-parole du Jobbik et député du Parlement hongrois sera numéro 3 sur la liste du Ruch Narodowy en Pologne. En échange, Jacek Misztal, du Ruch Narodowy se présente en 16 ème position sur la liste du Jobbik en Hongrie.

Profondément eurosceptiques, les deux formations poussent au bout la logique électorale d'un scrutin transnational en échangeant leurs candidats.

Ces deux partis, aussi jeunes que radicaux, concrétisent ainsi des liens d’amitié resserrés depuis quelques mois. On a ainsi pu voir Ruch Narodowy défiler aux cotés du Jobbik à l’occasion de la fête nationale hongroise du 15 mars 2014. Gabor Vona n’a pas hésité, non plus, à vanter la solidité de son partenaire polonais lors de sa fête du 1er mai 2014.

"Grande Hongrie" et "Grande Pologne"

Rien d’étonnant puisque ces deux partis sont siamois à tel point que leurs devises sont parallèles: "La Pologne aux Polonais" / "La Hongrie aux Hongrois". Ils partagent le même rejet de la gauche libérale, de la classe dirigeante "corrompue", des multinationales ou du cosmopolitisme qu’incarne, selon eux, l’UE.

Ils vouent en revanche un culte à la famille "qu’il faut protéger de la déviance homosexuelle", sont adeptes du rock nationaliste et entretiennent le rêve d’un retour à des frontières antérieures. La "Grande Hongrie", d’avant le traité de Trianon pour le Jobbik. La "Grande Pologne" du XVIIIème siècle, et la renaissance du grand Etat catholique polonais pour Ruch Narodowy. La formation polonaise a d’ailleurs trouvé son idéologue en la personne de Roman Dmowski, homme politique du début du XXème siècle, antisémite notoire, avocat d’une grande fédération polonaise.

Partis siamois

Robert Winnicki, à peine trente ans et numéro 10 sur la liste européenne de la région de Cracovie pour Ruch Narodowy, est le dirigeant de la "Jeunesse pour la Grande Pologne" (Młodzież Wszechpolska), une organisation nationaliste fondée à la chute du mur. Dans une interview à Gazeta Wyborcza il revient sur les valeurs communes des deux partis:

Nous partageons le même slogan : 'le changement radical', nous voulons la protection de la souveraineté et de la famille. Nous nous opposons aux pédérastes et défenseurs de la théorie du genre. Notre campagne sera la plus eurosceptique d’entre toutes. Nous voulons envoyer nos hommes politiques actuels en maison de retraite ou en prison, pour ceux qui devraient déjà s’y trouver."

Tous contre Bruxelles !

Cet échange de députés relève surtout du symbole. Dans les faits, il est impossible que le candidat polonais comme le candidat hongrois fassent leur entrée dans l’hémicycle strasbourgeois. Mais pour Artur Zawisza, autre leader du Ruch Narodowy:

cela montre que nous allons au front ensemble, nous n’allons pas à Bruxelles chacun dans notre coin. Ça montre aussi que nous ne sommes pas des chauvinistes primitifs et xénophobes mais que le mal réside dans l’idée de fédération européenne".

Pour autant les deux partis ne font pas jeux égaux. D’abord parce que le Ruch Narodowy est encore inconnu au bataillon. Fondé en 2012, il a bien du mal à décoller dans une Pologne qui profite de l’élargissement européen.

Dans une Hongrie en prise à la crise économique, c’est une autre histoire. Le Jobbik y est depuis 2010, la troisième force politique. Sa popularité est en hausse, le parti ayant obtenu 20,3% des suffrages aux législatives hongroises. Il est quasi assuré de renouveler ses 3 sièges d’eurodéputés conquis en 2009. Un modèle pour le petit poisson qu’est Ruch Narodowy.

Non à "l'Europe des déviants"

Au-delà du simple bulletin de vote, la convergence entre les deux partis se voit sur le terrain. Adam Mirkocki s’est déjà déplacé plusieurs fois pour rejoindre ses collègues du Ruch Narodowy, notamment à Cracovie le 10 mai dernier. Une date qui ne laissait rien au hasard puisque ce jour-là se tenait aussi la marche des fiertés locales.

Le duo Mirkocki – Winnicki, encerclé par les CRS, s’est livré à une attaque verbale en règle de "l’Europe des déviants".

Enfin, le député du Jobbik s’était déjà rendu lors d’un sommet du Ruch Narodowy à Szczecin (Pologne) en janvier. Durant la crise ukrainienne, les deux partis ont rédigé un communiqué conjoint appelant leurs gouvernements respectifs à « défendre les droits des minorités nationales en Ukraine, surtout ceux des minorités polonaises et hongroises ».
Lors de la conférence de presse du 10 mai dernier, Mirkocki affirmait s’opposer au modèle européen actuel basé sur le fédéralisme américain  "nous ne voulons pas devenir des cosmopolites athéistes déracinés et qui ne défendent plus leurs valeurs".

Internationale nationale sans FN  

Pour le député Jobbik, l'union fait la force.

Nous devons nous battre ensemble pour que les salaires polonais et hongrois rattrapent enfin ceux de l’Ouest, nous devons aussi nous affranchir de nos dépendances énergétiques. Nous devons lutter pour notre autonomie pour que ni Bruxelles ni Washington ou Tel Aviv nous dictent notre conduite."

Le Jobbik veut renforcer ses liens avec Ruch Narodowy afin de créer une alternative aux autres partis nationalistes européens. Jugé infréquentable par le FPÖ et le FN, le parti hongrois a bien du mal à exister à l’international.

Il y avait bien eu l’initiative d’une "Internationale nationaliste", l’Alliance Européenne des Mouvements Nationaux (AEMN), fondée à Budapest en octobre 2009. Ce carrefour de formations radicales compte parmi ses membres : le BNP britannique ; le Mouvement social – Flamme tricolore italien ; le Parti national démocratique bulgare, les Démocrates suédois et bien d'autres encore.

Cependant, cette alliance de partis semble avoir mal survécu au départ du FN. Bruno Gollnisch, un des plus ardents défenseurs du mouvement avec Jean-Marie le Pen, ont dû céder aux injonctions de sa fille Marine Le Pen en octobre 2013 soucieuse de se démarquer pour faire du FN un parti plus respectable.


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