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Alexis Tsipras conquiert la Grèce

vendredi, 23 mai, 2014 - 11:13

Syriza, galvanise tous les espoirs de la gauche radicale en Europe. Ce parti devrait être largement en tête dimanche aux élections européennes en Grèce. Mais qui est vraiment son leader, Alexis Tsipras ?

Syriza. Ces six lettres concentrent le nouvel espoir du peuple grec. Cette formation de gauche radicale est, d'après les sondages, bien partie pour finir en tête du scrutin européen dans le pays. L'histoire d'amour entre la Grèce et la gauche ne date pas d'hier. Le socialisme puise ses forces vives dans les rangs des réfugiés venus d’Asie mineure ou des Balkans au XXe siècle. S'y ajoute les immigrés belges et allemands composés de paysans journaliers et d'ouvriers marins.

La gauche radicale s'illustre dans tous les combats pour la démocratie (lutte contre l’envahisseur fasciste, guerre civile, dictature des colonels). Hier encore, elle s'incarnait dans le parti communiste (KKE, évalué à 7%) et différents mouvements d’extrême gauche, flirtant parfois avec le terrorisme. Mais désormais, cette gauche grecque a sa figure de proue, Alexis Tsipras.

Un leader né

Cet ovni politique apparait pour la première fois sur les affiches des municipales en 2006. Sourire mi-timide, mi-gouailleur, sac sur le dos et un slogan : "Aidez-moi à changer Athènes." Engrangeant le score inattendu de 10% aux élections, "Alexis", comme tout le monde l'appelle, devient le symbole de la rupture avec une classe politique vieillissante. 

Né quelques jours après la chute de la dictature des colonels en 1974, Alexis Tsipras passe par les Jeunesses communistes. Leader politique dès le lycée, cet ingénieur civil, père de deux enfants, prend par la suite la tête du Synaspismos. Un petit parti d'extrême gauche né de la scission du Parti communiste. Devenu aujourd'hui Syriza, cette formation est désormais ouverte aux idées féministes, à l'écologie, au soutien des immigrés ou encore aux revendications des minorités (sexuelles…)

Encore inconnu à l'étranger il y a deux ans, Alexis Tsipras fait désormais la "Une" des journaux du monde entier depuis sa victoire aux législatives de 2012. Syriza avait obtenu 27% des suffrages. Il devient par la suite LE candidat de la gauche radicale à la présidence de la Commission européenne sous l'étiquette Parti de la gauche européenne (PGE). Actuellement sixième groupe au Parlement européen, ce parti pourrait devenir, avec cette candidature symbolique, la quatrième force politique après les élections du 25 mai devant les Verts. On attend de bons résultats en France, en Espagne, au Portugal, à Chypre, en Irlande, aux Pays-Bas et en Grèce:

Ma candidature n’est pas celle de la Grèce, ni celle des pays du Sud de l’Europe. Ma candidature, c’est celle de la gauche. Pour nous, la ligne de démarcation n’est pas géographique, mais politique. L’Europe bâtie par les forces dominantes de la droite et de la social-démocratie n’est pas celle de la solidarité et de la démocratie",

a déclaré le presque quadragénaire juste après sa nomination. Un véritable coup de jeune a eu lieu le 5 mai, lors de sa première participation (en grec) au débat des candidats à la présidence de l’Union.  

Pour une Europe solidaire

Alexis Tsipras allie un discours de radicalité politique tout en revendiquant le pouvoir. Il est pour une refonte de l’Europe, sans aller jusqu'à la rupture. Les positions sur l'UE du leader de la gauche radicale évoluent. Peu favorable à l'Union et la zone euro, il a mis de l'eau dans son vin depuis le ralliement d'une large partie de l'électorat social-démocrate et de nombreuses personnalités du PASOK, le parti social démocrate grec de l'ex-premier ministre George Pandandréou. Une position qui risque de poser des problèmes de cohérence en cas de victoire à l'intérieur comme à l'extérieur de Syriza. Ses propositions sont :

  • La fin des politiques d'austérité avec l'annulation d'une partie des dettes publiques au-delà du seuil de 110 % du PIB.
  • L'organisation d'une conférence sur la dette en Europe.
  • Un contrôle démocratique de la BCE.
  • La mise en place d'un plan Marshall pour relancer la croissance.
  • La remise en cause des "400 lois d’exécution des mémorandums d'austérité" avec notamment le rétablissement du salaire minimum d'origine (740 euros brut) avant son abaissement, il y a deux ans, à 580 euros brut par mois.
  • L'opposition au projet d'accord de libre-échange entre l'UE et les États-Unis.

Alexis Tsipras défend l'idée d'un renversement du néolibéralisme et de "l'Europe allemande". Il veut :

Faire de Mme Merkel une minorité politique en Europe et reconquérir la démocratie (…) On doit comprendre que le modèle de l'Europe n'est pas celui de la Weimar, mais celui du New Deal de Roosevelt".

C'est le message qu’il martelait lors de sa tournée européenne, de Madrid à Paris (voir vidéo) et internationale de Moscou à Washington. Son slogan : "Soit avec la gauche, soit avec l'austérité.

L'Enjeux de ces triples élections

"Le premier pas est franchi" titrait hier Avgi (l’Aube). Le quotidien proche de Syriza, affichait les deux trentenaires, Rena Dourou et Gabriel Sakellaridis, arrivés en tête dans la région d’Athènes, au 1er tour des élections municipales et régionales de dimanche dernier.

Comme pour Alexis Tsipras en 2006, ces deux candidats sont portés par le vote de la "génération 600 euros" devenue depuis la "génération 300 euros". Des jeunes précaires qui ont cru à un avenir européen radieux. Cet électorat pourrait faire basculer l’Attique et Athènes lors du second tour des municipales et des régionales du côté de la gauche radicale. Un vote sanction contre la politique d’austérité.

Au-delà de l’enjeu européen, la campagne électorale grecque a pris les allures d'un référendum pour ou contre le gouvernement actuel, composé d'une coalition entre la droite conservatrice de Nouvelle Démocratie et les socialistes du PASOK:

Le 25 nous votons et le 26 ils s'en vont !".

Les sondages publiés en Grèce ces quinze derniers jours donnent tous une courte victoire a Syriza tant aux élections européennes de mai 2014, qu’aux élections législatives de 2016 que tout le monde attend. La majorité gouvernementale est fragilisée ce qui pose la question de sa légitimité. Alexis Tsipras veut y croire comme le proclament les slogans de Syriza:

Nous sommes en train d’écrire l’histoire (…) pour la première fois, la gauche (…) La Grèce, montre la voie à l’Europe."




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