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Européennes 2014 : le populiste Geert Wilders en déroute

vendredi, 23 mai, 2014 - 16:08

Il n'y a pas eu de raz-de-marée populiste aux Pays-Bas. Le PVV de Geert Wilders n'a obtenu hier que 12,2% des voix contre 17% en 2009 aux élections européennes. Décryptage des raisons de cet échec. 

Aux Pays-Bas on a voté dès jeudi pour les députés européens. De nombreux observateurs s'attendaient à une percée électorale du Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders. Raté. La formation populiste passe de 17% à 12% des voix aux européennes.

Une surprise ? Pas vraiment. Le PVV avait entamé son érosion depuis quelques temps. En octobre dernier, le sondeur Maurice de Hond montrait une perte de sièges constante pour le parti populiste.

Le slogan "Moins de Marocains" scandé par Wilders et ses troupes à Amsterdam il y a quelques semaines a sans doute effrayé une partie de son électorat potentiel. Mais si cette récente sortie raciste a pu porter le coup fatal, l'érosion de la popularité de Wilders s'explique par d'autres facteurs :

  • Une erreur stratégique à propos de l'Europe,
  • Une obstination absurde à vouloir interdire l'abattage rituel
  • Le manque de fiabilité du PVV en tant que partenaire politique.

L'attitude dictatoriale de Wilders a fait de son parti une pétaudière en permanence au bord de l'implosion…

"Moins de Marocains !" ou "Moins de populisme" ?

Son slogan  de "Minder Marokkanen", repris en coeur par le public, à Amsterdam lors de la campagne a réveillé des souvenirs douloureux. Aux Pays-Bas, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est très vive. 

La communauté juive néerlandaise est celle qui en Europe a subi proportionnellement le plus de pertes. 75 % des Juifs néerlandais ont été déportés. Peu d'entre eux sont revenus des camps de concentration. Les Néerlandais ont vécu cela comme un traumatisme national. Depuis, ils multiplient les actions de commémoration et de réparation.

La promesse de débarrasser le pays de ses ressortissants marocains résonne comme un écho toxique d'un temps où le Mouvement National Socialiste néerlandais (le NSB) assistait l'occupant nazi.

Des gens qui étaient plutôt indifférents jusque-là, ont soudain pris conscience du danger que représente l'idéologie de Geert Wilders. Les électeurs indécis – ceux qui font la différence lors d'une élection –  ont pris peur et ont reporté leur vote ailleurs.

L'euroscepticisme, une erreur stratégique majeure

Oui, l'euroscepticisme croît aux Pays-Bas. Oui, les Néerlandais sont de moins en moins prêts à mettre la main au portefeuille pour aider les Grecs ou les Portugais. Oui, Ils croient que l'euro leur coûte beaucoup plus qu'il ne leur rapporte. Mais sont-ils prêt à voter Wilders pour autant ? Non.
 
Ils ne l'avaient déjà pas fait aux législatives de 2012. Le programme de Wilders était entièrement tourné contre l'Europe. Le leader du PVV prônait un retour au florin, promettant aux Néerlandais la prospérité s'ils revenaient à leur monnaie nationale.

Le fond de commerce de Geert Wilders n'est pas l'euroscepticisme. C'est l'islamophobie, la peur de l'autre, de l'étranger. L'électorat du PVV déteste non pas l'eurocrate de Bruxelles, mais le voisin d'Europe de l'Est. Celui qui à Rotterdam ou à Venloo et qui "prend le job des enfants du pays". C'est le jeune Marocain qu'on voit traîner dans les quartiers les plus pauvres d'Amsterdam et qu'on soupçonne de vivre d'allocations sociales ou de trafics plus ou moins louches.

D'où le retour quelque peu tardif aux mantras islamophobes et racistes : "Moins de Marocains !" 

Des donations tombées à l'eau

L'obstination de Wilders à vouloir interdire l'abattage rituel a choqué certains milieux juifs qui le soutenaient jusque-là. Cela signifie aussi un manque à gagner pour le PVV. Une proportion importante des fidèles de Wilders se comptait parmi les Néerlandais de confession juive.

Difficile cependant de chiffrer la perte du PVV. Le parti se refuse à dévoiler ses comptes comme la loi néerlandaise l'y oblige. En 2013, Geert Wilders a préféré payer une lourde amende plutôt que de publier les bilans de son parti…

Un partenaire politique peu fiable

En septembre 2012, alors qu'il soutient le gouvernement Rutte Ier (libéral et chrétien) depuis les élections de 2010, Geert Wilders retire son appui et provoque des élections législatives anticipées.

Avec ce "lâchage", le parti de Geert Wilders a terni son image. Il montre qu'il n'est pas un partenaire loyal sur lequel on peut compter, mais un aventurier, un opportuniste, prêt à vous laisser tomber pour son seul intérêt électoral.

L'impuissance du PVV à nouer des coalitions viables lors des élections municipales renforce cette image d'outsider toujours prêt à pousser une 'gueulante' mais qui fuit ses responsabilités à la première opportunité…

Un entourage qui sent le sapin

Si Geert Wilders s'est toujours défendu d'être d'extrême droite, il a des amis qui n'ont pas cette fausse pudeur. Et ça se voit. Plus que l'alliance avec le FN c'est sans doute le rapprochement avec le Vlaams Belang flamand, beaucoup plus à droite que le PVV, qui a fait fuir une partie des électeurs.

Certains des élus du PVV ont quitté leurs fonctions après de nombreux scandales : appartenance à des partis ou des mouvements extrémistes, condamnation pour harcèlement voire pour violence physique, etc.

Wilders lui-même est loin d'être irréprochable. Dernièrement, il tentait par tous les moyens, de faire publier un livre de Martin Bosma, l'idéologue du PVV. Un ouvrage qui fait l'apologie du régime sud-africain du temps de l'apartheid… 

L'érosion du parti de l'homme seul

Enfin, le parti de Geert Wilders a cette particularité unique au monde d'être le parti d'un seul homme : lui-même. Le PVV est en fait une association – comparable à une association de loi de 1901 en France – dont le membre unique est Geert Wilders.

Wilders prend seul toutes les décisions au sein de sa formation. Une situation mal vécue par les ténors qui, l'un après l'autre, quittent le navire… Cela a commencé avec Hero Brinkman, l'ex-commissaire de police d'Amsterdam qui, après de nombreux efforts pour "démocratiser" le parti a fini par jeter l'éponge et a fondé son propre parti politique. 

Arnoud van Doorn ira plus loin. L'ex-membre du parti islamophobe se convertira à l'islam. Et depuis le couplet "moins de Marocains", nombreux sont les membres qui se sont désolidarisés de leur leader, voire ont déchiré leur bulletin d'adhésion…

Geert Wilders a imaginé cette solution du parti à membre unique. Il est obsédé par la crainte de connaître le même sort que Pim Fortuyn, son modèle. La LPF (Liste Pim Fortuyn) a connu une rapide déliquescence à la mort de son créateur. Le pouvoir était morcelé entre les mains d'une escouade de petits chefs incapables qui l'ont mené à sa ruine.

L'ironie du sort voudra peut-être que l'isolement de Geert Wilders, dans sa tour d'ivoire, va probablement accélérer son déclin. Il semble que le chef solitaire soit de plus en plus déconnecté de sa base électorale.




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